Histoire Architecturale autour du Parc Bordelais

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Le 12 février, j’ai suivi de la visite guidée et documentée par Audrey Dubernet, docteure en histoire de l’art, du quartier Caudéran  et plus particulièrement du Parc bordelais, (dont certains détails font référence au Nouveau Viographe de Bordeaux de Robert Coustet  qui est un guide historique et monumental des rues ).
Cette découverte était proposée par l’association Toutartfaire , en partenariat avec le centre d’animation Montséjour.

▶Une ancienne banlieue chic de l’ouest

Ancienne banlieue « chic » de Bordeaux , le quartier est situé à l’ouest de la commune, côté extra-muros des boulevards. Il comprenait de nombreux hameaux lors de la création jusqu’à l’achat des terrains par des riches bourgeois de Bordeaux.

▶ Un quartier récemment rattaché à la ville de Bordeaux

Sous l’Ancien Régime, la paroisse de Caudéran, province de Guyenne, était associée à celle du Bouscat. Elle relevait des diocèse, parlement, intendance et élection de Bordeaux, et de la juridiction de Vayres. On y comptait 216 feux (foyer fiscal de l’époque) en 1709, et 457 au milieu du XVIIIe siècle.
La commune fut rattachée à la ville de Bordeaux en 1965 par le maire Jacques Chaban-Delmas.

Cinquante ans après son rattachement à Bordeaux, Caudéran, est un quartier où l’on trouve de superbes témoignages de l’Art nouveau, de l’Art déco et des architectures contemporaines de premier plan.

▶ L’inauguration du parc Bordelais en 1888 entraîna l’urbanisation des quartiers adjacents. De nouvelles rues furent entièrement loties avec un sens nouveau de la scénographie urbaine.
Chaque propriétaire chercha à se démarquer de son voisin. Plus ou moins grandes et cossues selon les budgets, ces constructions répondaient cependant à des critères communs en lien avec l’air du temps : les plans étaient souvent semblables et un jardin privatif, sur rue ou sur cour, répondaient aux usages et pratiques des habitats bourgeois.
Dans la continuité des immeubles récemment construits sur les boulevards, les demeures des abords du parc déclinaient des conventions architecturales ou décoratives dûment référencées et empruntées au répertoire historiciste, quand bien même celui-ci ne serait pas adapté à la morphologie nouvelle de ces habitations.

▶Avenue Carnot: Style éclectique sur toute l’avenue.
Elle forme une sorte d’entrée triomphale pour le Parc bordelais. Plantée de marronniers, elle se déployait sur une largeur de 10m bordée de trottoirs de plus de 5 m. Son tracé fut autorisé en 1886 et elle prit le nom du président qui vint inaugurer le parc.
L’avenue est bordée par de riches immeubles, marqués par un style éclectique particulièrement épanoui. De ce mélange des genres, se distinguent cependant quelques caractéristiques communes : tout d’abord la monumentalité imposante des façades qui prennent des allures d’hôtels particuliers, les lourdes portes en chêne surdimensionnées et percées d’imposte, les consoles des balcons portées à une échelle parfois colossale, la récurrence des alignements de balustres qui interviennent à tous les étages comme un leitmotiv, les puissants soubassements ponctués de soupiraux, parfois vitrés lorsqu’ils correspondent à un entresol. Pour donner une épaisseur historique à ces nouvelles demeures, on s’inspira très largement des styles baroques et néo-classiques du XVIIIe siècle.
Ainsi, les n°9-11 et 26-28 (Henri Gaujeac architecte) arborent des cartouches ornés de coquilles, des motifs d’agrafes et de mascarons dans le goût rocaille .
Les immeubles de styles Louis XVI (= néoclassiques) sont traités dans une apparente simplicité (ex. n°10-12 E.J. Teulère arch.), qui s’autorisent parfois quelques décors (n°20 avec de grosses volutes portant un balcon droit a balustres et pilastres). Plusieurs façades sont jumelées, voire triplées pour gagner de l’ampleur et atteindre des dimensions quasi palatiales.
Un exemple néo-gothique, pourtant minoritaire à la fin du XIXe siècle, se détache des autres demeures. ll s’agit des façades jumelles des n°37-39, réalisées par le même architecte, Camille Martin, que les néoclassiques n°46-48. La façade est percée de croisées et de demi-croisées séparées de meneaux. Elle est agrémentée d’un bestiaire fantastique à la mitoyenneté des deux propriétés.
En rupture avec ces divers styles « néo- », plusieurs maisons ont été édifiées dans l’entre-deux-guerres selon des styles plus modernes. Les persistantes, mais plus discrètes, références au passé parviennent à s’accorder avec l’esthétique plus épuré de l’Art Déco.
Le n°15, construit par l’architecte Monginoux, est un élégant hôtel particulier à l’angle de I’avenue Félix Faure. L’entrée, reléguée dans un décrochement de façade, est précédée par un perron couvert d’une petite terrasse soutenue par une colonne d’inspiration dorique qui monumentalise l’ensemble tout en lui donnant du raffinement. Dans le soubassement de la façade sur rue, orné de refends, s’ouvre un garage afin de répondre aux nouvelles exigences du confort moderne. Les grands murs nus, scandés aux angles par des pilastres en creux ainsi que par une décoration discrète et raffinée, se nourrissent encore des réminiscences du style Louis XVI.
Au n°34, le décor abstrait au profil net de la porte d’entrée en ferronnerie répond à la pure géométrie de la marquise qui la protège.
Le dépouillement du n°53, simplement animé par le rythme ondulant de ses ferronneries, marque la dernière vague du style Art Déco.

