FIFIB 2022: Interview de Vincent Pouplard, réalisateur du film « Dans ta cabane, il y a »

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Durant le confinement, isolé avec sa compagne Carla et sa fille Thalia, trois ans, il filme celle-ci au fil des jours. Pour le cinéaste, les séquences s’enchaînent et deviennent un film, une « chronique de l’enfance, telle qu’il souhaite la représenter ». Ce portrait intime, loin des idées préconçues sur l’enfance immature ou limitée, montre une enfant confrontée à ses premières fois, comme avec la mort. À cet âge, les choses s’expérimentent – scène de piétinement dans la boue -, se goûtent et les questions – « Pourquoi? » – sont sans fin, mais avec une faim de découverte, dont les adultes ont oublié les saveurs. L’image, la musique, le langage se construisent. Et, dans la cabane de Thalia, l’imaginaire permet l’accès au réel, non de le fuir, pour aborder plus tard l’étrange monde des adultes.

Seniors reporters: Que pouvez-vous dire sur la genèse du film ?

Vincent Pouplard : «Carla, Thalia et moi sommes enfermés. Alors je filme, car il se passe des choses : la naissance, la peur, intense et sans raison apparente d’une mouche, la mort, l’arrivée du langage. Et puis j’ai eu envie d’aller vers une libération, avec la rentrée à l’école de Thalia ».

Seniors reporters: Beaucoup de gens filment des scènes familiales et les postent au quotidien sur des réseaux, où elles ont une vie éphémère. Ici, il s’agit d’un film et le parti-pris du cinéaste-réalisateur est donc tout autre ?

Vincent Pouplard : « J’aurais pu rester sur le registre familial. Mais je suis cinéaste, je dispose du matériel pour filmer et j’ai des rushes de mon précédent film : L’enfant et les voix graves. Mais ici, sans commande, je cherche à ressentir le film, sur un registre plus intuitif, plutôt qu’à le tourner. J’avais aussi envie de peindre comme elle, de donner de la profondeur, de la poésie. À un moment, tous ces fragments filmés deviennent des scènes qui prennent sens. Ce que je voulais réaliser, à travers la chronique de l’enfance de Thalia, c’est comment on représente l’enfance ».

Seniors reporters: Le rôle de l’image, tous ces regards croisés, l’œil de la caméra, le vôtre – papa qui filme -, celui de Carla, ceux des spectateurs et enfin, celui de Thalia elle-même, font de ce film une expérience d’un genre encore nouveau …

Vincent Pouplard : « Au départ, c’est abstrait pour elle. Elle réalise quand ce qu’elle fait apparaît sur grand écran et qu’on en parle. C’est encore plus vrai lors de la scène avec l’escargot et l’explication par Carla de la mort de son arrière-grand-mère (nous devions la lui annoncer, car elle avait vu sa mère pleurer et avons saisi l’occasion) ou lorsqu’elle parle de son absence en regardant sa photo.

Seniors reporters : Faire du cinéma du réel est une grande responsabilité ?

Vincent Pouplard : « C’est nouveau, ce n’est pas encore encore codifié, mais ça ne peut être bâti que sur la confiance. Quant à sa vision à elle, pour l’instant, elle rit et déclare qu’elle ne comprend pas bien ce qu’elle dit toute petite. Et pour moi, dans cette expérience, il y a de l’ordre du père et de sa fille. Ce qui est sûr, c’est que je continue à filmer. On verra plus tard . Le cinéma du réel constitue le fil rouge de mon travail. Quant à mon rôle, présent ou futur, je préfère déléguer l’opérationnel pour rester concentré sur le film, plutôt que sur la direction d’équipe, qui n’est pas facile et risque, avec tout ce qu’il y a à régler, de m’éloigner de ce que je veux donner à voir et à entendre ».

Seniors reporters: Dans ce film, il y a beaucoup de pudeur, de respect, de tendresse dans les images et les relations entre les personnes, de douceur et de pédagogie au moment du deuil ?

Vincent Pouplard :«Oui, car la confiance fonde le tout. Il n’y a pas de scène dénudée, pas de violence. Carla a choisi d’être dans la douceur, elle est devenue complice et a même proposé des plans. Elle est très pédagogue lorsqu’elle aborde des concepts aussi abstraits que la mort. Elle sait se montrer simple, sans être simpliste ».

Emmanuel VERNY et Bertrand BARRIEU.

EN SAVOIR +
Vincent POUPLARD est né en 1980. Il a suivi des études de Sociologie et de Photographie. Il réalise son premier film en 2010.

FILMOGRAPHIE
2022. DANS TA CABANE IL Y A. Long-métrage.
2021. L’ENFANT ET LES VOIX GRAVES. Long-métrage.
2021. LES VEILLEURS. Court-métrage.
2019. CE N’EST QU’APRÈS. Court-métrage.
2017. IMPATIENTES. Court-métrage.
2016. PAS COMME DES LOUPS. Court-métrage.
2016. HURRY AND WAIT. Court-métrage.
2015. SUN IS SAD. Court-métrage.
2010. LE SILENCE DE LA CARPE. Court-métrage.

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