Les petites places font le charme d’une ville mais ne sont pas toujours connues, cette série permet d’aller à leur rencontre et de découvrir des coins cachés de Bordeaux.
En cheminant rue Fondaudège, tournez à droite dans la rue Duplessy qui est dans le prolongement de la rue du Palais Gallien et conduit à la place Bardineau. Pavée, toute en rondeur et bordée d’imposants bâtiments à l’aspect cossu, elle communique avec le Jardin public dont elle est l’une des entrées. L’ambiance y est très calme, hormis quelques piétons et cyclistes, seules quelques voitures la traversent en venant de la rue Émile Zola qui débouche sur la place.



La solennité du lieu impressionne et l’on se trouve plongé dans l’histoire en admirant les magnifiques hôtels particuliers tel l’hôtel Calvet situé au n°1, érigé en 1851 par le célèbre architecte Charles Burguet qui réalisa aussi le musée des Beaux Arts de Bordeaux. Cette famille bordelaise l’occupe à partir de 1897, puis la municipalité en prend possession en 1976. L’Académie Nationale des Sciences et des Belles-Lettres et Arts de Bordeaux s’y installe, prenant le nom d’Hôtel des Sociétés Savantes dont il est le siège. Neuf associations s’y regroupent dont La Mémoire de Bordeaux Métropole, l’association Renaissance des Cités d’Europe, le Centre Généalogique du Sud Ouest, etc. Des activités, des conférences et des visites patrimoniales y sont organisées.








Au n°5, l’hôtel de Lisleferme lui fait face. Construit en 1781 pour Nicolas de Lisleferme, avocat au parlement de Bordeaux, il est acquis par la municipalité en 1862 et devient le Muséum de Bordeaux après d’importantes modifications. De cette époque, il conserve encore le grand escalier qui relie les deux étages du bâtiment et le salon 18ᵉ siècle dont les fenêtres donnent sur les allées du Jardin public.




Au n°3, au coin de la rue Emile Zola, le bâtiment à deux étages est plus sobre, sa belle pierre blonde s’éclaire en fin d’après-midi. Le lierre qui court sur la façade, le laurier rose et différentes plantes en pot apportent une touche végétale sur une place qui reste très minérale.





Mais qui était le sieur Bardineau qui a donné son nom à la place ? La plaque bleue apposée sur le mur indique qu’au 18ᵉ siècle, il tenait un restaurant renommé : « On s’y bouscule, mais on y est toujours bien reçu ». Il avait déjà le respect des produits en circuit court car il cuisinait des spécialités locales telles que l’alose de Garonne, la lamproie à la bordelaise sur canapés de poireaux et les œufs d’esturgeon qu’il servait sous forme de caviar girondin. Sa cuisine qui attire les gourmets lui vaut un franc succès et son restaurant devient un lieu incontournable fréquenté par la noblesse bordelaise. Madame Duplessy tient salon dans son hôtel particulier du Jardin public et en fait son cuisinier attitré. La soirée du 17 avril 1761 reste dans les annales, elle reçoit des invités prestigieux : le duc et la duchesse de Chartres. Le cuisinier Bardineau se surpasse.

Aujourd’hui bien sûr le restaurant n’existe plus, mais son évocation est toujours présente sur la place, Bardineau n’est pas oublié.