 

Trois demeures ressortent par leur modernité :
n°42 : hôtel de Mme Swabe. Construit en 1908 par Cyprien Alfred Duprat.
Il perturbe les habituels schémas de architecture domestique : rupture du rythme des niveaux et des travées par la présence d’un garage : il exerce une sorte de poussée qui propulse le salon au niveau intermédiaire et la chambre se retrouve dans le brisis du toit. Le déséquilibre est encore accentué par la travée voisine, composée d’une petite porte et d’un oculus, qui affirme l’asymétrie de l’ensemble, conformément aux récentes règles édictées par l‘Art Nouveau. Les contrastes de textures et de couleurs (appareil rustique de pierre meulière, linteaux de brique, sommiers en pierre de taille), opposition violente entre lignes courbes et droites, distinguent encore cette habitation de ses voisines. D’assez modestes proportions, elle se différencie nettement de la grande demeure résidentielle, évoquant davantage les dimensions d”une petite villa balnéaire.
n°51 : la maison de Paul Duten par Pierre Ferret (1911), considérée par l’architecte comme un parfait exemple de l’architecture domestique nouvelle, raffinée mais en rupture avec la tradition passéiste dont témoignent avec superbe les demeures voisines.
La surface lisse de la façade était en pierre de taille, les formes pures et géométriques des baies (rectangulaires, en anse de panier, plein-cintre ou en oculus), le profil sec et tranchant des moulurations s’inscrivent dans le style Art Déco. De même, le dessin géométrique des ferronneries de la porte d’entrée, ou les reliefs plats du décor naturaliste (feuilles de chêne et grappes de raisin) pour les frises sculptées qui courent sur la façade, participe de cette esthétique. Les lignes droites et pures de l’auvent faisant office de marquise renforcent encore la rectitude du parti pris.
n°80 : L’hôtel Ferret. L’architecte Pierre Ferret, créateur et directeur de l’école d’architecture de Bordeaux, a été un acteur majeur du renouveau de l’architecture bordelaise du XXe s. En 1910, il construisit sa résidence et son atelier de manière à montrer un exemple d’architecture moderne.
Son implantation à l’intersection de trois artères implique un plan de forme triangulaire. Ceci lui permet d’ouvrir une loggia et une terrasse qui s’étend sur toute la surface de la demeure et qui est couronnée d’une pergola rayonnante, en direction du parc, en faisant une vue semblable à celle d’un jardin particulier.
En rupture avec l’environnement plus ostentatoire du quartier, l’immeuble impose, par la simplicité et la netteté de ses lignes, une beauté rationnelle dépourvue d’ornementation superfétatoire. Le parement de briques claires finement appareillées, comme les larges baies aux linteaux courbes adoucissent les lignes.
La marquise arrondie (dite marquise libellule) et la remarquable porte en fer forgé seraient l’œuvre, du grand ferronnier Edgar Brandt.
L’essentiel des demeures de l’avenue Carnot ont donc été construites entre 1890 et 1930. Les maisons plus récentes sont venues se loger dans les espaces laissés inoccupés.

