En visite au Jardin public, poumon vert de Bordeaux

Nouveaux ou anciens Bordelais, vous vous êtes un jour baladés dans le Jardin Public. Mais connaissez-vous sa faune, sa flore, son histoire, ses secrets ? La Maison du jardinier et de la nature en ville propose régulièrement des visites du plus connu et du plus représentatif jardin de Bordeaux, tant pour sa situation au cœur de la ville, que son riche passé historique.

Le Jardin Public, ce sont 11 hectares de nature en plein cœur de Bordeaux : un plan d’eau d’un hectare bordé de bancs, des pelouses pour la détente, un muséum d’histoire naturelle, un jardin botanique, une aire de jeux pour les enfants, un théâtre de marionnettes, une allée des chiens…

Le Jardin Public a été inscrit sur la liste des monuments historiques en 1935. Il est aussi classé « Jardin remarquable de France ». Ce label distingue des jardins et des parcs, présentant un intérêt culturel, esthétique, historique ou botanique. Enfin, il est labellisé « Refuge LPO » (Ligue pour la Protection des Oiseaux).

La visite s’effectue avec Émilie, animatrice de la Maison du jardinier qui fixe le rendez-vous derrière les majestueuses grilles d’entrée du cours de Verdun, ornées du blason de Bordeaux. Le blason est accompagné d’une devise en latin : « Lilia sola regunt lunam, undas, castra, leonem » (Les lys règnent seuls sur la lune, les ondes, la forteresse et le lion).

Émilie, animatrice et guide de la Maison du jardinier

Un patrimoine historique

À l’origine, le lieu était occupé par des vignes et quelques cultures. La création d’un jardin royal devenu jardin public a été décidée en 1746. L’un se caractérise par son ordre et sa symétrie et l’autre par son irrégularité et son désordre réfléchi. D’abord réalisé « à la française », le jardin se construit autour d’un axe de symétrie. Le jardin à la française symbolise la domestication de la nature : des formes symétriques, des effets géométriques, rien n’est laissé au hasard !

Le Jardin Public est le premier jardin français pensé et réalisé pour l’accueil du public (d’où son nom qui nous paraît aujourd’hui un peu étrange). La Révolution met à mal le jardin : les fleurs et les arbustes sont arrachés, seuls les grands arbres sont épargnés. Le Jardin Public devient alors un lieu pour les cérémonies officielles et les bals populaires. Sous Napoléon 1er, il deviendra même champ de manœuvre et lieu d’exercice pour le tir.

En 1858, il est transformé en jardin à l’anglaise : la nature reprend ses droits, dans un désordre « organisé ». On abandonne la symétrie au profit d’un lieu de balade où la nature est reine : des pelouses, des allées sinueuses et une pièce d’eau avec deux îles. Des passerelles sont installées de la largeur des crinolines. Un jardin botanique est créé. De nombreuses statues sont dispersées dans le jardin.

Projetons-nous dans le passé : les enfants s’y promènent à dos d’âne, jouent au cerceau, font voguer dans le bassin leur petit bateau à voile, naviguent sur Le Petit Mousse et assistent au spectacle de marionnettes du Guignol Guérin. Les chaises sont alors payantes et les pelouses interdites.

La fontaine dite « Wallace »

Au détour d’une allée, trône une fontaine en fonte dite « Wallace », du nom du riche collectionneur d’art anglais Richard Wallace (1818-1890). Un riche banquier bordelais en commanda six pour Bordeaux. Certaines ont disparu pendant la Seconde Guerre mondiale, d’autres ont été rajoutées. Deux gobelets en fer retenus par des chaînes étaient autrefois à la disposition du consommateur. Activée aujourd’hui par une pédale de pied, l’eau coule en un mince filet. Sachez que cette eau est potable !

Les trois statues du Grand Théâtre

Vous connaissez sans doute (de vue…) les 9 muses et les 3 déesses qui surplombent le Grand Théâtre. Trois d’entre elles étaient trop abîmées pour y être conservées. Elles ont été installées au Jardin public dans les années 1880, pour y couler une retraite bucolique. Des copies, réalisées dans un calcaire plus résistant aux intempéries, ont pris leur place d’origine.

Va Petit Mousse

Sorte de gondole avec une tête de drakkar, ce bateau de promenade de 50 places, baptisé « Le Petit Mousse », a fait le bonheur des petits Bordelais de 1897 à 2005. Son épave a été restaurée pour être ensuite exposée au Musée Mer Marine. Une réplique fidèle de la version d’origine a été inaugurée en 2021 et peut désormais accueillir 12 passagers. Elle marche à propulsion électrique. Le Petit Mousse aurait, au cours de sa longue carrière, parcouru une distance supérieure à trois fois le tour de la Terre et aurait transporté près de 5 millions de passagers !

