Catherine Dalm, trésorière du Girofard

La vieillesse des minorités

Alors que la jeunesse queer bourdonne dans les bars et les réseaux, les seniors eux, s’effacent peu à peu du paysage communautaire. La scène LGBT est vivante, colorée, revendicative. Mais derrière les drapeaux arc-en-ciel, une autre réalité s’impose : celle des corps qui vieillissent, des mémoires qui s’effacent, des solitudes qui s’installent. Pour les hommes gays, notamment, la vieillesse rime trop souvent avec isolement. Peu d’entre eux  poussent la porte de lieux de sociabilité.

C’est ce que retranscrivent les échanges de l’atelier « la vieillesse des minorités », qui s’est déroulé le vendredi 26 septembre au contre-salon des vieilles et des vieux du CNaV. Autour de la table : d’Eric Favreau, co-fondateur du CNAV, journaliste à Libération, de Marie-Laure Labrousse et Donia de l’association ALIFS, Dominique, vice-présidente de l’association Grey pride, Jean-Luc Simon, vice-président du GFPH, et la trésorière du Girofard Catherine Dalm.

L’ association Le Girofard créée en 2007 propose un espace sécure pour tous/toutes : groupes de parole, sorties culturelles, ateliers, autant de tentatives pour recréer du lien. « Les jeunes se retrouvent facilement, ils ont leurs codes, leurs applis, leurs afters, la moyenne d’âge tourne autour de 30 ans, » nous confie Catherine Dalm, trésorière depuis 1 an et intervenante à l’atelier du 2ème contre-salon des vieux et des vieilles.

« Les jeunes femmes se montrent très désireuses d’entendre les histoires de vies de leurs aînées »

« Chez les femmes, la dynamique est différente, explique Catherine Dalm : Le Giroflée, collectif lesbien, réunit déjà plus de 200 adhérentes. Les jeunes femmes se montrent très désireuses d’entendre les histoires de vies de leurs aînées : les “apéritoufs”, moments conviviaux et militants, permettent de briser l’isolement. » Les + de 70 ans ont été invisibles toute leur vie, et restent difficiles à mobiliser. Certaines ont une vie hétéro (ou un parcours PMA) et ont des enfants dans leur paysage affectif, contrairement aux hommes de cette génération sans descendance qui souffrent beaucoup plus d’isolement.

Vieillir dans la marge, c’est affronter une double peine : celle de l’âge et celle de l’identité. Peu de maisons de retraite inclusives, peu de dispositifs adaptés, peu de reconnaissance. Ils et elles ont été des pionniers/res, des résistants/tes: ces vies sont précieuses. Elles portent les luttes, les amours clandestines, les fiertés conquises. Elles méritent mieux que le silence. À Bordeaux, quelques initiatives émergent : projets intergénérationnels, archives vivantes, récits partagés. Mais il reste à inventer une vieillesse queer digne, visible, solidaire.

Car si la jeunesse LGBT danse, il faut aussi écouter celles et ceux qui ont ouvert la piste et dont le parcours mérite d’être entendu.

Texte et photos : Kathie Arresteilles

Laisser un commentaire