 

▶Avenue Felix Faure
Ces hôtels particuliers témoignent de la diversité des options architecturales de la bourgeoisie bordelaise dans la première moitié du XXe s (du néo-Louis XVI aux Arts Déco en passant par les styles balnéaires). Dans la continuité des immeubles cossus de l’avenue Carnot, les demeures du côté est de l’avenue Félix-Faure sont de grands standing et furent construites durant l’entre-deux-guerres.
Précédées d’une petite cour ou d’un jardinet qui les séparent de la rue par une grille, elles témoignent majoritairement du goût toujours persistant pour le XVIIIe s. en se déclinant dans des variations des styles néo-Louis XV (n°4 et 11) et néo-Louis XVI (n°7,17, 21-23).
n°25: la villa de type balnéaire est construite dans le goût néo-Normand selon un style régionaliste codifié que l’on peut considérer comme l’un des derniers avatars de l’éclectisme.
n°2 : la maison Dupuy est un petit château urbain de style néo-Louis XV par Cyprien Alfred-Duprat (1927-1929) à l’angle de l’avenue Carnot. Deux grilles latérales couronnées du monogramme L. D. et flanqués de piliers surmontés d’une corbeille de fruits y donnent accès.
L’hôtel Dupuy se compose d’un corps de logis levé sur quatre niveaux, cantonné par deux ailes en saillies formant pavillons. Chacun d’eux, souligné par des chaînes d’angle, est surmonté d’un fronton triangulaire orné par des profils en médaillon des propriétaires qui se détachent sur un fond de feuilles de chêne pour Monsieur et de feuilles de laurier pour Madame.

 

▶Rue du Bocage: La rue bénéficie d’une situation privilégiée en bordure du Parc bordelais. Elle fut ouverte par délibération municipale l’année même de l’inauguration du Parc bordelais. La majorité des maisons qui la compose, du n°21 bis au n°31, a été dessinée en 1893 par Bertrand Alfred-Duprat (père de Cyprien), secondé par son fils. Entre 1893 et 1896, il aligna de luxueuses maisons d’un éclectisme pittoresque qui se démarque délibérément de la rigueur des façades haussmaniennes, éclectisme qui culmine dans sa propre demeure (n°22, 1896). De fait, ni le plan ni la structure des maisons n’offre une grande originalité car c’est davantage l’habillage des façades et la question de l’ornement qui retiennent l’attention de l’architecte, lequel s’autorise une grande liberté formelle pulsée dans un répertoire ornemental référencé et diversifié.
Au n°22, l’architecte construit sa propre maison familiale. Toute en rondeur, l’architecte y utilise le vocabulaire néo rococo pour donner à sa façade une plasticité nouvelle grâce à l’ondulation du balcon, à l’exubérance des sculptures (mascarons des portes) et des fers forgés et surtout aux souples volutes d’un fronton ouvert par des lucarnes et par un oculus sur lequel s’appuie, au milieu des fleurs et des feuillages, une gracieuse jeune femme. L’architecte y démontre que l’ornementation rocaille du XVIIIe siècle (agrafes, cartouches) peut fusionner avec l’esthétique de l’Art Nouveau. C’est ce dernier que l’on retrouve dans les formes lascives et la sinuosité de la plastique de la muse qui orne le côté gauche du grand oculus du tympan. Ces éléments sont les seuls dissymétriques de la composition.
La symétrie se retrouve sur la façade de l’immeuble voisin au n°23, avec ses frontons et ses chaînes de refend.
La maison double n°26-27 prend des allures palatiales en se déployant princièrement selon une parfaite symétrie, encore soulignée par la présence de deux bow-windows richement ornés de vitraux.
Le n°28 se distingue par son pignon à redents inspiré des pays flamands, tandis qu’aux n°29-30, deux maisons jumelles retrouvent la solennité d’une résidence urbaine, cependant un peu alourdie par des balustres superfétatoires. Cette petite anthologie de références historicistes s’achève, à l’angle de la rue Marcelin-Jourdan, par un élégant hôtel particulier néo-Louis XVI.
La partie sud de la rue, du n°1 a 21, a été édifiée plus tardivement, entre 1890 et la période de l’entre-deux-guerres par plusieurs architectes. Les maisons n°5, 6 sont presque jumelles et construites par le même architecte.
La maison n°16 offre un riche décor de style néo-renaissance.

