Emma Reyes, une artiste haute en couleur  

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Cette artiste peintre franco-colombienne, à l’œuvre peu connue en France, est née en 1919 à Bogota et décédée en 2003 à Bordeaux. Elle est une des 4 artistes invitées à l’exposition Pollen qui se tient actuellement au CAPC, Musée d’art contemporain de Bordeaux, du 28 mars 2025 au 31 janvier 2027. « Pollen » met en dialogue des œuvres de ses collections avec celles de ces quatre autres artistes qui se succèdent tous les 6 mois, pour explorer la fleur et le végétal comme symboles et sources d’inspiration artistique.

Les œuvres colorées et sensuelles d’Emma Reyes, qui a été la première artiste présentée du 28 mars au 28 septembre 2025, sont des représentations exubérantes de fleurs et fruits mêlés, de portraits cachés par des feuilles envahissantes aux formes géantes et hybrides. Elles s’intègrent parfaitement à la thématique de l’événement Pollen. 

Emma Reyes redécouverte en France

C’est grâce à la passion de sa petite nièce par alliance, Stéphanie Cottin, présidente de l’Association Emma Reyes, que l’œuvre de cette artiste est aujourd’hui de nouveau exposée en France. De son vivant, elle n’eut que peu d’expositions dans des galeries françaises et ne fut pas représentée au long cours, alors qu’elle y vécut et y peignit pendant des décennies. 

Emma n’a jamais cessé de créer, de dessiner, de peindre des représentations florales, végétales, animales et des portraits souvent imaginaires, mêlés aux végétaux. À travers plusieurs séries qu’elle développe tout au long de sa vie, elle fabrique une relation curieuse entre l’homme et la nature, un rapport qu’elle a connu notamment lors d’un séjour dans la jungle paraguayenne, en observant les liens invisibles entre l’homme, les plantes et les animaux.

Végétale, florale, animale, une œuvre colorée et foisonnante

C’est aussi un art luxuriant qui reflète l’attirance qu’elle a pour les couleurs et les parfums de ces fleurs, pour les saveurs de ces fruits, pour ces souvenirs tropicaux entêtants. Elle est Colombienne pour toujours !

Un parcours singulier et éclectique

Sa vie foisonnante, irriguée de nombreux voyages, de liens profonds avec des artistes de renom au gré de ses rencontres et de ses amours, ne fut qu’une succession d’inspirations. Son œuvre artistique sur une cinquantaine d’années, se caractérise par sa curiosité naturelle, cet éclectisme et son originalité.

Portraits emmêlés à la végétation, des toiles inspirées par sa culture

De l’art naïf au muralisme Mexicain, de l’expression indigène à l’art primitif et à l’expressionnisme, son style se reflète dans les peintures, les illustrations et dessins qu’elle créa tout au long de sa vie. Elle resta toujours consciente de ses origines, de la richesse des cultures amérindiennes, de leur diversité et de leur rapport plus inclusif au monde.

La vie d’Emma est un roman 

Née en 1919 à Bogota en Colombie, de père inconnu et abandonnée par sa mère, elle passe 15 ans de sa vie dans un couvent catholique. La broderie est sa principale occupation et lui donne le goût de la création et de l’art.

Une œuvre picturale dense

Elle fuit cette vie d’enfermement et part à Bogota où elle apprend à lire et à écrire en faisant des petits boulots. Vers 20 ans elle quitte la Colombie et part en auto-stop vers le Sud : Équateur, Pérou, Chili, Argentine où elle s’installe quelques années et obtient une bourse. En 1947 elle part à Paris pour étudier à l’Académie André-Lothe, peintre bordelais qui la reçoit, lui reconnaît du talent et lui conseille de trouver sa voie. Sa curiosité naturelle et son charisme l’amènent à fréquenter le monde artistique et culturel un peu partout en voyageant. Ainsi elle rencontre beaucoup de personnalités… et tous lui conseillent  d’explorer la spécificité de son trait et de sa culture. 

Un trait singulier et une peinture pleine de vitalité

Emma Reyes est une personnalité à l’exubérance joyeuse et contagieuse. Sa vie extraordinaire, faite de mille voyages et de mille rencontres, ne lui fait oublier ni son pays ni ses racines. Elle vit au Paraguay, parcourt l’Argentine, travaille dans un cabinet d’architecture à Buenos Aires, part vivre à Washington (1950) en mission culturelle pour l’Unesco et séjourne à Mexico (1951) où elle enseigne à l’école des beaux-arts. Emma rencontre Diego Rivera et participe à l’organisation de la première exposition monographique de Frida Kahlo. Elle revient à Paris où elle a un atelier puis s’installe à Rome (54 – 60) et y fréquente l’intelligentsia romaine. Elle est un temps la compagne d’Alberto Moravia. À plusieurs reprises elle retourne en Colombie mais revient toujours un peu déçue. En 1960, Emma s’installe définitivement en France.

Périgueux, son port d’attache et de cœur 

C’est à Périgueux qu’Emma Reyes s’établit avec Jean Perromat, un médecin travaillant sur les transatlantiques, qu’elle rencontre lors d’un de ses voyages et qu’elle épouse plus tard. Ils s’installent en Dordogne quand son mari reprend le cabinet médical de son père.

La fresque exubérante de 14 mètres d’Emma Reyes
dans la médiathèque de Périgueux

Elle ne cesse de créer et de peindre, la Dordogne influençant son œuvre, en particulier pour sa série des « Grottes », inspirée par les grottes de Lascaux, un vrai choc culturel. Vers 1967 elle prend un atelier à Paris également pour continuer son travail sur ses tableaux figurant des portraits mêlés aux végétaux et à la nature luxuriante de ses origines. Mais elle est régulièrement à Périgueux, et pour montrer son attachement à cette ville, elle peint en 1988 une fresque murale magistrale de 14 mètres de long dans la bibliothèque municipale. (aujourd’hui Médiathèque Pierre Fanlac).

Elle lègue près de 200 de ses toiles et 300 livres d’art au MAAP, le Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, qui lui consacre en 2017 une rétrospective. 

Les Masques, série réalisée à Bordeaux

C’est à Bordeaux qu’Emma installe son atelier vers 1990 au 76, rue Mazarin. Elle travaille à 2 séries phares : les portraits imaginaires et les fleurs qu’elle termine et y peint sa série « les Masques ». Elle sera exposée en 1993 dans le cadre du festival de l’Amérique Latine et en 1998 lors d’une exposition collective, à la Galerie des Beaux Arts de Bordeaux.

« Les Masques » dernières œuvres
réalisées à Bordeaux

Puis avec l’âge elle peint moins et écrit des nouvelles, comme elle l’a toujours fait. L’écriture fait également partie de sa vie (cf 2 livres dont « Mémoire par correspondance » le récit de sa triste enfance en 23 lettres, paru en 2012)

Elle décède en 2003 à Bordeaux entourée des siens. L’artiste est inhumée au cimetière du Nord à Périgueux où une école primaire porte désormais son nom. Bel hommage pour Emma qui fut élevée dans un couvent sans avoir jamais appris à lire.

Emma Reyes est et restera dans l’histoire de l’Art à jamais. 

Plus d’informations :

https://www.emma-reyes.com/pages/biographie/

« Pollen », le vivant s’expose à Bordeaux au Capc musée d’art contemporain

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