Théâtre en Aquitaine, mais qui est l’homme à l’origine du TnBA ? Enquête… 

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Tout d’abord, nous interrogeons internet (wikipedia) au sujet du théâtre en Aquitaine. On peut y lire : 

Intrigués, nous partons sur la piste de cet inconnu du grand public.

Après quelques recherches, la biographie de Jean Lagénie pourrait se résumer à ce qui suit.

Sa vie en bref …

Commençons par des dates marquantes :

  • Naissance à Bruges en 1908
  • Enfance marquée par la lecture et la découverte du théâtre
  • Cours d’art dramatique à La Girondine, une compagnie d’amateurs
  • 1er prix du conservatoire de Bordeaux en 1929
  • Employé de banque durant 15 ans avant de basculer totalement dans le monde du théâtre
  • Marié et père de 4 enfants
  • Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres en 1957
  • Chevalier de l’Ordre National du Mérite en 1972
  • Décès en 1993

Et côté théâtre…

  • Acteur et metteur en scène de théâtre amateur dans des troupes bordelaises dès 1932
  • Ses auteurs préférés : Eschyle, Shakespeare, Calderon, Molière et Claudel
  • Professeur d’art dramatique, conseiller de troupes amatrices
  • Fondateur et directeur artistique à Bordeaux de La Compagnie du Bon Vouloir devenue La Nouvelle Compagnie (1932-1950)
  • Conseil de plus d’une centaine de troupes amateurs
  • Quelques chiffres vertigineux pour illustrer cette passion :
    • 120 rôles
    • Plus de 100 mises en scène
    • 12 adaptations écrites et dirigées
    • 200 lectures dramatiques
    • Plus de 200 stages animés

Mais, comment devient-on « un pionnier du théâtre décentralisé », jusqu’à inventer ce terme avant tout le monde ?

Dès 1932, après une dizaine d’années à jouer dans des compagnies amateurs, Jean Lagénie va créer La Compagnie du Bon Vouloir. Cette compagnie se démarque tout de suite de la scène classique en interprétant  Giraudoux ou Cocteau. Mais elle se démarque  aussi, et surtout, en construisant sa propre scène démontable et transportable afin de jouer dans des lieux nouveaux : salles de concert ou de banquet. Malheureusement, il est difficile d’avoir raison avant tout le monde, et La Compagnie du Bon Vouloir n’arrivant pas à être rentable, devra arrêter au bout d’un an. Jean Lagénie y perd toutes ses économies.

Ne renonçant pas, Jean Lagénie se tourne vers la lecture de grandes tragédies grecques et shakespeariennes. Jamais avare en matière d’innovation, l’auteur va à la fin des années 30, avec son cousin et ami décorateur et scénographe Louis Teyssandier, inventer un dispositif original : scène ouverte sans rideau, un tréteau à deux niveaux (démontable en deux heures) et posé devant, un escabeau où un annonceur présente la pièce avant de se muer, dos au public, en souffleur ; les acteurs eux, bougeront les éléments du décor à la vue du public. Cette scénographie impressionnera Jean Vilar qui s’en inspira à Avignon.

Maquette de scène et costume – Louis Teyssandier

La guerre coupe un peu son élan, Jean Lagénie vivote difficilement de son art durant cette période en faisant des lectures dramatiques. Après l’expérience Jeune France (1941-1942) à laquelle Laval mis fin, il fusionne sa compagnie avec celle de « La Flamme » pour créer « La Nouvelle Compagnie », composée de professionnels et d’amateurs. Cette troupe jouera après-guerre pas loin de 50 spectacles à Bordeaux et dans sa région. La fin des années 40 est celle de la reconnaissance pour la troupe bordelaise avec de nombreux prix au Concours des Jeunes Comédiens. Mais, fidèle à lui-même et à sa vision du théâtre décentralisé, Jean Lagénie ne souhaite pas se professionnaliser en courant après les subventions publiques.

Jean Lagénie et Edmond Raffer – Les fourberies de Scapin 1951

Le père du théâtre aquitain

Nommé d’abord directeur technique du Centre Régional d’Art Dramatique (CRAD), Jean Lagénie devient en 1950 Instructeur National d’Art Dramatique. Il formera pendant plus de vingt ans de nombreux acteurs. Pour cela, il sillonnera le Sud-Ouest en organisant des stages (initiation et perfectionnement au jeu théâtral) et des festivals pour monter des spectacles de plein air.

