À la recherche des arrondissements perdus

Éric's avatarPublié par

« Je viens de découvrir que Bordeaux affiche des plaques d’arrondissements avec la signalétique de rues. De petites plaques qui indiquent par exemple 4ème ou 3ème arrondissement. Le saviez-vous ? L’avez-vous remarqué ? Savez-vous à quoi cela correspond ? Il n’y a pourtant pas d’arrondissement dans Bordeaux », s’étonne Anne-Claire, chargée de communication de la Ville de Bordeaux, lors d’une rencontre dans des locaux municipaux. Essayons d’apporter quelques réponses à ses questionnements.

Mystère

Paris, Lyon, Marseille, possèdent bien leurs arrondissements. Bordeaux non, c’est un fait. Mais il y a bien ces plaquettes émaillées à proximité de certaines plaques de rues. De nombreuses sont perdues. Il en reste même certaines isolées, seules sur le mur, ce qui peut rendre perplexe, alors même que la plaque de rue a été enlevée. Ci-dessous, quelques clichés du 8ème arrondissement.

Si des personnes âgées comme Yvette me disent : « En soixante-dix-huit ans, je n’ai jamais fait attention à ces indications », d’autres sont plus observateurs. Comme Marceau, bastidien depuis sa naissance : « J »ai bien constaté la présence de ces chiffres autour des plaques de rue. Sans connaître la raison de ces mentions. Ça ne correspond même pas aux huit cantons de la ville qui existaient encore il y a peu. Ici, à La Bastide nous étions dans le 7ème canton. Et bien regardez, toutes les plaques qui restent sur la rive droite indiquent 8ème arrondissement. À quoi cela sert, mystère ?

Dans tout Bordeaux, les découpages des arrondissements ne recoupent pas exactement ceux des anciens cantons. Ni leurs numéros, ni la répartition de toutes leurs rues. Ils ne recoupent pas non plus exactement les huit quartiers de la ville actuels. Il faut donc chercher au-delà de la mémoire des habitants, même très âgés, pour découvrir ce que représentent vraiment ces petites plaques émaillées.

Au XIXème siècle

Ces mentions d’arrondissements témoignent d’une division administrative bien ancienne et abandonnée depuis longtemps. Utile en son temps pour les habitants et les visiteurs. Sans aucune utilité aujourd’hui. Quelle utilité ? Au début du XIXème siècle, la toponymie des rues s’affiche le plus souvent par des gravures sur pierres, ou des indications manuscrites sur des matériaux non pérennes. Pour homogénéiser tout cela, en 1837, la ville de Bordeaux décide d’installer dans toutes ses rues des plaques signalétiques en fonte de fer, mais sans numéro d’arrondissement (au moins 6000 plaques).

Treize ou quatorze arrondissements auraient été prévus avant d’être réduits à huit. Ceux qui perdurent en ce moment placardés parfois aux coins de nos rues.

Ce n’est qu’autour de 1890 que les plaques émaillées bleues ont été posées, avec adjonction, dans le même temps, de la signalisation d’un arrondissement. Le plus souvent fixée dessous ou à côté. Treize ou quatorze arrondissements auraient été prévus avant d’être réduits à huit. Ceux qui perdurent en ce moment placardés parfois aux coins de nos rues.

Police, au poste !

Jean-Claude Meymerit, directeur du Poquelin Théâtre** et fin connaisseur des grands et petits patrimoines bordelais précise : « Frédéric Laux, directeur de la gouvernance et des archives de Bordeaux Métropole m’a précisé que, selon lui, ces numéros relèvent d’un découpage des arrondissements par la préfecture de police d’alors. Une sectorisation administrative en huit zones de police a été faite. À chaque rue son arrondissement, à chaque arrondissement son poste de police ». Indiqués alors par les numéros encore visibles autour de certaines plaques de rues de la ville. Le développement urbain rapide en cette fin du XIXème siècle nécessite cette nouvelle organisation curieusement apposée sur les murs de nos rues. Vite obsolète, sans objet. Vite abandonnée.

Situation approximative des arrondissements intra-boulevards, certains se poursuivent sur le territoire de la ville qui s’étend en dehors des boulevards (à priori 2ème, 3ème, 4ème, 6ème)

L’arrondissement de police le plus simple à déchiffrer, et le mieux découpé, reste le quartier de La Bastide. Annexé à Bordeaux en 1865, il devient aussi un 8ème arrondissement. Bien imité par la Garonne, il englobe l’ensemble de la rive droite bordelaise.

Un découpage en évolution constante

Les divisions administratives de Bordeaux, comme partout ailleurs, se superposent plus ou moins bien. Elles sont en continuelle évolution au gré des époques, des besoins et des développements technologiques. Désormais, secteurs électoraux, fiscaux, postaux, organisationnels (eau, gaz…), circonscriptions et sectorisations scolaires ou même paroissiaux, se transforment. Sans que, pour cela, nous n’ayons besoin d’un affichage pérenne dans nos rues.

Beaucoup de ces petites plaques d’arrondissement numérotées disparaissent au fil des années. Décrochées, enlevées, corrodées ou effacées. Superflues malgré plus d’un siècle de présence. « Lorsque j’ai fait ravaler ma maison, l’entrepreneur a ôté cette petite plaque d’arrondissement émaillée en même temps que la plaque de rue. Il ne voyait pas la nécessité de la refixer. J’ai dû insister vraiment et veiller à ce qu’il la refixe à sa place originelle. » précise E. Martel. Ce sont des témoins du passé, petit patrimoine de la municipalité. Ils aident pourtant à la compréhension de la ville « d’avant », tout comme à celle d’aujourd’hui.

*Depuis le redécoupage de 2015, La Bastide se trouve avec le secteur de la gare-Bordeaux Sud dans le 5ème canton.

** Le Poquelin Théâtre – Aux bains douches – 9 rue Étobon-Chenebier, 33100 Bordeaux-Bastide. Tél. 06 875 49 605. Courriel : lepoquelintheatre@orange.fr

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