L’exposition est conçue comme les deux faces d’un vinyle, l’artiste étant lié à la musique. Son premier disque de rap « Beat Bop », produit et dessiné par Basquiat, sortira en 1982. Après la face A présentée au Palais de Tokyo, le CAPC accueille la face B. appelée « Rammellzee, Alphabeta Sigma (face B) ». Né le 15 décembre 1960 à New York, Rammellzee meurt le 27 juin 2010 à Far Rockaway. Tout jeune, il plonge dans la scène du hip-hop.




L’artiste Rammellzee est une figure emblématique du hip-hop new-yorkais des années 80 et 90. Le cadre du CAPC, son architecture, la pierre, les voûtes, évoquent un peu un imaginaire souterrain qui peut être celui du métro, une ambiance presque occulte, chère à l’artiste. Il est un personnage mystique et mythique de cette époque.
L’exposition se tient en deux parties. La première au rez-de-chaussée et la deuxième au dernier étage, galerie Ferrère. La première partie repositionne son travail dans le New York des années 80. Elle est traitée comme une exposition collective de cette époque et inscrit le travail de Rammellzee dans une constellation d’artistes.
REZ-DE-CHAUSSEE







« Gargoylian books of stocks » – 1986 : peinture aérosol, collage et résine sur bois. Rammellzee travaille sur des éléments de récupération trouvés dans la ville, entre fragments de ventilateurs, têtes de lit, clavier de machine à écrire (il veut rappeler qu’il est avant tout écrivain), en fixant le tout par de la colle et de la résine époxy. En haut à droite, Rammellzee « World on the age » de 2009. En bas à gauche « Votive » de 1985. En bas à droite « Geo Hammer » de 1991.



DEUXIEME ÉTAGE
La seconde partie propose une immersion dans le magma de Rammellzee, en lumière noire, pour transpercer l’opacité de son univers acide et cosmique et ses œuvres en regard d’archives visuelles rares, traces d’un artiste qui aimait brouiller les pistes.





L’artiste parlait des lettres comme des armes prêtes à en découdre. Chaque lettre défie une règle. L’alphabet n’est plus un outil de communication mais se transforme en un système d’armement symbolique. La lettre devient une arme.






« Les Garbage Gods »: créés à partir d’objets trouvés dans les rues de New York, ils incarnent les protagonistes des Lexicon Wars. Chaque divinité révèle ses secrets sous la lumière noire et l’artiste aimait les porter.


À 19 ans, l’artiste se rapproche du Gothic Futurism. Ce concept établit un lien entre les moines copistes et les graffeurs. Tous deux manipulent la lettre et cherchent à la libérer. Les moines copistes, au Moyen âge, furent bannis pour avoir développé une calligraphie si orientée que leurs manuscrits étaient devenus indéchiffrables par le haut clergé.




Les tableaux sont aussi surprenants que le personnage. C’est un mélange de techniques et de style alliant l’écriture et l’art figuratif. Il y a également les gladiateurs, les danseurs freestyle qui combattent sur le terrain, les auteurs de graffiti qui combattent dans les airs ou dans l’espace. De même les traducteurs, les MC (maîtres de cérémonie), les DJ qui produisent les sons du piston à l’intérieur de l’élément graffiti ou du Tank.





Rammellzee évolue entre peinture, sculpture, poésie, et science-fiction. Il est également musicien, chanteur, et théoricien du graffiti. Ses œuvres sont composées de mécanismes imaginaires et ressemblent à des vaisseaux, prêts à décoller de leur support. Pour lui, le graffiti est la machine à écrire de demain. Le graffiti ou le Tank, c’est l’élément qui peut entrer dans la guerre pluriséculaire des systèmes de signes blindés. Il crée également des bijoux.
L’exposition est visible jusqu’au 26 avril 2026 au CAPC, 7 rue Ferrère à Bordeaux. Du mardi au dimanche de 11 à 18 heures.
B.R.