Bienvenue en Absurdie !

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C’est à la Vieille Église de Mérignac que le Musée Imaginé explore du 19 janvier au 14 avril 2024 la question de l’absurde. Devant une sélection d’œuvres d’arts visuels, principalement photographiques, le public est invité à se laisser conduire dans les failles que les artistes ont ouvertes dans l’univers du bon sens.

L’exposition Voyage en Absurdie est un parcours construit (très sérieusement !) autour de quatre chapitres par la structure mérignacaise le Musée Imaginé. Pour Yann Perraud, co-commissaire de l’exposition avec Barbara Ertlé, l’intention «est d’ouvrir une parenthèse enchantée dans un monde de bruit », montrer que l’art sait aussi s’exprimer avec fantaisie et ironie.

Sans queue ni tête, et pourtant…

Trottoir propre: mangez du chien ! annonce dès l’entrée la tonalité de l’exposition. Sans queue ni tête est le premier chapitre où le corps montre sa dimension absurde avec les travaux de Raoul Hausmann, de Caroline Molusson et la série de grands formats de Natacha Lesueur.
Plus loin, Nonsense (en référence à l’humour britannique, de Monty Python à Mr Bean) débute avec à mourir de rire de Christian Boltanski qui rejoue une scène de son enfance. Supermâché de Laurent Sfar relate la présence incongrue d’un sanglier dans les rayons d’un supermarché. Avec Specific Cheeses, Nicolas Boulard détourne l’esprit sérieux de l’art minimaliste en jouant avec la racine étymologique commune à forme et à fromage. Comment ne pas citer Joachim Mogarra qui livre avec des moyens très simples une représentation du célèbre tableau le jardin des délices de Jérôme Bosch.

Le rocher de Sisyphe

Yann Perraud rappelle que le message du mythe est « souvent utilisé comme une image de l’humanité qui répète ses erreurs ». Dans son essai, Albert Camus puise dans le monde dépourvu de sens de Sisyphe, la révolte, la liberté et la passion pour rompre avec une logique suicidaire.
Les gouffres existentiels s’ouvrent dans ce chapitre avec le cerf-volant Rien de Thomas Lanfranchi, «peut-être faire un acte pour rien» propose Yann Perraud. Julie Chaffort présente un ensemble photos-vidéo qui convoque le feu; Yann Perraud fait remarquer que cette immolation mise poétiquement en images «fait référence aux révoltes des printemps arabes, la dimension politique étant à l’origine du projet».

Dans l’espace réservé à la mise en abîme de l’image dans l’image dans l’image l’architecture gothique de la chapelle se trouve étrangement habillée par les photographies de machines à laver Lavomaniac de Sylvie Mouron. Dans le chœur de l’église, Cyril Hatt a installé une sculpture monumentale Théorie de l’évolution faite de multiples photographies agrafées : une girafe chevauchant un bulldozer reposant lui-même sur un tapis…volant. Plus loin, Michel Le Belhomme invite le spectateur à résoudre l’énigme qui l’attend dans Le Sommeil des pierres. Non moins curieuse l’œuvre Anarchitekton de Jorgi Colomer qui met en scène un personnage brandissant une maquette d’immeuble au milieu d’une ville fantôme.
Dans l’essai mentionné plus haut Camus cite Nietzsche : «L’art et rien que l’art, nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité». À noter que le Musée Imaginé répond à cette nécessité en installant de la beauté au centre de chacune de ses interventions.

Informations

Programme complet des médiations et animations : http://merignac-photo.com/histoires-particulieres
Téléphone : 05 56 18 88 62
Le Musée Imaginé : https://www.lemuseeimagine.fr/

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