Après l’amiante et le chlordécone dans les territoires d’Outre-Mer, les polluants éternels Pfas sont probablement un des pires scandales sanitaires. C’est Nicolas Thierry, député bordelais de la 2e circonscription de Gironde, qui est à l’origine de la loi, dont l’objectif est la protection de l’environnement et de la santé des citoyens. Interview vidéo sur les coulisses de cette loi.
Avec Corine, senior reporter, opératrice vidéo, nous sommes allés interviewer le député Nicolas Thierry sur un sujet brûlant en cette période de canicule : les Pfas – ou polluants éternels. Il est l’instigateur de la loi votée en février 2025, qui vise à limiter l’exposition des citoyens aux Pfas. Elle entend aussi faire payer les pollueurs plutôt que de rejeter la faute sur les consommateurs.
Comment le député s’est-il intéressé aux Pfas ? Que sont ces polluants dits éternels ? La loi votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale est-elle suffisante ? Comment s’adapter à cette pollution invisible et tellement dangereuse pour l’environnement et l’humanité ? Autant de questions préoccupantes auxquelles a répondu Nicolas Thierry.
Qui est Nicolas Thierry ?
Sa notoriété est liée à sa démarche qui a consisté à prélever et faire analyser une mèche de cheveux de 14 députés : elle a révélé l’omniprésence des Pfas dans nos organismes.


Nicolas Thierry, député de la 2e circonscription de Gironde, devant sa permanence place Duburg.
Né dans une famille de viticulteurs de l’Entre-deux-Mers à Créon, le député Écologiste connaît bien les problématiques des territoires ruraux : « Dans mon enfance et mon adolescence, lors de l’accélération de l’agro-industrie et de la chimie, j’ai pris conscience des bouleversements de mon environnement et observé l’apparition de cas de cancers dans mon entourage et mon voisinage. Ça a été l’incompréhension chez l’adolescent que j’étais, car je n’en connaissais pas les causes. Et une colère est née en moi à ce moment-là. »
Ses études universitaires en sociologie puis en Histoire ont contribué à sa prise de conscience : « Cette colère s’est transformée en énergie positive et est à l’origine de mon engagement chez les Écologistes au début des années 2000 ». Il prend peu à peu des responsabilités : vice-président de la Région en 2015, puis député en 2022, mandat renouvelé en 2024. Toujours enthousiaste et combatif, il porte encore en lui « cette colère positive, que j’ai transformée en engagement à l’adolescence, puis en travaux parlementaires à l’âge adulte ».
C’est quoi les Pfas ?
Qu’est-ce qui se cache derrière cet acronyme Pfas (Prononcer “pifasses”) ? L’Institut national de la recherche médicale (INSERM) nous donne un aperçu : « Depuis les années 1950, les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées – ou PFAS (pour faire plus court) – sont utilisées dans la fabrication de nombreux produits industriels et domestiques. Ils possèdent en effet de multiples propriétés très séduisantes de prime abord. On en trouve notamment dans les mousses anti-incendie en raison de leur qualité ignifuge, au fond de nos poêles car ils sont antiadhésifs, ou bien sur la plupart de nos vêtements techniques pour leur pouvoir imperméabilisant. »
Sauf que ces composés synthétiques se dégradent très lentement et dans tous les milieux : l’air, les sols, les eaux. On les appelle « polluants éternels » car ils y persistent pendant des années, des décennies, peut-être même des siècles !
In fine, ce sont dans les organismes vivants que nous les retrouvons accumulés. Et cela n’est pas sans conséquences : Des études suggèrent que l’exposition à ces substances, a des effets néfastes sur la santé humaine. Certains PFAS peuvent affecter la croissance et le développement, la reproduction, la fonction thyroïdienne, augmenter le risque de cancer, le système immunitaire et endommager le foie.
Lutter contre les Pfas à l’Assemblée
Nicolas Thierry utilise son rôle de député pour la protection de l’environnement et celle de la santé des citoyens. Pour y parvenir, ses deux mantras, plusieurs fois répétés au cours de l’entretien :
- Le travail en équipe pour établir l’expertise la plus « pointue » possible. Il s’appuie sur les productions des scientifiques et des lanceurs d’alerte que sont les ONG, le CNRS, l’INSERM, les syndicats, les associations professionnelles de la santé.
- Les actions citoyennes : « On est dans une démocratie représentative, comme les autres élus, je suis là pour être interpellé. J’invite vos lecteurs à le faire. Allez voir vos élu(e)s et demandez-leur des comptes, en toute bienveillance. Exercez votre contrôle citoyen, vraiment ça a un effet » !
Pour aller plus loin :
- S’informer et réduire son exposition aux Pfas en consultant les conseils donnés par le ministère de la santé. Ils concernent l’alimentation, la consommation et l’utilisation de l’eau, les produits ménagers ou de bricolage, les textiles et les emballages, l’hygiène et les cosmétiques.
- Pour cuisiner, utiliser des matériaux aptes au contact alimentaire en privilégiant le verre, l’inox, la fonte, le bois non traité. Se débarrasser de toute urgence de ses poêles Tefal et autres ustensiles avec du téflon. Des points de collecte sont installés à La Poste.