Les clowns hospitaliers ? Ils ne rigolent pas avec leur travail  !

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La fiction « Sur un fil » de Reda Kateb, sortie le 30 octobre au cinéma, met en lumière le métier de clown hospitalier, qui fête ses 20 ans cette année. Ce métier est représenté par la compagnie lesclownsstethoscopes.fr, association d’artistes comédiens implantée à Bègles prés de Bordeaux. Ils ont créé le spectacle « Danser sur des œufs » pour faire connaître leur profession. Ces clowns interviennent à l’hôpital des Enfants du CHU de Bordeaux. La Fédération Française des Associations de Clowns Hospitaliers, à laquelle ils adhèrent, réunit et structure une trentaine d’associations, réparties partout en France. Coup de projecteur sur cette profession au plus proche de l’humain.

Devenir clown en milieu hospitalier peut prendre jusqu’à 2 ans. Le recrutement est exigeant, car les clowns interviennent dans un lieu de soins, sur un public particulier : les enfants malades. Miss Mi (Séverine Amidieu) précise le bienfait de leur intervention : « La présence de clowns hospitaliers permet à l’enfant d’être émotionnellement plus ouvert. Il prend avec plus de facilité les médicaments qui lui sont proposés. Les traitements réagissent mieux sur l’enfant ».

Pour les postulants au métier, quelques pré-requis : être un comédien ou une comédienne, avoir déjà bien développé son clown par des formations, et/ou des stages, afin de pouvoir être à l’aise en improvisation. Miss Mi ajoute : « La plus jeune de l’équipe des clowns stéthoscopes doit avoir près de 35 ans. Quand on a 20 ans, on peut être inhibé, paralysé, et ne pas pouvoir jouer. C’est vraiment une sélection drastique. On ne peut pas se permettre d’être un danger à l’hôpital dans tous les sens du terme, d’y faire rentrer quelqu’un qui serait un petit peu négligeant sur l’hygiène par exemple ».

Photos du spectacle « Sur des oeufs »

Comme pour tout emploi, ils doivent fournir un CV et une lettre de motivation. Miss Mi complète : « lors de l’entretien, les clowns doivent répondre à un questionnaire avec des questions très variées, comme le rapport à la mort, à la maladie, aux enfants, aux personnes âgées. J’ai moi-même postulé il y a 15 ans et n’ai été recrutée que lors de ma deuxième demande, 7 ans plus tard. Une fois sélectionné, le clown candidat vient avec nous à l’hôpital en « civil ». Ces moments sont faits pour observer ses réactions face au duo de clowns, au patient, et voir l’attention qu’il porte aux spécificités du milieu : fait-il attention à l’espace pour laisser passer un chariot, un fauteuil roulant ? Prend-il en compte l’environnement ? » 

Toujours dans le cadre de la formation, l’association organise des journées au cours desquelles le futur clown doit improviser en duo, dans des situations susceptibles de lui arriver. Les comédiens choisissent des moments vécus à l’hôpital, pour là aussi, noter ses réactions.

« Plus on a de cordes à nos arcs, plus on peut les convoquer » ont exprimé les clowns stéthoscopes lors d’un bord de scène après-spectacle avec le public. Leur formation continue se pratique avec d’autres professionnels, en équipe, pour « muscler » le jeu de comédien, renforcer son clown, pratiquer le théâtre d’objet ou le théâtre de marionnettes, la musique. Les formations psychosociales sont essentielles. Elles permettent de comprendre la particularité d’un service, d’une maladie, de troubles du comportement chez les adolescents, par exemple et d’en tenir compte dans le jeu. Avant d’être recruté en tant que professionnel, au statut d’intermittent du spectacle, les clowns sont à l’essai par périodes de 3 mois.

Photo du bord de scène avec le public

Lors des réunions avec les équipes soignantes pour faire connaître les clowns, les médecins ne sont pas toujours là. Miss Mi : « Notre relai auprès d’eux est Charlotte Jubert, médecin, membre de notre Conseil d’Administration, pédiatre en oncologie, qui nous fait une formation tous les ans. Elle peut expliquer à quel point notre travail peut être intéressant pour eux dans leur langage commun ; alors que parler avec un couple de clowns… »

Lorsqu’un enfant a peur de souffrir lors d’un soin, les clowns peuvent être là, faire diversion. Les équipes soignantes sont soulagées de cette charge. Certains enfants aimeraient même que les clowns soient là à chaque fois.

Photos du spectacle « Sur des oeufs »

Lorsque les clowns arrivent au CHU, ils recueillent l’ambiance du service, des informations rapides sur l’état de santé et émotionnel des personnes qu’ils vont rencontrer, leur contexte familial et social. “On entre dans une chambre et, en une fraction de seconde, on doit avoir scanné tout ce qui est possible, et improviser en se laissant emporter par l’instant présent. On essaie toujours de partir d’une page blanche à chaque entrée dans une chambre, à chaque journée. Nous traitons chaque rencontre, chaque humain, en fonction de ce qui est senti, partagé, vécu à ce moment-là, et de ce qu’on a envie de partager artistiquement avec la personne à ce moment-là. On oublie tous les codes de la hiérarchie, de rôle, de chacun à sa place, et ça c’est un gros avantage pour nous. Un retour aux équipes soignantes est fait systématiquement.»

Photos du spectacle « Sur des oeufs »

L’arrivée des clowns est comme un petit grain de sable qui décale les regards, atteint les professionnels et leur permet de voir l’enfant différemment. L’enfant aussi peut voir le professionnel, ou le parent, différemment. Cela fait partie des objectifs. Sur la disponibilité des soignants vis-à-vis des clowns : « il y a toutes sortes de moments. Il y a la demi-seconde possible et, parfois, la demi-seconde n’est pas là ! C’est comme ça, la prochaine fois que la demi-seconde sera là, on prendra du temps. C’est à nous de travailler cette agilité-là et de repérer les bons moments dans la journée. » (Propos de bord de scène)

La compagnie, qui intervient aussi en Ehpad, travaille aussi sur des projets avec la prison de Gradignan. Conclusion des clowns stéthoscopes : « on peut aller partout où il y a des humains qui habitent, qui sont en soins, qui sont souvent en position de vulnérabilité. Élargir notre champ des possibles est notre ambition ».

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