Troisième saison pour le plus haut mur d’escalade de France. Situé à côté de la Cité du Vin, dans le quartier de Bacalan, Vertigina a vu le jour en 2024. On vous raconte sa genèse.
Entre l’idée du mur et son ouverture au public, trois années ont été nécessaires. Composé du mot vertige et de Gina, le nom du restaurant rooftop abrité au même endroit, Vertigina, plus haut site de grimpe urbaine de France, a été inauguré en Juillet 2024. Il est situé dans le quartier des Bassins à Flot sur deux des huit silos à graines construits en 1958 pour le compte des Nouvelles huileries Calvé-Delft, ancienne huilerie Franco-Coloniale.



Ce mur de 33 mètres de haut fait partie intégrante de l’hôtel Renaissance du groupe Legendre. Il a rouvert pour une nouvelle saison le 26 avril et est accessible jusqu’au 31 octobre. C’est un vrai monument touristique, que le bus à impériale de Bordeaux Visio-tour a intégré dans son circuit.
Cédric Decaudin, directeur de l’hôtel, est à l’origine du projet. Il nous raconte : « C’est un coup de chance ! J’étais au bon endroit au bon moment. En faisant le tour de chantier du rooftop de l’hôtel, j’ai vu les artisans alpinistes en train de nettoyer les graffitis sur les silos. En les regardant descendre en rappel, j’ai dit à mon responsable : tiens, regarde, tu as un mur d’escalade devant toi ! »

Cédric Decaudin, à l’origine du projet.
Apprendre et faire
Cédric est hôtelier restaurateur, alpiniste très amateur. Pour monter Vertigina, il a dû faire des recherches, affiner ses connaissances, analyser la faisabilité du projet et prendre des contacts dans le milieu de l’escalade, milieu qu’il ne connaissait pas. Il a contacté plusieurs fois Allez up (21 mètres) le site d’escalade de Montréal, qui lui a donné de très bons conseils. « L’idée première était de recouvrir de bois les silos pour y poser les prises. C’est comme ça qu’on fait dans les salles. C’était très cher et limité à 16 mètres. Cela aurait été frustrant de monter et de ne pas accéder au sommet 16 mètres plus haut. »
Grâce au bouche à oreille dans le milieu, Ferran Yusta, ingénieur architecte d’origine espagnole et vivant à Bordeaux depuis longtemps, entend parler du projet. Après avoir contacté Cédric, il devient maître d’œuvre. Cédric explique : “il a fait étudier la qualité, la solidité du béton, avant d’envisager son exploitation en mur d’escalade. Une fois le feu vert donné, la technique usuelle est de percer des trous selon un quadrillage (2500 dans le cas de Vertigina) puis de mettre dans le trou un insert, un pas de vis que l’on scelle à la structure chimiquement.”


Henry et Yannick, des grimpeurs en pleine action.
Arrivée de l’UCPA dans le projet
Cédric apprenant que l’UCPA sport station (Union nationale des Centres sportifs de Plein Air), quai de Brazza, allait ouvrir et communiquer sur son mur de 14 m le qualifiant de plus haut de Bordeaux; il les contacte pour leur signaler qu’il prépare un 33 m. C’est à ce moment que le lien et le partenariat avec l’association sportive se créent.





Habituellement, les prises sont colorées pour les niveaux de difficultés. Aucune norme couleur/difficulté n’existe, ce qui fait que chaque site choisit ses propres références pour les couleurs de voies. Dans le cas de Vertigina, des pièces de silicone colorées ont été placées entre la prise et la structure. Elles absorbent l’arrondi du silo et balisent les voies. C’est le seul site en France où les prises sont grises, en accord avec les Bâtiments de France, patrimoine oblige. C’est un mur haut ! Mais discret…
L’UCPA est arrivé avec ses « ouvreurs », des professionnels qui se placent en bas du mur pour déterminer les voies, installent les prises en grimpant, définissent leur difficulté, et les nomment.
« La voie le « Spiton de la fournaise », clin d’œil au volcan de l’île de la Réunion, une de celles qui grimpent jusqu’à 33 mètres, a été nommée ainsi parce qu’elle « pique » » avoue Mathieu, animateur de l’UCPA. C’est lui qui accueille le public depuis l’ouverture du site, il y a trois ans. Titulaire d’un BPJEPS ATS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport, Animation Tout Sport), il est extrêmement vigilant afin que la grimpe reste un plaisir.


Mathieu donnant des conseils aux grimpeurs
Aujourd’hui, sept personnes affrontent le mur. Le site peut en accueillir au maximum 40 (grimpeurs avec assureurs). Les grimpeurs débutants, après avoir suivi un cours d’initiation, ainsi que les aguerris, peuvent s’essayer à la grimpe car tout le matériel est disponible sur place. Les 24 voies sont pensées pour s’adapter à tous les niveaux, du débutant au chevronné. Le niveau des voies est mesurée par une cotation qui combine un chiffre et une lettre croissants avec la difficulté. Dans le cas de Vertigina, la plus facile est cotée 4a et la plus difficile 7c+. La cotation 9c se trouve uniquement dans la nature.
L’adrénaline, la peur, le vertige s’apprivoisent
Mathieu précise « si l’on doit avoir le vertige, celui-ci survient avant les 10 m de hauteur« . Chaque grimpeur doit avoir son assureur avec lequel il est attaché et avec qui il communique. Ils doivent être à peu près du même poids. Lorsque le grimpeur annonce « sec », cela indique à l’assureur de tendre la corde, pour qu’il puisse se reposer sur une prise par exemple… « corde » signifie qu’une corde va tomber du ciel… ne pas rester dessous ! Bref ! Il existe tout un vocabulaire spécifique à la discipline !




Marie monte avec la lumière du soleil couchant sur les silos : « C’est un sentiment de liberté. On souffre, on se dépasse, on s’améliore en montant et la récompense vaut le coup. Je pratique habituellement dans une salle et là-haut, la vue est incroyable, on touche le soleil. »
Henry et Yannick, habitués des salles d’escalades, mais aussi grimpeurs sur les sites naturels des Pyrénées sont montés en cordée…Pour pouvoir profiter de la vue et en discuter ?
Un des grimpeurs présent sur le site nous confie que pour lui, c’est un sport technique et cérébral. Il faut anticiper tout le temps, avoir une vision de la voie, étudier et évaluer par quel chemin passer avant de se lancer. Si vous allez à Vertigina, ne soyez pas surpris de voir ces alpinistes immobiles, pieds bien ancrés dans le sol, regard tourné vers le ciel !
Cédric rajoute : « à Vertigina, le plus jeune grimpeur a 4 ans et le plus vieux 75 et tous les deux sont arrivés au plus haut. »
Le partenariat avec l’UCPA se termine cette année. À suivre…
Des sites encore plus hauts : Le plus grand mur d’escalade urbain du monde fait 80 m. Il est à Copenhague. C’est la paroi d’un incinérateur produisant de l’électricité. On peut skier sur son toit, sans neige, toute l’année !
165 m de hauteur en pleine nature sur le barrage du Luzon.