Les chōchin du Japon illuminent l’Hôtel de Lalande

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Le madd-bordeaux consacre une exposition, du 31 janvier au 19 mai 2019, à un mode d’éclairage qui est devenu, au fil des siècles, représentatif de l’identité culturelle du Japon, Il s’agit des chōchin, ces lanternes constituées d’une structure en bambou recouverte de papier.
À travers des objets, des estampes, des photographies…l’exposition présente la fabrication de ces objets, l’évolution de leur usage, leur place dans les rituels japonais, et leur adoption par les designers depuis les années 1950.

▶ « As movable as butterflies » : aussi mobile que des papillons, c’est en ces mots que l’artiste américain d’origine japonaise Isamu Noguchi décrit ses akari (lumière en japonais), une collection de  luminaires conçus à partir de 1950 avec le célèbre fabricant de chōchin Ozeki & Co, à Gifu, île de Honshū. Les akari rencontrent un immense succès commercial aux États-Unis puis en Europe, et en particulier en France.
Plusieurs designers se sont appropriés la technique de fabrication des chōchin ou ont simplement utilisé le papier washi comme élément des luminaires qu’ils ont imaginés. L’exposition nous présente plusieurs de ces variations lumineuses.
Afin de permettre à cette exposition d’être mise en valeur, l’ensemble des objets exposés au premier étage de l’hôtel de Lalande ont été placés dans les réserves.

▶ L’exposition: Utilisés à la période Edo (1603-1868), les chōchin adoptent, dès la fin du XVIIIème siècle, la forme que nous leur connaissons aujourd’hui : une structure composée de cercles indépendants de fils de bambou disposés de façon parallèle, recouverte de papier, qui permet de plier l’objet et ainsi disposer aisément la bougie. Ils sont porté à la main ou à l’extrémité d’un manche. Avec l’arrivé de l’électricité, les lanternes de papier sont employées de plus en plus comme éléments de décor.
L’évolution de la fabrication des chōchin est intimement liée à celle du papier. Le Mino washi (dénomination locale du washi), dont l’histoire remonte au VIIème siècle, est réalisé à partir de l’écorce du mûrier à papier (une espèce bien différente du mûrier blanc, l’arbre grâce auquel on élève des vers à soie). Plusieurs fabricants japonais, comme Ozeki & Co à Gifu, utilisent un papier spécifique, le Honminoshi, qui désigne à la fois le matériau et son procédé de fabrication. Inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2014, ce papier, fabriqué à partir de mûriers de Nasu (région entre les préfectures de Tochigi et Ibaraki, au nord de Tokyo), se distingue par un grain d’une grande régularité et une texture particulièrement douce au toucher.
La chôchin, conçue pour être utilisée en extérieur, revêt une valeur non seulement utilitaire, mais aussi sociale: ce qui est peint sur la lanterne est visible de tous et fournit une information sur son utilisateur, (police, pompiers, institutions religieuses…blason de la famille).

▶Les lampes Akari, dessinées par Isamu Noguchi en 1951, rappellent les lanternes traditionnelles japonaises (dont on se servait pour éclairer, la nuit, son chemin du 16 éme à la fin du 19 éme siècle) et sont le fruit d’un véritable travail artisanal, à partir de l’écorce interne du mûrier, perpétué depuis le VIIe siècle. Le papier est ensuite collé sur une armature flexible en lamelles de bambou, qui donne cette allure légère et délicate à chaque luminaire. Considéré comme un talent universel, Isamu Noguchi marque son œuvre d’un style sculptural voué à un langage formel organique qui influencera durablement le design des années 1950. Depuis 1991, c’est la galerie Sentou, qui est le distributeur officiel des célèbres luminaires de Noguchi en France.
Sur la voie ouverte par Noguchi, plusieurs designers ont poursuivi les recherches autour de cette typologie, en utilisant la technique des chōchin et en faisant appel aux fabricants japonais établis. L’exposition témoigne de cet intérêt commun des designers pour l’artisanat japonais et l’apparente simplicité des matériaux. Elle montre aussi le succès des sphères en papier, comme solution à bas coût pour dissimuler une ampoule nue, grâce à leur diffusion par les grandes firmes de l’ameublement. De la lampe Kyo de Toshiyuki Kita aux collections Hotaru (2015) de Barber & Osgerby ou aux Regolit de IKEA, ce sont autant de variations autour du papier et de la lumière qui ponctuent l’ensemble de l’exposition.

▶Construction d’une lanterne monumentale dans l’exposition les 31 janvier et 1er février: Pendant les deux premiers jours de l’événement, les frères Kojima, fabricants de chôchin à Kyoto depuis 10 générations, construiront, dans l’espace d’exposition, une lanterne monumentale d’1,50 mètre de diamètre. Toutes les étapes de la construction pourront être appréciées des visiteurs : montage de la matrice en bois, cintrage du bambou, pose des cerclages de bambou, pose de la colle, découpe et pose des lais de papier d’écorce de mûrier et démontage de la matrice. Les Kojima ont fourni pendant des décennies les temples, des marchands et des samouraïs de Kyoto. Leur spécificité, résident dans l’emploi d’une technique différente de la majorité des fabricants de chōchin. Par économie de temps et de moyen, c’est un fil de bambou enroulé en spirale autour de la matrice en bois qui forme la structure de la lanterne « makibone-shiki ».
Les frères réalisent, des cercles, à partir de morceaux de bambou plus épais, qu’ils superposent autour de la matrice et qu’ils lient entre eux par des fils de coton. Cette technique, appelée « jibari-shiki », nécessitant un temps de réalisation plus long, permet de concevoir des lanternes d’une grande solidité.
Une reconstitution de l’atelier montre le joyeux bric à brac où sont fabriqués les lanternes à Kyoto.

Une exposition montre l’évolution des Akari de 1953 à 1983. Nous traversons une grande arche en ressentant la lumière traversant ce papier de murier et nous faisant penser aux structures menant à un sanctuaire.

Cette exposition est vraiment remarquable, elle est devenue un événement pour les frères Kojima qui n’étaient jamais venus en Europe ainsi que pour la TV Japonaise qui a déplacé une équipe de reportage afin de couvrir cet événement.

Pour plus d’infos : http://enjoy-kyoto.net/issue/issue04/kyoperson/

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