Christian Ressac, vitrailliste à Bordeaux

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C’est un fait bien connu qu’à Bordeaux, il faut savoir pousser les portes… pour découvrir ce qui se trouve derrière les façades ou les vitrines. Ainsi en est-il de l’atelier-boutique de Christian Ressac, maître vitrailliste, sis rue du Loup, en centre-ville.

Il crée son atelier de vitraux en France 1977, après trois ans d’études dans une école du vitrail (Swansea, Pays de Galles), dont il sort diplômé en 1975. Il n’a pas bougé depuis. Bien qu’ils restent désormais peu nombreux dans la métropole, il a connu une période où il y a eu onze maîtres vitraillistes sur Bordeaux. Le seuil passé, son accueil est aussi chaleureux et « haut en couleurs», que les vitraux qui ornent et colorent de mille nuances sa vitrine et son atelier. Il aime passionnément son métier et entraîne son auditoire, tel un magicien de la parole et du geste, dans son monde imaginaire, dans lequel vitraux, personnages et motifs semblent prendre vie dans le récit et raconter leur histoire, à la manière du dessin animé « le roi et l’oiseau » de Paul Grimault.

Jeux de lumière en atelier et sur vitraux

Bertrand Barrieu: Vous considérez -vous comme artisan ou comme artiste ?

Christian Ressac: « Je suis un artisan de l’art ou un artiste artisanal. Le vitrail vit, s’anime au fil des saisons, des heures de la journée, du temps qu’il fait. Un simple nuage suffit à le changer ou à lassombrir, un rayon de soleil à l’illuminer et à projeter ses couleurs sur le sol ou sur le mur ».

B.B. Les techniques utilisées restent-elles fidèles aux traditions ?

C. R. : « Oui. Je travaille à l’ancienne, car le particulier veut du fait main. On crée une maquette à l’échelle 1/10°, pour la réalisation au 1/1. On découpe les verres colorés – choisis auprès de fournisseurs sélectionnés pour la qualité de leur production -, que l’on assemble avec les filets de plomb ».

B.B.: Reconnu et disposant d’une notoriété certaine dans votre profession, pouvez-vous en dire quelques mots ?

C.R.: « On peut être célèbre, atteindre une valeur, une signature et une reconnaissance, avec les avantages et les inconvénients. J’ai eu ça dans le temps. À cette époque, je me suis consacré aussi à la restauration des vitraux des monuments historiques. C’est le premier type de vitraux à caractère religieux, qui se trouve dans les églises et les cathédrales. Le savoir-faire artisanal traditionnel français est reconnu . J’aurais pu développer mon activité dans ce sens. Mais c’est compliqué de travailler avec ces institutions en répondant à leurs appels d’offre. La concurrence est grande. Il existe aussi des vitraux à tendance géométrique (lignes droites) ou figurative (lignes courbes), de style Art déco ou Art nouveau, parfois à rénover et aux mains d’institutions ou de particuliers. Par choix, je suis donc redevenu un petit artisan, dont la notoriété me permet de me consacrer à mon activité en toute tranquillité ».

B.B. : Quelle est votre clientèle ?

C.R.: « Je travaille avec une belle clientèle de particuliers, pour lesquels j’effectue des créations ou des rénovations. Après 150 ans, le plomb est fatigué. On démonte le vitrail et on le restaure. Parfois, il y a des médaillons avec des motifs peints (grisailles). On peut le reprendre à l’identique, ou le modifier et, dans ce cas, changer les dimensions. Il arrive aussi que je rachète des vitraux, que je revends.

B.B.: Quels sont vos liens avec votre client ?

CR. « Cela marche au feeling. Il faut arriver à créer un véritable lien, à faire une histoire avec lui. Mon œuvre a une vraie histoire. Au bout d’une demi-heure de discussion avec un client, une relation s’est créée et apparaît alors son rapport personnel et intime au vitrail. Les vitraux et leurs motifs relèvent d’un choix personnel, qui renvoie souvent à son histoire : le statut social, pour des pièces de réception, la discrétion ou le secret pour d’autres avec lesquelles existe un lien intime, une manière de vivre (plaisir d’un escalier coloré le matin), un souvenir, un lieu, une personne, une activité, … Mais, pour rentabiliser mes travaux, il faut aussi trouver des clients offrant un minimum de volume de travail ».

B.B.: Pour vous, quelles qualités sont nécessaires et quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune tenté(e) par ce métier ?

C.R.: « Je l’écouterais. Artiste, on l’est ou on ne l’est pas. La technique, ça s’apprend, en apprentissage – j’ai accompagné des apprentis – où dans des écoles de formation. Mais il faut surtout avoir une personnalité intérieure très forte et une volonté de fer, pour faire face aux difficultés de la vie et aux contraintes actuelles du métier d’artisan ».

BB. Un dernier éclairage, pour conclure ?

C.R.: « Mon enthousiasme est intact. Être indépendant et pouvoir créer à mon gré renouvelle et illumine chaque jour ».

INFOS PRATIQUES

CIDJ : https://www.cidj.com/métiers/vitrailliste

ONISEP : https://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metiers/vitrailliste.

Rénovation en perspective

Un commentaire

  1. Les vitraux m’ont toujours passionné et cet article m’a beaucoup plu .Bravo Bertrand tu donnes envie d’aller voir cet atelier .Moi je le connais déjà et je m’y arrête chaque fois que je passe rue du Loup .L’interview est faite dans un style nouveau et ça me plaît.

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