Le programme de la semaine bleue venant rejoindre celui de l’Ehpad Terre-Nègre , le mercredi 4 octobre a vu se dérouler un après-midi qui mêlait science, poésie et musique. Pour l’occasion, Mr Christophe Boéry, animateur culturel de l’établissement, avait réuni de nombreux résidents.
La rencontre entre le Fablab* de l’Université de Bordeaux et la direction de l’Ehpad Terre-Nègre a donné naissance à un projet original qui offre aux résidents de l’établissement la possibilité d’accéder à la compréhension des progrès technologiques. Pour se faire, un cycle d’interventions a été confié à l’artiste-enseignant-fabmanager Pierre Grangé-Praderas. Celui-ci reconnaît volontiers la proximité de sa démarche avec celle du mouvement esthétique situationniste des années 50-60. Il cherche ainsi à créer des situations propices au déclenchement de questionnements et conséquemment de récits.
En trois temps trois mouvements
«Digitus in oculus» en intitulé de cet opus ne laisse pas indifférent. Pierre Grangé-Praderas s’adressant aux résidents : « se mettre le doigt dans l’œil signifie que l’on se trompe en pensant [ par exemple] que le rapport à la technologie est réservé à la jeunesse, hors celle-ci n’a pas, comme peut l’avoir votre génération, de points de comparaison avec ce qu’il se faisait avant». Face au public est installé un tableau noir sur lequel sont dessinés des éléments dont il est difficile de comprendre la relation qui les réunit (ventilateur, construction sinusoïdale, onde sonore). Pierre Grangé-Praderas dévoile la portée métaphorique de cette relation qui retient «que les idées se fracassent sur le réel du langage qui est incapable de les exprimer en totalité». Dans un 2ème temps viendra le recueil des témoignages des résidents. « Ces récits sont libérateurs, ils permettent aux participants de relier leur vécu avec les progrès technologiques » constate Pierre Grangé-Praderas. Plus tard, ce sera le temps de la concrétisation du travail avec d’une part, la réalisation d’une publication « qui fera trace de ces échanges » et d’autre part la fabrication d’un objet fonctionnel à la fois mécanique et poétique.
Le serpent ressuscité
Le développement de Pierre Grangé-Praderas est entrecoupé de moments musicaux interprétés par les élèves des conservatoires de musique de Mérignac et de Bordeaux (sous la direction de Mrs Thomas Leforestier et Pascal Rousseau). Les musiciens mettent en œuvre, entre autres, un ancêtre du cor, un instrument disparu depuis quatre siècles : le serpent. Celui-ci ressuscite aujourd’hui grâce à la technologie et à l’utilisation de l’impression 3D.
En conclusion, Pierre Grangé-Praderas s’appuie sur la musique pour témoigner de « l’incapacité de la technologie à résoudre en totalité les possibilités de la composition. Les notes sont toujours les mêmes et pourtant les compositions sont illimitées ». À l’heure où l’intelligence artificielle semble être en capacité de circonscrire nombre de tâches complexes, le rêve et l’imagination sont encore là comme ressources pour la création et l’innovation.
Informations,
*Fablab pour laboratoire de fabrication.
Site internet de Pierre Grangé-Praderas : http://www.pierregrangepraderas.net/125.html
Semaine bleue : https://www.bordeaux.fr/e215125/semainebleue


