Le Musée des Arts Décoratifs et du Design de Bordeaux affirme sa vitalité

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Les institutions et les acteurs de la vie culturelle et artistique se questionnent pour imaginer le futur de l’art, pure spéculation pour les uns, pour les autres des perspectives sont d’ores et déjà orientées par les avancées technologiques, les déterminants environnementaux et économiques…« pour un futur désirable».

La rénovation menée depuis mai 2023 par le Musée des arts Décoratifs et du Design de Bordeaux (le MADD), répond aux questions qui visent à inscrire l’Hôtel de Lalande (fin XVIIIe siècle) dans les réalités muséales du XXIème siècle, une étape dans un élan lancé il y a une dizaine d’années avec l’exploration des nombreux champs d’action que recouvre le Design (architecture intérieure, mode, graphisme, scénographie…). Celui-ci s’est imposé comme clef de voûte d’une programmation qui traduit « la volonté de l’institution de devenir un important lieu de diffusion de la culture du design en France ». Les réflexions se concrétisent avec l’élaboration d’un Projet Scientifique et Culturel (validé par le Service des Musées de France) qui réunit harmonieusement esprit des lumières et art contemporain, hôtel particulier et ancienne prison, patrimoine et création.

Entretien avec Mme Constance Rubini, directrice du MADD de Bordeaux:

SR : Quels sont les axes forts de la rénovation du MADD ?

CR : La rénovation se fait à deux niveaux principaux:  
Un niveau architectural. Le grand enjeu était de réunir deux bâtiments en un seul musée et de faciliter la circulation de tous les publics. Le travail était de nous mettre en accessibilité à tous les niveaux,(financement, transition environnementale, raccordement au réseau de chaleur de Mériadeck). Dans ce volet, la scénographie joue un rôle important pour l’accueil du public, l’objectif étant que le visiteur soit accueilli comme un invité.
Un lieu d’échange et d’incitation à l’esprit critique.
Installer les collections XIXème au deuxième étage de l’Hôtel avec le souci de montrer le passage du XVIIIème vers un siècle plus complexe ouvert sur l’industrialisation et passer de la voix d’une époque et d’une classe sociale bordelaise aux voix multiples d’aujourd’hui ont conduit le musée à s’interroger sur la façon de traiter ce bouleversement : [une réponse], être respectueux des autres sans effacer l’histoire. Le travail de recueil de multiples récits a été accompli pendant la fermeture du musée.

SR : La culture pour tous ?

CR : Nous employons tous ce mot, mais il n’est pas si facile à cerner. Que veut dire la culture pour tous ? C’est une vraie question. Nous avons vécu avec la démocratisation de la culture défendue par André Malraux. Pour certains conservateurs, il fallait satisfaire l’attente du public, pour d’autres, moins nombreux, il fallait offrir ce que l’on sait qui est rare et intéressant, mais en communiquant avec des mots compris par tous. Pour moi, la culture est de comprendre la culture des autres.

SR : Avec l’affect comme porte d’entrée plutôt que le langage ?

CR : je pense que c’est avec les deux, actuellement on expérimente avec des manifestations autour du thé, il faut trouver des points de passage, dans le quotidien. [Annoncer] la culture pour tous n’est pas convenable car c’est déjà mettre la sienne en avant, [serait plus approprié] les cultures de tous. Avoir en tête que l’on est un musée de la ville de Bordeaux aujourd’hui constituée de multiples composantes.

SR : Comment communiquer l’apparition d’un nouveau mouvement artistique ?

Pour cela, on s’appuie sur les générations, les enfants ne pensent pas comme leurs parents. Il y a une génération d’artistes qui se construit contre la génération précédente, c’est souvent radical avec des tables rases. Si on explique à une jeune personne que ce qui se passe dans l’art c’est ce qui se passe dans sa famille, même si on parle d’un objet du design, il comprend mieux*. 

SR : Les arts décoratifs semblent avoir acquis leur autonomie par rapport à  l’architecture. N’y a t’il pas ici une voie comparable à celle qui a clôturé l’aventure moderne, à savoir l’art pour l’art ?

CR : Non, je ne le pense pas car il y a à la fois une autonomie et une continuité dans le design. Citant le designer américain Charles Eames : «Je suis un designer qui produit des objets fonctionnels, ma question n’est pas de créer de l’art mais de créer des objets». Bien sûr qu’il y a une dimension de beauté qui entre en jeu, mais les arts décoratifs sont des arts mécaniques, le design répond à une méthodologie, il amène une réponse à un problème, cela peut être un objet, un système, une manière de penser… On reste dans la fonction, on garde un lien avec la science et l’ingénierie; à noter que le design a beaucoup accompagné les questions écologiques. À l’inverse d’un réseau italien fait de petites entreprises, la France avec sa culture de la grande industrie a entretenu la confusion, elle n’a pas valorisé le mobilier. Pour vivre, les designers français ont dû se tourner vers les galeries d’art.

SR : La pédagogie, (en complément d’éléments précédemment évoqués *)

CR : La pédagogie est très importante pour nous, le rôle du musée a évolué, il a montré des objets, un patrimoine. Alors que l’école apprend à lire, dans une société de l’image nous, nous devons apprendre à voir. À l’heure où une génération se tourne vers l’artisanat et les métiers manuels, notre rôle est aussi de montrer la richesse qu’il peut y avoir dans tous ces métiers manuels, et ça c’est de la pédagogie.

SR: La place privilégiée du graphisme

CR : Nous allons travailler avec une graphiste autour de la communication du musée, comment sont choisis une typologie, un vocabulaire de formes, une manière de s’exprimer pour répondre à la problématique d’une institution qui veut se tourner vers sa ville. Parce que tout ce que l’on voit est pensé le graphiste Franck Tallon intervient en milieu scolaire* pour éclairer la place occupée par le graphisme dans le quotidien.
Dans ce sens, le 1er festival de graphisme de Bordeaux est en préparation.

Informations:

Le Madd: 39 rue Bouffard à Bordeaux. Tél :05 56 10 14 00
Site MADD : https://madd-bordeaux.fr
Projet Scientifique et Culturel : https://madd-bordeaux.fr/le-musee/projet-scientifique-et-culturel-2022-2027
Programme 2024 : https://madd-bordeaux.fr/agenda 

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