Le muséum de Bordeaux – sciences et nature

Installé dans l’ancien Hôtel de Lisleferme, sa collection de zoologie est l’une des plus importantes de France. À l’origine, au centre du jardin, des serres tropicales s’appuyaient sur un bâtiment en pierre de style antique. Les serres, détériorées, ont été détruites en 1938. Aujourd’hui, le bâtiment sert de local pour les jardiniers et les gardes.

Un patrimoine naturel et vivant

Le Jardin Public, ce n’est pas qu’un patrimoine historique. C’est aussi un jardin extraordinaire, en plein cœur de Bordeaux. Le Jardin Public est largement boisé et il comporte de nombreuses variétés d’arbres à la stature imposante. Sept arbres de la Ville de Bordeaux ont été labellisés en 2012 « Arbres remarquables de France » par l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables : Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde). Ce label engage la ville à l’entretien des arbres, leur sauvegarde et leur mise en valeur en tant que patrimoine culturel et naturel. Deux d’entre eux sont au Jardin public : le cyprès des marais du Mexique et le pacanier. Le cyprès des marais du Mexique est âgé de 170 ans environ et mesure 31m. Son feuillage garde une apparence verte longtemps, mais il n’est pas persistant, ce qui est rare pour un conifère.

Pacanier du Jardin public

Le pacanier est l’arbre le plus haut du Jardin public : âgé de 150 ans environ, il mesure 38 m. L’hiver vous pourrez cueillir ses fruits : les noix de pécan. Un cèdre du Liban âgé de 150 ans contaminé par des champignons, a dû être élagué en 2012. Il est conservé en l’état et fait office d’hôtel de biodiversité : insectes, pipistrelles et autres chauves-souris arboricoles en ont fait leur refuge.

La Palmeraie a été plantée dans les années 1850-1870, c’est la plus vieille de France. Ses graines ont été semées dans tout le Sud-Ouest et ont contribué à l’essor du palmier. Savez-vous que le palmier n’est pas un arbre ? Eh oui, car il ne possède pas de tronc en bois, donc c’est une herbe ! En 2021, un verger (parcelle contenant des arbres et des arbustes fruitiers) a été aménagé, dans le cadre du budget participatif.

Les magnolias sont un peu l’emblème du Jardin public. Le premier fut transporté en 1857 depuis le Jardin des plantes de la Chartreuse, par une voie ferrée de 2 kilomètres, construite spécialement pour l’occasion. Il fallut quatre jours pour convoyer ce bel arbre ! Petit conseil d’Émilie : venez au Jardin public au printemps, respirer le merveilleux parfum des fleurs de magnolias. Émilie signale que Bordeaux vient d’obtenir sa 4e Fleur (Label Villes et Villages Fleuris) : une distinction qui souligne les efforts de la ville pour préserver son patrimoine végétal et développer la biodiversité.

Le jardin botanique

Au 17e siècle, le jardin botanique permettait aux médecins et aux apothicaires d’étudier les plantes médicinales. Aujourd’hui, plus de 5 000 plantes différentes y sont cultivées. Chaque plante possède son étiquette, avec son nom en français et en latin, son lieu de vie, sa répartition géographique et ses caractéristiques biologiques.

Les oiseaux

Le plan d’eau est situé sur une voie de migration : de nombreuses espèces d’oiseaux cohabitent dans le jardin. Saurez-vous les reconnaître ?

Quelques astuces livrées par Émilie :

  • Le canard colvert mâle a la tête et le cou vert brillant et la femelle a un plumage brun roussâtre.
  • La bernache nonette a le cou et la poitrine noirs, la tête blanche et le pelage gris.
  • La bernache du Canada a une tache blanche sur la tête et son plumage est brun.
  • L’ouette d’Égypte est une grosse oie beige aux pattes roses avec la tête jaunâtre, et une trace brune autour des yeux et à la base du cou.
  • L’oie à tête barrée est grise, sa tête et son cou sont blancs, avec deux bandes horizontales noires.
  • L’oie des neiges est blanche avec le bout des ailes noir et le bec et les pattes orange.

À vous de les retrouver !

Pour en savoir + :

La Maison du jardinier met à votre disposition deux livrets pédagogiques sur le Jardin public, à télécharger, ou en papier sur place : Parcours « Patrimoine naturel et vivant » et parcours « Patrimoine historique et minéral »

Maison du jardinier et de la nature en ville

174 rue Mandron, 33000 Bordeaux

05 56 43 29 90 // maisondujardinier@mairie-bordeaux.fr

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