 

▶Rue Marcelin Jourdan
Les seize maisons qui composent cet ensemble (du 9 au 42) sont construites selon un gabarit identique, avec une même largeur de parcelle. Toutes s’étalent sur deux travées et s’élèvent sur un étage à l’exception des n°25-27 qui bénéficient d’un étage supplémentaire et marquent ainsi le centre de la composition d’ensemble.
Les façades en retrait de la rue accueillent un jardinet, ainsi qu’un dégagement donnant accès au garage et attestant de leur vocation d’habitation à la fois bourgeoise et moderne.
Outre le garage, les rez-de-chaussée, légèrement encastrés par rapport au niveau de la rue, hébergent des pièces de service : lingerie, débarras ainsi que le bureau s’ouvrant à l’arrière, sur le jardin. Le vestibule et les pièces de réception sont donc surélevés au-dessus d’un demi-étage. On y accède depuis la rue par des escaliers droits (ou exceptionnellement tournant aux n°27 et 29) conduisant à des portes souvent monumentales, sous porche (n°33 et 35), agrémentées de ferronneries (n°9 et 25) ou d’une riche ornementation sculptée : agrafes, grappes de raisin (n°35) ou encadrées par des colonnes engagées (n°29 et 35). Les façades répondent a deux tendances différentes : la veine néo-Louis XVI, traditionnellement bordelaise, s’opposant à celle plus épurée de l’Art Déco.
Les n°29 et 31 en sont un très bon exemple de discordance entre les deux styles. Le n°29 fait allègrement référence au Grand Siècle avec ses chaînes de refends, ses frontons courbes, ses agrafes et ses cartouches plantureux. La seconde, le n°31, affirme un dépouillement moderne avec des lignes droites et son discret décor naturaliste traité en méplat. Là où elle rejoint sa voisine plus traditionnelle, c’est sur le rythme répétitif des travées.
Au n°53 on remarque au premier étage quelques vestiges de cabochons en céramique polychrome, dont une tête de faune.
Plus hétérogène, la partie nord-ouest de la rue se compose d’échoppes, de plus présomptueuses constructions post-modernes, typiques des années 1980 ou d’une élégante façade Art Déco signée par l’architecte Noullet (n°75); La maison du n°88, à l’angle de la rue Despax, fait quant à elle de discrètes allusions à l’Art Nouveau avec des archivoltes des baies soulignées par des briques vernissées bleues, signée Alfred-Duprat. ll est probable que cette modeste demeure, ainsi que sa voisine du n°90, datée de 1898, aient été construites pour accueillir les gardiens ou les jardiniers des beaux immeubles qui les devancent.
Dans cette rue, on peut aussi retenir quelques vitraux intéressants : au n°92, une belle composition japonisante de Curcier (1898) d’un exotisme inattendu sur l’hôtel néo-Louis XVI signé par Duprat.

 

▶Rue Mexico
Au n°9-13 : l’architecte Hector Loubatié a signé et daté (1930) ces trois maisons caractéristiques de la fin de l’Art Déco qui évolue vers plus de dépouillement mais conserve des ponctuations sculptées raffinées.
Au n°9, demeure de l’architecte, un curieux mascaron montre un visage féminin composé avec les symboles de l’architecture (compas, équerres et chapiteaux ioniques). Les contours du visage sont circonscrits dans un cercle parfait et toute la figure est symétrique.
Au n°11, ébrasement de la porte est formé de cannelures surmontées par une couronne de feuillages. L’architecte y ajoute le bas-relief d’une coupe débordant de fleurs et de raisin.
Au n°13, une frise réinterprète le classique motif du lambrequin : il s’agit d’un décor en damier où s’inscrivent des feuillages, fleurs et couples d’oiseaux stylisés au-dessus d’une large porte de verre granité.
Dans la même rue, Loubatié avait été l’architecte en 1900 de la maison au n°45. Celle-ci permet de voir l`évolution de |’architecte. Le style était plus fleuri, des formes plus généreuses rappelaient beaucoup le XVIIIe s.
Au n°12 se trouve le consulat du Maroc. ll s’agit d’un immeuble construit en 1970 par Jacques Pompey. Quasiment posée sur un socle de pilotis, sa masse cubique est animée par des séquences alternées de différentes textures. La façade aveugle sur rue, entièrement tapissée d’une élégante résille d’aluminium, produit des effets de vibration optiques très en phase avec les pratiques artistiques de l’époque, proche notamment de l’Op Art, fondé sur des illusions d’optiques obtenues par le déplacement du spectateur.
La façade donnant sur cour s’anime d’un mur de marbre finement incisé de motifs informels au graphisme aigu. Y est apposé une deuxième partie de la façade traitée de manière totalement différente avec un mur-rideau en panneaux aluminium-verre qui s’élève, en léger retrait, sur cinq étages.

 

 

 ▶Rue Raymond Bordier
Une dizaine de maisons de maisons quasi identiques ont été construites par J.Paraire, chacune se différencie par une décoration sculptée.

 

 Pour plus d’informations, suivez les publications d’Audrey Dubernet, ainsi que  les programmes de l’Association Tout Art Faire, qui organise des événements culturels et artistiques et qui sont à la source des informations publiées dans cette article,

Jean

 

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