Une bordelaise qui reprend du poil de la bête

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Depuis 2008 des vaches ont été introduites dans le bois de Bordeaux, aujourd’hui inclus dans la réserve écologique des barails à Bordeaux. Une participation à la renaissance des vaches de race bordelaises ainsi confiée par le Conservatoire des Races d’Aquitaine. Cette race locale, à dominante laitière, autrefois très présente dans le Sud-Ouest, a une histoire mouvementée et a bien failli disparaître définitivement.

Selon Philippe Jacques Dubois (« À nos vaches ») elle pourrait être issue du rameau celtique irlando-breton bovin arrivé en Europe au néolithique*. Ce rameau noir a vu varier ses couleurs lors de croisements anciens avec le bétail viking par exemple, ou plus récents avec le cheptel britannique. Ce sont les Anglais qui l’auraient introduit en Aquitaine au Moyen-Âge entraînant des derniers métissages sur place.

Le Conservatoire des Races d’Aquitaine présente cette vache bordelaise comme pas très grande, pas très lourde, avec une robe caractéristique pie noire, c’est-à-dire avec les quatre pattes, la tête et les muqueuses noires. Tête fine et petites cornes foncées. Deux types : l’un ancien, tâches larges et bande blanche sur le dos appelé Beyrette, et l’autre, sélectionné, à robe mouchetée nommé Pigaillé. Un animal adapté aussi bien aux prairies littorales ou de l’arrière-pays, qu’aux barails**.

Première alerte

Cette vache rustique était présente dans tout le Sud-Ouest, du bord de mer au bord de Garonne, des collines du Périgord aux Pyrénées. Aussi à l’aise dans les prés que dans les landes et les marais. Elle paissait ainsi autour de Bordeaux ; elle y fournissait le lait et le beurre. Ou bien encore dans les châteaux viticoles du Médoc ; les troupeaux y laissaient aussi la fumure nécessaire à la vigne.
Entre 1870 et 1872 une épizootie*** s’est abattue sur la région. Elle a décimé tout ce cheptel. Seul un troupeau isolé en secteur d’appellation viticole Margaux, au château Giscours, a survécu. À partir de lui se régénère cette vache. Elle va d’ailleurs se développer régulièrement jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le Conservatoire des Races d’Aquitaine prend le taureau par les cornes

Après ce conflit, la situation change. Les nécessités du développement, de la modernisation de l’agriculture et de la reconstruction des cheptels, font que la race bordelaise, pourtant emblème d’un terroir, est petit à petit abandonnée. Flora Dartiailh, chargée de mission au Conservatoire des Races d’Aquitaine précise : « Après guerre, la priorité est de nourrir la France avec des races bovines plus productives mises en avant par les pouvoirs publics. La vache bordelaise est délaissée, comme cela est arrivé ailleurs à plusieurs autres races locales à petits effectifs». Le maintien d’une biodiversité domestique face aux nécessités d’uniformisation et de rendement n’était pas une priorité. La race est finalement considérée comme disparue dans les années soixante-dix. Flora Dartiailh explique : « Lorsque M. Régis Ribéreau-Gayon, actuel président du Conservatoire, a voulu trouver du bétail local pour la gestion pastorale de la réserve de Bruges, il s’est rendu compte qu’il n’y avait que très peu d’animaux en proximité. Avec son équipe, il est parti à la recherche des dernières vaches bordelaises. À partir de ces bovins dispersés dans le Sud-Ouest, un programme pour sauver la race a pu être mis en place».
Le Conservatoire des Races d’Aquitaine fait patiemment renaître cette race et son précieux patrimoine génétique. Sélections, croisements, les spécialistes et scientifiques à la manœuvre ont permis un premier sauvetage. Des éleveurs passionnés partenaires se sont aussi ensuite impliqués. Ils sont facteurs de la réussite de ce projet. Aujourd’hui, le programme de conservation et de développement de ce cheptel est en bonne voie. Tout en utilisant l’animal en valorisant sa rusticité dans la gestion des espaces naturels, comme à la réserve écologique des barails, il vise naturellement à augmenter les effectifs et le nombre d’élevages. « 65 détenteurs sont dénombrés aujourd’hui, répartis dans le Sud-Ouest. On compte maintenant 226 femelles avec les plus jeunes, 148 femelles de plus de deux ans (reproductrices) et au moins 25 taureaux reproducteurs» indique Flora Dartiailh. Le cheptel se développe ainsi chaque année régulièrement. « Un problème sanitaire reste bien sûr toujours possible. Mais pour préserver la race de manière préventive les troupeaux sont bien répartis dans la région et ils sont bien suivis » indique Flora Dartiailh. Ainsi cette race, avec son patrimoine agricole spécifique, est aujourd’hui en passe d’être sauvée. Dire qu’elle a vraiment failli disparaître ! Il s’en est fallu d’un poil. Ah la vache !

*âge de la pierre polie (6000 à 2300 av JC).

**prairie de fauche clôturée (Larousse), prairie humide (Les noms de lieux en France, glossaire de termes dialectaux – André Pégorier).

***épizootie : épidémie relative aux animaux.

Conservatoire des races d’Aquitaine Bordeaux-Siences-Agro Bât. du Médoc, 1 cours du Général de Gaulle – CS 40201  33175  Gradignan CEDEX  Tél. 05 57 35 60 86.

Réserve écologique des barails  Avenue de Pernon, 33300 Bordeaux.

Éric

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