Le film de Salomé Da Souza a pour sujet les amours interdites, comme dans Roméo et Juliette de Franco Zefirelli (1968) ou de Baz Luhrmann (1996), Cousin-cousine (1975) de Jean-Charles Tacchella, Deep-end (1971) de Jerzy Skolimowski, Titanic (1997) de James Cameron, ou, en animation, la petite sirène (1990) de John Musker, pour ne citer qu’eux.
Pourquoi avoir choisi ce thème déjà maintes fois traité par le cinéma ? La réalisatrice déclare « J’étais chez mes parents. Je suis allée dormir et j’ai rêvé que j’étais amoureuse de mon cousin. Je me suis dit c’est bon, c’est ça ». Mais ici, il s’agit de deux adolescents, Gabin interprété par Rodrigue Toledo et Johannes interprétée par Cabanel, qui sont cousin et cousine. Ils sont amoureux l’un de l’autre, avec toute la fougue, l’intensité et l’impétuosité de leur jeunesse débordante d’énergie. Cet amour est une passion dévorante, possessif jusqu’à la jalousie pour ce qui concerne Gabin, provocateur pour ce qui est de Johannes. Incandescent !
C’est cette jeunesse d’aujourd’hui, son appétit, son urgence à vivre l’instant présent et ses codes avec lesquels Salomé Da Souza est en résonance, que l’on retrouve dans sa mise en scène dynamique et pêchue, qui fait l’originalité de ce court-métrage de 25 minutes, dont le sujet aurait pu autrement sembler banal. Se rajoute le fait, comme le signale Salomé « qu’elle est la seule comédienne de métier, contrairement au reste de l’équipe, objet d’un « casting sauvage » de deux mois et demi parmi 500 candidats. Je voulais montrer un amour adolescent interdit et faire que les gens ressentent cette intensité et cette passion, mais il manquait quelque chose pour que cet impossible soit universel aux yeux de tout le monde ».


Tout est tourné à une dizaine de kilomètres maximum de Saint-Etienne de l’Olm, petit village du Gard où vivent les parents et la famille de la réalisatrice. Tout le monde se connaît et toute l’équipe est regroupée et couche sur place. Tourner chez soi, une facilité, mais aussi des contraintes. Il en résulte un traitement sobre, mais empreint de maturité. Ainsi Salomé précise « Quand on tourne un film comme celui-là, dans son lieu d’origine, chez ses parents, dans un rayon maximum de dix kilomètres, c’est un avantage, mais il faut aussi tout faire : tu es producteur, décorateur de ton film, mais c’est aussi ça qui est génial ».
Cela renforce la forte présence de la famille et l’influence qu’elle exerce, lorsqu’elle se réunit en ce début d’été et de vacances à l’occasion d’une fête votive attendue depuis trois ans, du fait du Covid et regroupant cinq mille personnes. Et dans ce contexte, les rumeurs vont vite. D’ailleurs, la réalisatrice, interprète d’Anaïs, la grande sœur inquiète de l’évolution (trop ?) rapide de sa cadette -, explique son intention de montrer que « La tenue de Johannes, ce n’est pas juste esthétique. Chez moi une fille n’a pas le droit de s’habiller comme ça. Les les gens considèrent que j’ai aussi une responsabilité à ce niveau, de même qu’ils sont venus me trouver lorsqu’il y a eu une rumeur répandue pendant le tournage ». Marylou, interprète de Johannes abonde dans ce sens en indiquant que « lors de la vraie fête, certains regards sur son type de tenue, qu’elle ne porte pas habituellement, étaient clairement des jugements. Un moment du tournage compliqué, car cela la touchait beaucoup ». Heureusement par rapport à ces comportements, en parallèle il y avait la fête votive reconstituée pour le film, avec les 150 figurants, où ces attitudes n’existaient pas.
Après avoir finalement affiché leur relation amoureuse au vu et su de tous, Johannes décide d’y mettre fin. Ils se retrouvent plus tard en famille, chacun ayant évolué dans sa propre direction, tout en se promettant de toujours veiller l’un sur l’autre en cas de besoin. Un film qui nuance avec intelligence le regard sur l’interdit et autorise chacun à inventer sa vie et construire son histoire par de-là les barrières et les obstacles.
Bertrand BARRIEU. Patrick QUILLERE.