De graves inondations à quelques jours d’intervalle suite aux pluies orageuses de mai et juin 1981 amènent alors le Maire Jacques Chaban-Delmas à prendre le problème à bras le corps. Restructuration de tout le système de gestion des eaux de la métropole bordelaise. Explications en visite au centre de télécontrôle RAMSES.
Ce nouveau système vise à éviter ce type d’inondations. Il est piloté par un centre de télécontrôle efficace appelé RAMSES – Régulation de l’Assainissement par Mesures et Supervision des Équipements et Stations. La visite de l’espace pédagogique est ouverte aux groupes et aux scolaires sur inscription. C’est Julien Fédrogo, chargé de communication à la SABOM, Société d’Assainissement de Bordeaux Métropole (Eau de Bordeaux), qui y présente les enjeux de la gestion des eaux d’assainissement et pluviales à Bordeaux et le centre de télécontrôle.
Des équipements pharaoniques
De gros orages ont provoqué des inondations importantes et de gros dégâts à Bordeaux en 1981 à quelques jours d’intervalle. Ainsi, c’est l’ensemble de l’assainissement de la métropole qui va être restructuré. Cela nécessite des travaux pharaoniques. Ils aboutissent en 1995 à une gestion par télécontrôle. « Pharaoniques ! Ce mot est peut-être une des origines de l’acronyme RAMSES qui désigne le centre de télécontrôle» explique M. Fédrigo. L’assainissement de ce territoire repose sur deux grandes actions. Collecte des eaux usées et leur assainissement : épurer, protéger le milieu et reverser dans la Garonne une eau de qualité au moins aussi bonne que celle du fleuve. Gestion des eaux pluviales : à la fois traiter et épurer au maximum ces eaux, mais aussi éviter les inondations. Des contraintes aussi sont à considérer comme l’explique le chargé de communication : « les marées de la Garonne avec un marnage allant jusqu’à 7 mètres, la situation en cuvette du centre de la métropole avec une nappe phréatique affleurante, le climat océanique ses pluies hivernales et ses orages estivaux, l’urbanisation et l’imperméabilisation des sols et enfin les 150 ruisseaux jalles et esteys, souvent canalisés, qui circulent sous la ville».
Stocker, répartir, dépolluer, évacuer
Les réseaux du centre de la métropole sont peu différenciés entre eaux usées et eaux pluviales. Il s’agit d’un réseau dit unitaire. Il faut donc faire l’impossible pour que ces eaux soient aussi dépolluées avant de ruisseler dans la Garonne. Il a donc fallu mettre en place de nombreux dispositifs pour stocker puis traiter un maximum d’eau tout en prévoyant une décharge possible par pompage vers la Garonne si tous les éléments se trouvaient saturés.
Ce sont ainsi 4000 km de collecteurs de toutes grosseurs qui ont été installés. « Le dernier important a été creusé, non sans difficulté, de 1986 à 1988 par le tunnelier Belphégor entre barrière du Médoc et Cours Xavier Arnozan, les Bordelais s’en souviennent » indique Julien Fédrigo. On compte 127 stations de pompage pour relever l’eau de la cuvette du centre de l’agglomération vers le fleuve, 228 bassins de rétention aériens ou souterrains. Ils peuvent absorber plus de 2 millions de mètres cubes d’eau. Ces bassins sont étagés sur trois zones. En couronne explique l’intervenant : « une première couronne autour de la rocade pour les eaux venant de l’extérieur de la ville, une seconde le long de la voie ferrée intérieure pour les eaux entre rocade et chemin de fer, puis enfin une dernière couronne proche des boulevards pour le centre de la cité. Le plus important bassin se situe sous terre dans le secteur du Grand parc. Il s’appelle La Grenouillère » précise enfin M. Fédrigo qui rajoute « Depuis 1982, toute construction d’importance doit présenter réglementairement un élément de stockage calibré des eaux pour éviter un maximum de ruissellement : noues, fossés, toits végétalisés, etc ». La plus grande partie des travaux a duré près de trente ans et coûté plus d’un milliard d’euros.

Télécontrôle RAMSES
À l’aide de multiples capteurs et dispositifs informatiques ou électrotechniques, et des personnels de terrain, le télécontrôle RAMSES supervise désormais 80 bassins et pilote les 37 plus gros. Ils représentent l’essentiel du stockage disponible (1, 7 millions de mètres cubes). « Une gestion dynamique propose aussi une gestion informatique maîtrisant de nombreux éléments. Cela évite la saturation des réseaux et les inondations lors des petits événements pluvieux de l’hiver » indique encore le guide. Le télécontrôle est aussi inévitablement corrélé aux services de Météo France pour anticiper les événements pluvieux. 12 écrans et un immense écran de contrôle permettent aux télécontrôleurs, très spécialisés de gérer les événements pluvieux. Ils peuvent intervenir sur chaque élément pour anticiper ou gérer au mieux tout cela sur la métropole. 24 heures sur 24, ils suivent aussi en direct les événements, pannes ou nécessités d’interventions et nettoyages sur le terrain ou sur les capteurs, pluviomètres, vannes, etc. Interventions qu’ils déclenchent à chaque fois que cela est nécessaire. Enfin, une fois par semaine l’ensemble de tous les équipements est testé depuis le centre de contrôle.
L’eau du robinet
Précision importante concernant l’eau à Bordeaux : « l’eau distribuée dans les robinets provient exclusivement des nappes phréatiques profondes, forages ou sources. Cette eau est ancienne, elle a dans les 30 000 ans. En aucun cas les eaux traitées en stations d’épuration ni celle des nappes phréatiques affleurantes ne sont utilisées » précise M. Fédrigo. D’autre part, la gestion relative aux crues de la Garonne et aux marées relève d’autres services, la GEMAPI – Gestion de l’Eau, des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations. Ils mettent en place la stratégie globale de gestion du risque inondation, préservent et améliorent les milieux aquatiques et surveillent notamment l’entretien des digues et des cours d’eau. L’Espace Pédagogique RAMSES : une visite instructive, impressionnante souvent inattendue agrémentée de fresques, films et photographies. Un moment de grande qualité grâce aux compétences et connaissances de notre hôte, Julien Fédrigo, chargé de communication et des visites de la SABOM. Télécontrôle RAMSES, Bassin de stockage et de dépollution La Grenouillère, Station d’épuration Clos de Hilde, Espaces pédagogiques, ces éléments sont accessibles à la visite lors des Journées Européennes du Patrimoine.
S’inscrire dès maintenant sur le site http://www.lagaronnecommenceici.fr/jep2023/
Éric
Télécontrôle RAMSES 63 Cr Louis Fargue, 33300 Bordeaux
http://www.lagaronnecommenceici.fr