Huon de Bordeaux – Stage à Nérac 1960

Durant les vacances, il part avec sa famille animer des stages : son fils ainé aide à fabriquer les décors, son autre fils est éclairagiste, sa femme coud les costumes et ses deux filles jouent dans les pièces. « Mon père faisait les décors et a rencontré ma mère durant un stage » explique une de ses petites-filles.

Une vie mise au service du théâtre

Rigoureux et passionné, amoureux des grands auteurs et des grands textes, Jean Lagénie sera reconnu tardivement comme un des pères du théâtre aquitain.

Depuis le début des années 50, il constitue une documentation sur tout ce qui touche au théâtre. Il prépare ses mémoires en couchant sur papier tout ce qui permet de concevoir des dispositifs scéniques ou de diriger des acteurs : fiches d’exercices de diction, de mime, d’entraînement corporel ou d’exercices d’improvisation et d’interprétation…

Sa vie est, jusqu’à sa retraite, consacrée à sa lutte pour doter sa ville, Bordeaux, d’une troupe de théâtre contemporain.

Passant des journées entières dans son bureau, il reçoit des étudiants et des chercheurs pour partager sa fabuleuse connaissance du théâtre contenue dans sa bibliothèque. Ses petites-filles racontent « Grand-père ne quittait pas son bureau, c’était un défilé de gens venant consulter ses documents. »

Ses petites-filles témoignent d’une vie entièrement consacrée à son art

« Au lycée, j’ai eu besoin de faire un exposé sur la Comédie Française, j’ai demandé à Grand-père de me trouver des documents. Il m’a fait un document manuscrit hyper-complet de 10 pages avec tout l’historique de la Comédie Française. Mon grand-père ne savait pas faire les choses à moitié. Et évidemment j’ai dû simplifier ses écrits… » sourit sa petite-fille.

Une autre anecdote, racontée par une autre de ses petites-filles, montre sa passion sans limite pour le théâtre : « Installé à Paris comme étudiante, j’allais voir des pièces de théâtre, et j’en parlais avec Grand-père. Invariablement, il me demandait de décrire la scène et les costumes pour parler de la mise en scène de la pièce. Il décortiquait celle-ci en m’expliquant en détail pourquoi le metteur en scène avait fait ceci ou cela. »

Une encyclopédie vivante du théâtre …

Jean Lagénie a constitué tout au long de sa vie une bibliothèque théâtrale forte de :

  •  5 000 œuvres (ouvrages et revues)
  • 1 500 dossiers sur les auteurs, les acteurs et l’animation théâtrale
  • Plus de 10 000 fiches de bibliographie

Le fond Lagénie est le plus grand fond théâtral de la bibliothèque de Bordeaux.

Ce fond théâtral est constitué de monographies et périodiques, de dossiers de mise en scène, de dossiers documentaires, de répertoire sur les auteurs de théâtre du monde entier, d’archives de travail de Lagénie (articles sur les acteurs, brochures, plaquettes, programmes).

On y trouve aussi 14 dossiers de correspondance entre Jean Lagénie et différents interlocuteurs, ainsi que ses mémoires « Les cahiers d’un homme de bon vouloir ».

Le fond Lagénie représente 72 mètres linéaires…

Source(s) :
Les cahiers d’un homme de bon vouloir / Jean Lagénie, 2001

Rédigés à partir de documents amassés durant un demi-siècle, ces cahiers sont un témoignage sur les activités théâtrales diverses de Jean Lagénie (en tant que comédien, metteur en scène, animateur de troupes et de groupes artistiques, enseignant en art dramatique). Ils retracent notamment vingt saisons de pratique théâtrale à Bordeaux et une partie de l’histoire du théâtre amateur.

Sa famille possède les cahiers « originaux » tapés à la machine par Lagénie.

« La préface écrite par mon grand-père résume toute sa vie » conclut sa petite-fille.

Et pour tout savoir sur le théâtre aquitain – et l’histoire du théâtre en France -, le livre d’André Degaine Histoire du théâtre dessinée, très documenté et magnifiquement illustré, est une véritable « bible » !

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