Raymond Lavigne, bordelais, à l’origine du 1er mai journée internationale des travailleurs

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Raymond Lavigne est une figure bordelaise de la lutte ouvrière. Parfois oublié, il a marqué l’histoire syndicale. S’il est à l’origine de la création de la Bourse du Travail de Bordeaux, il participe aussi à l’instauration du 1er mai, journée internationale des travailleurs. Journée de lutte toujours d’actualité et qui n’a rien à voir avec ce que certains appellent la Fête du Travail. Imposture toujours vivace depuis 1945. Plus exactement Fête du travail et de la Concorde sociale : journée usurpée, dévoyée, chômée, instaurée par le Maréchal Pétain pour célébrer la valeur travail de sa « Révolution Nationale », et sa devise : « Travail, Famille, Patrie », pour éliminer toute velléité de revendications ouvrières.

Socialiste révolutionnaire bastidien

Raymond Lavigne naît le 17 février 1851 dans un milieu populaire du quartier de La Bastide sur la rive droite de Bordeaux. Il est très tôt militant syndical et politique dans une époque qui ne distingue pas encore nettement ces deux versants du mouvement ouvrier. Socialiste dès 1881, guesdiste en 1882, il crée des syndicats clandestins et interdits* et fédère le mouvement ouvrier.

« Il fit alors basculer l’Union des syndicats, de tendance réformiste, dans le camp socialiste et la fit adhérer à la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs de France et des colonies**, sous influence du Parti Ouvrier Français de Jules Guesde et Paul Lafargue, un autre bordelais, gendre de Marx. » (Institut CGT histoire sociale de Gironde).

Secrétaire Général de la Fédération Nationale des syndicats

Le troisième congrès de cette Fédération se réunit à Bordeaux en 1888. Le maire Alfred Daney interdit le déploiement du drapeau rouge dans la salle de réunion. La police expulse les délégués. Le congrès se poursuit au Bouscat. Lavigne est élu Secrétaire Général.

« Jean Dormoy y déchaîne l’enthousiasme en proposant que, pour appuyer les revendications ouvrières, des manifestations imposantes se déroulent dans les rues partout, le même jour et à la même heure… pour les deux vieilles revendications guesdistes : journée de huit heures et minimum de salaire. » (La Femme Socialiste – juillet 1933). C’est Raymond Lavigne qui fait entériner cette proposition.

Ces défilés ont bien lieu***, mais sans retentissement notable.

L’instigateur du 1er Mai

Paris, 1889, Assises de l’Internationale Ouvrière Socialiste (IIème internationale) : « Lavigne fut l’instigateur de la journée du1er mai. En accord avec ses amis du Parti Ouvrier Français, Gabriel DevilleJules Guesde et Paul Lafargue, en accord avec Ferdinand August Bebel et Wilhelm Liebknecht. » (Le Maitron – Justinien Raymond-https://maitron.fr/spip.php?article116549).

Il fait adopter la résolution suivante qu’il rédige suite à l’intervention du délégué américain Busche du Socialist Labour Parti : « Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du Congrès international de Paris. Attendu qu’une semblable manifestation a été décidée pour le 1er mai 1890, par l’American Fédération of Labour, dans son Congrès de décembre 1888 tenu à Saint-Louis, cette date est adoptée pour la manifestation. » ( L’évolution du Parti Syndical en France – Léon de Seilhac – Gallica)

« Simple rencontre de date, voulue par le congrès de Paris, et qui n’enlève rien au caractère novateur de la décision provoquée par Raymond Lavigne. Aux démarches purement nationales et corporatives des syndicats américains, Lavigne substituait un 1er mai international et politique, international selon sa conception du socialisme et de la lutte de classe, politique parce qu’il espérait arracher les huit heures, étape vers d’autres satisfactions obtenues non d’une fraction plus ou moins consentante du patronat, mais par la loi imposée à tous. Lavigne envisageait un mouvement aux formes habituelles : arrêt du travail, rassemblements publics, défilés, dépôts de pétitions, et il se gardait bien de confondre cette journée de revendications avec une tentative de grève générale révolutionnaire qu’il récusa toujours comme moyen d’action.» précise encore le Maitron.

Aux décisions américaines est ainsi substitué un 1er mai international de lutte des travailleuses et des travailleurs. « Le Congrès adopta le projet et il fixa le 1er mai comme date et la journée de huit heures comme objet précis de la manifestation » répète l’Encyclopédie Socialiste Syndicale et Coopérative de l’Internationale Ouvrière de 1913.

Dès l’année suivante, le 1er mai, ce sont des milliers de travailleurs qui font grève, manifestent et revendiquent pour le partage de la journée en trois fois huit heures. Huit heures de travail, huit heures de repos, de vie familiale et de loisirs, huit heures de sommeil. Ils portent un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser cela****.

Bourse du Travail

En parallèle en 1887, Raymond Lavigne prend la tête des syndicats pour obtenir la création d’une Bourse du Travail à Bordeaux. « Il multiplia les réunions et les interventions auprès des pouvoirs publics pour qu’enfin la municipalité d’ Alfred Daney leur accorde en 1888 les locaux de l’ancienne école de médecine de la rue de Lalande, livrés le 1er mars 1890 sous le mandat d’Adrien Baysselance ( la 6ème BDT de France, Paris ayant eu la sienne en 1887) » (institut CGT histoire sociale de Gironde). Bourse du travail qui ne lui convenait pas vraiment, mais qu’il finit par rejoindre.

Campé sur des positions rigides, il ne participe pas à la création de la CGT (congrès de Limoges) en 1895, mais la rejoint ensuite. Il se tourne désormais davantage vers l’action politique. Démissionne de la Fédération Socialiste en 1902. Ne participe pas non plus à la création de la SFIO en 1905 (Congrès du Globe à Paris). Il revient finalement vers la SFIO. Adhère mais ne milite plus. En 1920 il assiste, sans y prendre part, au Congrès de Tours marquant la rupture entre Socialistes et Communistes. Il rejoint finalement le Parti Socialiste.

Il décède le 24 février 1930 à Bordeaux. Une foule considérable suit ses obsèques au cimetière de la Chartreuse. Chaque 1er mai son souvenir y est honoré depuis 1930.

Une rue de Bordeaux-Bastide, dans son quartier de naissance, rive droite, porte son nom. La salle 206 de la Bourse du Travail de Bordeaux aussi. Respects. Hommages.

* Ce n’est qu’en 1884 que la loi du 21 mars autorise la création des syndicats professionnels, de patrons et de salariés (Loi Waldeck-Rousseau)

** Créée en 1886 et présidée par Jean Dormoy, maire socialiste guesdiste de Montluçon. Ce dernier sera appelé Le forgeron du 1er mai.

*** À Bordeaux les revendications des manifestants ont été portées par Raymond Lavigne, Antoine Jourde et Calixte Camelle.

****1er mai 1891, fusillade à Fourmies. Marie Blondeau meurt un bouquet à la main. 1905, l’églantine est désignée fleur de mai. Elle remplace alors le triangle rouge à la boutonnière pour cette journée de revendications. C’est en 1941 que le Maréchal Pétain associe finalement le 1er mai au muguet blanc, virginal, pour remplacer l’églantine, trop rouge, trop marquée à gauche.

en-tête : image commons.wikimedia.org

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