Chien de la casse : double sens en amitié

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Jean-Baptiste Durand, réalisateur et scénariste français, a été élève à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier. Il n’a donc pas suivi un parcours classique en école de cinéma (comme par exemple La Fémis). Il livre avec Chien de la casse un premier long métrage de caractère. Pour preuve, ses sept nominations aux Césars et les deux prix obtenus lors de la cérémonie 2024 : « Meilleur premier film » et « Meilleure révélation masculine ».

À l’échelle locale, son film reçoit en 2023 le Prix découverte de l’Utopia Bordeaux, créé par l’association Les Amis de l’Utopia, qui récompense le Premier Meilleur Film Français de l’année, d’après le public du célèbre cinéma bordelais. À travers cette interview, le réalisateur nous partage quelques confidences éclairantes sur son film.

Bertrand BARRIEU : « Chien de la casse » est l’histoire d’une amitié entre deux jeunes hommes, portée par deux comédiens magnétiques, étoiles montantes du cinéma : Anthony Bajon qui joue Dog et Raphaël Quenard qui interprète Mirales. Pouvez-vous nous présenter votre film ?

Jean-Baptiste DURAND : Ces deux amis d’enfance, Dog et Mirales, vivent dans un petit village du sud de la France. La majeure partie de leur journée se passe à traîner dans les rues et pour tuer les temps, Mirales taquine Dog, parfois au-delà de l’acceptable. L’arrivée d’Elsa – Galatéa Bellugi – une jeune fille avec qui Dog va vivre sa première histoire d’amour va mettre à mal cette amitié. Rongé par la jalousie, Mirales va devoir se défaire de son passé, pour évoluer, grandir et trouver sa place.

B. B. : Quelques mots sur la genèse du film ?

J-B. D. : Lorsque je faisais mes études aux Beaux-Arts, je dessinais mes copains. Pour la fin de mes études, j’ai réalisé un film. Par ailleurs, j’avais écrit des personnages, partiellement inspirés de mes amis et de mon entourage. C’est donc naturellement que j’ai voulu dans mon film, raconter l’histoire de jeunes péri-urbains ou issus de villages, qui traînent ensemble, jouent au foot, fument du shit, se battent et refont le monde sur les bancs de la place ou sur le terrain de jeu.

B. B. : Le film se passe dans l’Hérault, pouvez-vous nous éclairer sur le tournage du film ?

J-B. D. : J’ai grandi à Montpeyroux, un village du sud de la France à côté du Pouget, où a été tourné le film. À l’époque, j’étais entouré d’amis passionnés par le foot, le rap, le dessin. Ces personnages sont inspirés de mes amis et des croquis que j’en faisais.

B. B. : Comment avez-vous choisi le personnage de Dog, interprété par Anthony Bajon ?

J-B. D. : Je connaissais Anthony, que j’avais vu dans La Prière et que j’avais trouvé bouleversant. Mais au-delà de ça, je trouvais que ce jeune comédien avait une intelligence animale dans son rapport au corps, à l’espace et aux silences. Il est facile de comprendre pourquoi je le voulais absolument pour interpréter Dog, qui est un taiseux. C’était une évidence, mais c’est aussi lui qui prend les décisions et qui bouge dans ce monde qu’ils refont sans avancer.

B.B. : Et pour Raphaël Quenard, qui interprète Mirales, il s’est montré tenace, pugnace – à l’image du titre du film – pour obtenir le rôle

J-B. D. : En effet, pour Raphaël, c’est une autre histoire. Il m’a contacté par Facebook, mais à l’époque j’étais en train d’écrire et pas du tout sur le casting. Je lui ai dit de reprendre contact plus tard. À la date précise – ça, c’est Raphaël -, il s’est manifesté de nouveau. Nouveau report. Il m’envoyait des messages régulièrement. Je voyais qu’il voulait maintenir le contact. Pour répondre à sa ténacité, je l’ai finalement invité à passer le casting. Et là, ça été une révélation ! En discutant avec Raphaël, j’ai compris qu’il connaissait par cœur Mirales, avec une double culture : d’une part, car il a grandi avec les mêmes mecs et, d’autre part, il a le même rapport à la langue en tant que boulimique de lecture jouant de son érudition. Raphaël est un jeune de son temps, Il est extrêmement vif, dynamique, enthousiaste, créatif et inventif, ce qui lui permet d’incarner parfaitement son personnage, même s’il faut recadrer parfois.

B.B. : Pourquoi ce titre de « Chien de la casse » ?

J-B. D. : « Chien de la casse » est une expression qui vient des banlieues. Elle est plutôt péjorative. Cela s’applique à des individus tenaces, avec des poussées de violences, sans scrupules, prêts à tout pour arriver à leur fin. C’est de l’argot, pour dire « jobard », « salopard », « crevard ».

B.B. : Cette amitié est toxique par certains aspects, mais par d’autres, elle est aussi magnifique et émouvante pour le public

J-B. D. : OUI : L’amitié ici évoque en miroir la relation maître-chien, un rapport dominant-dominé. La relation entre Mirales, qui est sous certains aspects un pervers narcissique et son chien Malabar est à ce titre symbolique, de la relation qu’il entretient avec son copain Dog, le bien nommé. Un amour vache où l’un a besoin de briller parfois au détriment de l’autre. La relation est donc parasitée, toxique, faite des frustrations, de la jalousie de Mirales. Mais il y a aussi la fidélité, l’amour, puisque bien qu’ils ne se voient plus à ce moment de leur histoire, lorsque Dog appelle au secours face à la bande qui veut l’attaquer et lui donner une bonne correction, son ami n’hésite pas une seconde et accourt immédiatement. Cette amitié entre ces jeunes écorchés, à vif, trouve et touche le public, parce qu’elle est réelle, vraie et juste. Ils sont honnêtes et maladroits et s’aiment mal, mais profondément. Et cela se ressent.

B.B. : On retrouve des éléments de votre formation aux Beaux-Arts dans l’écriture, les prises de vue des séquences et les descriptions des personnages ?

J-B. D. : C’est vrai, dès la première scène, avec le village médiéval, qui apparaît comme une forteresse fermée et qui fournit le cadre bien délimité du film. Mais il y a aussi les grands espaces, lorsqu’on est allé tourner la scène pour le chien – à une heure de route du village -, à la manière des immenses étendues ou des déserts dans un western. Pour ce qui est des personnages, c’est vrai que je les ai campés et filmés un peu comme je dessinais mes amis lorsque j’étais aux Beaux-Arts.

B.B. : Votre film est-il écrit ou laisse-t-il une marge de manœuvre aux interprètes et, au final, quelle a été la durée du tournage ?

J-B. D. : Le film est écrit et le scénario a été suivi. Mais lorsque Raphaël par exemple, improvise et en rajoute, je vois ce que cela donne. Certains plans ou scènes ont ainsi été intégrés. Mais si c’était nécessaire, je recadrais. Le film a été tourné en 25 jours et il a fallu 11 semaines pour le film tel qu’il est. C’est un peu resserré, mais cela entre dans les normes habituelles. Au final je suis satisfait du film qui correspond bien à mon projet et qui est bien accueilli par le public, par la critique et reconnu par la profession.

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