Pierre, c’est toute une vie dans le monde agricole et une passion sportive pour le football. Il a réalisé un rêve cet été, en participant comme bénévole, aux JO de Paris 2024, puis aux Jeux paralympiques. Un parcours de vie, au service des autres, riche de multiples rencontres.

Pierre Challet au volant d’une voiture officielle des JO.
Ce samedi 11 octobre, nous nous sommes donnés rendez-vous pour une interview plus approfondie après des échanges informels au cours de notre formation commune de Seniors reporters, les jeudis matin, à la cité municipale ou à la mairie.
Notre rencontre a lieu rue Ravez dans le prolongement du Palais des sports où, cet été, était installée la fan-zone bordelaise des Jeux Olympiques. « C’est là, me dit-il, que je suis venu le 2 octobre lorsque la ville a rendu un vibrant hommage aux athlètes de la Team Bordeaux olympique et paralympique ».
Accueilli par un café partagé, les échanges impromptus se focalisent sur une période de la vie de Pierre, celle durant laquelle il a travaillé dans le même établissement scolaire que mon épouse, l’Institut Rural d’Education et d’Orientation « Sevreurope » de Bressuire, dans les années 80. Le souvenir de son directeur de l’époque, Henri Papin, est évoqué avec émotion. Manageur humaniste et conseiller départemental de son cher bocage, il aura son importance dans la vie de Pierre. Les anecdotes concernant les lieux et les collègues fusent comme les balles de Félix ou Alexis Lebrun sur une table de ping-pong. On se dit alors, que notre participation à Seniors reporters est un bel exemple de rencontres incroyables et fortuites.
Pierre est un néo-bordelais jeune retraité. Avec la volonté de se rapprocher de ses trois petits-enfants, il n’a pas hésité à s’éloigner de sa résidence de Surgères et à abandonner son pied-à-terre oléronnais pour venir s’installer dans l’attractive ville de Bordeaux.
Une vie rythmée par sa passion du football
Originaire d’une famille d’agriculteurs de Saint Paul-du-Bois entre Vihiers et Saumur, au sud du Maine-et-Loire, c’est naturellement que Pierre s’oriente vers des études agricoles. Son diplôme en poche, appartenant à une fratrie de 12 enfants, il décide très vite de devenir autonome en postulant sur le marché du travail. Successivement commercial dans plusieurs entreprises du monde agricole, sa vie professionnelle a suivi le fil de ses engagements dans différents clubs sportifs. Dans cet univers professionnel, Pierre ne s’épanouit pas. Il se trouve en conflit entre ses valeurs humanistes et l’injonction des objectifs chiffrés à atteindre coûte que coûte ! Il bifurque alors vers l’enseignement agricole. Alors qu’il était devenu footballeur dans l’équipe première de Bressuire, il croise, à l’occasion du jubilé d’un ancien, le chemin d’Henri Papin.
De surveillant d’internat en Poitou à chef de mission en Afrique
Henri Papin, alors directeur de l’Institut rural (Iréo) de Bressuire, lui met « le pied à l’étrier » en le recrutant d’abord comme surveillant d’internat et en lui donnant plus tard l’opportunité de remplacer un enseignant en gestion. Après avoir complété sa formation, il est recruté par la MFR de Saint-Germain-de-Marencennes, en Charente-maritime. Il y passera près de trente ans dont la moitié à la direction. Ce n’est qu’en 2014 qu’il passe la main, à quelques années de sa retraite. Une nouvelle opportunité s’offre à Pierre en fin de carrière, celle d’une mission au Sénégal et au Maroc pour y développer le réseau des MFR.
Une passion, le football : de joueur à secrétaire de club
Pierre, jeune, a une prédilection pour les postes d’attaquant avant de devenir milieu de terrain : « poste ô combien stratégique, car on a une vision du jeu et mon rôle était de distribuer les ballons… ». Il continue à jouer en équipe réserve, devient coach des plus jeunes, puis secrétaire au comité directeur du club. Rétrospectivement, il fait ce constat : « joueur, entraîneur, dirigeant, à raison de 4 soirées par semaine, sans compter les matches du week-end et les déplacements, c’est beaucoup d’engagement, au détriment parfois de la vie familiale ».
Lorsqu’il évoque l’AVC dont a été victime son épouse en 2002, l’arrachant à l’affection des siens, un silence, à la fois lourd et respectueux, s’installe entre nous. « La vie est parfois dure et cruelle et ne nous épargne guère. Il faut trouver la force de continuer. »
Bénévole aux JO de Paris 2024 : un rêve

