Dans les légendes, le crapaud attend le baiser de sa dulcinée pour s’éveiller au monde. Ici, c’est par l’art qu’Isidore Krapo développe son imaginaire dans un espace de création et de rencontres. Son château Pallettes est ouvert à qui en poussera la porte et gravira les marches. L’hôte de ces lieux reçoit avec enthousiasme petits et grands pour une découverte unique laissant la part belle à l’imagination.
Dès 1987, Isidore Krapo entreprend la construction du Château Pallettes avec pour seuls matériaux, le bois et les palettes du marché des Capucins, pour seuls outils, la scie sauteuse, le niveau et la visseuse. Cette construction s’achève trente ans plus tard. Chaque année, des visiteurs viennent y admirer ses créations mais aussi celles d’amis artistes exposés : écrivains, photographes, peintres…

Visite guidée du lieu
Rentrer dans le château Pallettes, bien camouflé dans le quartier de la Victoire, c’est ouvrir la porte sur un univers foisonnant, poétique et coloré. Le prince des lieux, Isidore Krapo accueille les visiteurs avec simplicité pour une visite guidée de son atelier. Dans ce lieu d’une centaine de mètres carrés sur 9 m de haut, avec six escaliers et trois mezzanines, ce ne sont que peintures, sculptures et maquettes du sol au plafond. Si vous avez la chance de venir en décembre, vous pourrez même prendre le train électrique, dont le décor (dernièrement coquillages et crustacés), varie chaque année. Ici nous entrons dans un monde rêvé qui a un goût d’enfance.
Un voyage en train d’autrefois pour les petits et les grands
L’artiste, Isidore Krapo, nous embarque chaque année, du 12 décembre au 12 janvier, dans un train électrique conçu de ses propres mains. Il se souvient des trajets en « micheline » pour se rendre à la pension fréquentée de ses sept ans et demi à ses quinze ans. Une reproduction de cette machine figure sur le circuit. À Noël, son père montait un train électrique JEP (Jouets Électriques Paris), un train en vingt volts, avec trois rails de 5 à 7cm de large.
Il hérite du circuit en 2015 et en six semaines parvient à le remettre en état avant de pouvoir en faire profiter le public. Il est monté sur un tablier de 50 cm de haut et les rails sont posés sur des ballasts en bois. Pour la huitième année, Isidore a accueilli 470 adultes et plus de 300 enfants.
Création de la KAF (Krapo Art Force)
À douze ans, en 1969, Isidore est fasciné par les avions, symbole de la vitesse, de la haute technologie et d’un design aérodynamique élégant. Il a la révélation de l’espace en juillet 69 « par les deux petits bonhommes restés vingt-deux heures sur la lune ». Le résultat est illustré par trois petits cosmonautes aux casques dorés à l’or jaune encadrés par deux fusées.

Posés sur un grand rond de cendres et de sciure de bois avec des cratères, ils font un tableau très onirique. Des fusées en bois ressemblant à des instruments de musique complètent l’ensemble. Des maquettes d’avions attestent de l’importance de la Krapo Art Force !
Voyage au pays de la peinture
« Le lien de tout ce travail est la couleur, loi de la nature » déclare Isidore. Ses inspirations sont diverses et plongent dans des histoires de l’art médiéval et autres. Toutes ses créations racontent des récits, « les arts du silence peuvent être très bavards ». Il nous présente les personnages de son tableau : « la Bigoudène dénudée« , en souvenir de sa mère bretonne et de l’île de Sein. En visite, Isidore est fasciné par une gravure d’une femme dénudée aperçue dans un café. Sa peinture illustre une Bigoudène qui regarde le personnage de la paix, qui niche sur l’océan devant deux statues effrayées. Pan qui joue de la musique, et un ange qui dort la tête posée sur une vanité…

L’imaginaire, il le développe pendant huit ans avec les enfants dans les écoles, les crèches et les centres sociaux. Isidore raconte avec passion « comment une feuille A4 aux bords déchiquetés, permet aux enfants de sortir du conditionnement et de produire des dessins très originaux ».
Collage et découpage, huile sur carton, l’artiste vagabonde au gré de son inspiration d’où une production intense et variée. « C’est le faire qui entraîne le faire. Je ne suis pas sériale, je peux passer du coq à light (sic) sans problème ». Son « épicerie d’art» est constituée de bocaux renfermant chacun des souvenirs ou des fragments de son existence, elle côtoie des objets récupérés dans des brocantes et transformés au gré de sa fantaisie. Des peintures racontent ses voyages. Isidore se définit lui-même : « je suis un post contemporain primitif. J’ai assimilé l’art contemporain, je sculpte avec seulement un ciseau à bois et un marteau, je peins avec des poils de cochon au bout d’un morceau de bois, prolongement de mon bras et je raconte des histoires. »
Pour information :
Château Pallettes – 17 rue Élie Gintrac, Bordeaux
Chaque mois, un artiste est invité à exposer ses œuvres.