C’est en surfant sur internet que Pierre trouve cette suggestion « et si vous deveniez bénévole aux JO de Paris ». C’est avec enthousiasme qu’il postule. D’abord , il reçoit une offre sur un poste de remplaçant, en compétiteur il insiste et finit par être recruté, chauffeur accrédité aux côtés de 3 500 autres volontaires. Quelques jours avant l’ouverture il est formé, tout comme les 45 000 autres bénévoles, à l’Arena Porte de la Chapelle. Formation indispensable et nécessaire au bon accueil des athlètes, du public et de toutes les personnes accréditées, pour la réussite d’une manifestation d’une telle ampleur.
Pierre se souviendra toujours de la présence de Jackson Richardson à l’arrière de son véhicule. Oui, Jackson a été « Bronzé » en 1992 aux Jeux de Barcelone, puis « Barjot » et « Costaud » avec ses collègues de l’équipe de France de handball aux Jeux olympiques suivants. Son fils Melvyn a moins de succès et quitte prématurément la compétition cette année…
Que ce soit aux Olympiques ou aux Paralympiques, Pierre trouve le temps d’assister à quelques épreuves : ses coups de cœur reviennent aux rencontres avec Aurélie Aubert médaille d’or surprise à la Boccia et Gabriel Dos Santo Araujo, triple médaille d’or en natation paralympique.

Pierre pose avec Gabriel Dos Santos Araujo.
Sans oublier les Bordelais : que ce soit Lucie Schoonheere en skate-board, la plus jeune athlète de toutes les délégations, Laurent Chardard double médaillé de bronze en para-natation, ou encore l’équipe de cécifoot avec leur emblématique capitaine, Frédéric Villeroux, auteur de l’ultime tire au but libérateur en finale.

De gauche à droite : Michaël Miguez arrière, Pierre, Frédéric Villeroux capitaine et Yannick le Colvez, guide aux JO et entraîneur de l’UNADEV Bordeaux.

Pierre pose avec Worthy de Yong, l’un des néerlandais médaille d’or du basket 3×3, celui qui a crucifié la France à l’ultime seconde de la finale, en ajustant un panier à deux points.
Après cette succession de séquences si riches en émotion, la médaille d’or des souvenirs de Pierre est sans contexte, sa participation à la cérémonie de fermeture des Jeux paralympiques, pour laquelle il a la chance d’être tiré au sort. Il en a encore des trémolos dans la voix et des frissons lorsqu’il évoque son entrée dans le stade de France sous les acclamations d’un public « en délire » et surtout lorsque Tony Estanguet fait son entrée pour prononcer son ultime discours.
Dans le cadre de son activité de Seniors reporters, Pierre souhaite prolonger son expérience et la magie des JO : sous la forme d’une série de podcasts, il veut interviewer plusieurs athlètes bordelais, pour leur demander comment faire en sorte que la parenthèse enchantée vécue cet été ne se referme pas. Nous savons déjà qu’ils s’engagent auprès des jeunes dans les établissements scolaires et les clubs pour jouer pleinement leur rôle d’ambassadeurs. Il s’efforcera de mettre en exergue toutes leurs actions susceptibles de poursuivre l’engouement autour des valeurs olympiques et celle de l’inclusion des personnes handicapées au sein de notre société.
Il envisage ensuite de poursuivre autour du sport, capable de fédérer et d’entraîner les jeunes dans une spirale positive et a déjà pris attache auprès d’Alain Giresse et de Patrick Battiston qui ont une aura particulière lorsqu’on évoque le riche passé des footballeurs Girondins. Plus tard, Pierre souhaite nous parler d’agriculture en se demandant comment satisfaire les consommateurs bordelais : l’agriculture urbaine ? Les circuits courts ? Une alimentation saine et respectueuse de l’environnement ?
Nous avons la chance de compter Pierre dans l’équipe de Seniors Reporters : c’est une personne au dynamisme à la fois simple et chaleureux, proche et bienveillant, sa grande et riche expérience nous sera précieuse.