Au coin de la rue des Argentiers et de la rue de la Coquille, dans le quartier Saint-Pierre du Bordeaux historique, la Maison du Pèlerin (MDP) est actuellement dirigée par Michel Dronneau. Ouverte en 2014, c’est un gîte-étape réservé aux « jacquets », les marcheurs du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui passent par Bordeaux, en empruntant la via Turonensis, la voie de Tours. Dans la ville, trois sites remarquables sont liés au pèlerinage : Saint-Seurin, Saint-André et Saint-Michel.

Une tradition hospitalière
Cet accueil jacquaire voit le jour parce qu’il n’y avait pas d’hébergement pèlerin à Bordeaux intra-muros. En 2012, les fondateurs de l’association Bordeaux Compostelle Hospitalité Saint Jacques souhaitent trouver un lieu approprié pour renouer avec la tradition hospitalière moyenâgeuse de la ville.
Cette tradition remonte à la création, en 1119, de l’hôpital Saint-Jacques, rue du Mirail. Après une très longue interruption dans l’accueil, c’est la reprise dans les années 70, avec la revivification de la pratique du pèlerinage de Saint-Jacques. En 1998, l’UNESCO reconnaît les Chemins de Compostelle comme appartenant au patrimoine mondial.

Un local, dépendant de la Municipalité abritant alors Bordeaux Monumental, se libérait. Un projet d’aménagement de ces locaux est rapidement diligenté, avec un investissement d’environ 70 000 euros. Alain Juppé, maire de Bordeaux l’inaugure en 2014. L’association est locataire, donc en concurrence tarifaire avec le refuge pèlerin du Bouscat, situé dans l’ancienne maison du gardien du cimetière, qui propose six places. Un lieu d’hébergement de dix lits existe aussi à Gradignan, au prieuré de Cayac où l’association va fêter son 40e anniversaire. Mais il est dans la périphérie de Bordeaux, sur la route de Bayonne, en direction de Saint-Jean-Pied-de-Port.

Le point fort de la MDP, explique Michel Dronneau, « c’est d’être en centre ville de Bordeaux, dans des bâtiments classés patrimoine mondial par l’UNESCO, au titre des chemins de Compostelle. Sa spécificité tient aussi à ce qu’elle fonctionne de mi-mars à octobre avec des hospitaliers permanents qui assurent l’accueil. Alors qu’à Gradignan et au Bouscat, qui sont ouverts toute l’année, la réception des marcheurs est effectuée par les membres eux-mêmes ».
Vous êtes ici chez vous

L’association se nomme « Hospitalité Saint-Jacques » et l’appellation a du sens. Elle signifie que tout est fait pour que les pèlerins se trouvent ici chez eux, comme les 55 hospitaliers venus de la France entière et de l’étranger et les membres de l’association. L’offre d’hébergement est de 12 couchages, répartis en 6 box équipés de casier personnel à code, soit deux couchages en lits superposés. Une cuisine et une salle à manger sont à disposition, ainsi que des sanitaires. « La moyenne actuelle de nuitées est de 750 entre mars et fin octobre, mais il nous en faudrait au moins 800 pour garantir un équilibre financier, » assure Michel Dronneau.
« Nous visons cet objectif grâce à notre petite boutique qui apporte un complément de revenus. » Le prix de la nuitée est de 18 euros (10 euros au Bouscat et à Gradignan) et le petit-déjeuner au prix compétitif de 4 euros. En fonctionnant sur la seule base de ces tarifs, la Maison du Pèlerin aurait du mal à équilibrer ses finances.


La crédential, passeport du pèlerin
Le pèlerin peut arriver dans l’après-midi, en général il a réservé mais il peut aussi arriver à l’improviste. Les jacquets sont d’abord accueillis par un hospitalier qui leur offre une boisson, ils remplissent les papiers et présentent leur crédential, qui est le passeport du pèlerin. Comme un petit plus, la Maison du Pèlerin vend sa propre crédential et offre la Burdigala, qui est un certificat de passage, à ceux qui ont passé au moins une nuit dans ce gîte ou qui ont effectué deux étapes sur la voie de Tours, entre Blaye et Bordeaux.
C’est un geste pour encourager la fréquentation de la MDP. Une fois accueillis, un box leur est attribué ainsi qu’une alèse et une taie d’oreiller jetable. En général, ils ont leurs sacs de couchage, sinon des couvertures sont mises à leur disposition, mais pas de draps.

Le pèlerin s’installe et peut compter sur les hospitaliers qui assurent une permanence jusqu’à 20 h, ils dorment sur place et peuvent être sollicités si besoin pendant la nuit. A 22h, c’est l’extinction des feux, les portes ouvrent dès 7 h. Le matin, les hospitaliers effectuent le nettoyage après le départ des pèlerins puis à 9 h 30, ils ont quartier libre jusqu’à 14 heures.



Michel Dronneau souligne : « Parmi les pèlerins, on compte 26 nationalités : 60 % de Français, beaucoup de Canadiens ainsi que des Allemands, des Belges et des Hollandais. Bordeaux a un rôle de plaque tournante puisqu’il y a des gens qui arrivent en train ou en avion avec l’idée de se poser et de repartir, soit à pied, soit en train vers Saint-Jean-Pied-de-Port. Idem au retour, c’est important pour nous car plus du tiers de nos nuitées est assuré de cette façon-là » .
Naissance d’une vocation

Le pèlerinage peut changer une vie, comme le relate Michel Dronneau : « Si je n’avais pas marché sur les chemins, je ne serais jamais devenu président de cette association ». Il avait choisi le Mont-Saint-Michel pour son premier chemin, du fait de son prénom. Mais n’était pas du tout préparé lorsqu’il est parti de Bordeaux ce lundi 13 août en direction de Saint-André-de-Cubzac. Il faisait plus de 30°, les commerces et les restaurants étaient fermés, il n’avait pas réservé d’hébergement et le seul hôtel était complet.
« Il a fallu que je trouve une chambre d’hôtes et déjà, j’avais des ampoules aux pieds », se souvient le pèlerin novice. Dans la nuit, réfléchissant à son impréparation, il pense à rentrer. Le lendemain matin, il s’apprête à régler sa chambre et le dîner , son hôtesse lui dit “ah, vous êtes pèlerin, dans ce cas je vous offre le repas”. Il se confond en remerciements et se sentant redevable de ce geste, il continue jusqu’à Blaye, la deuxième étape.
« C’était la veille du 15 août, le lendemain il n’y avait pas de bus pour rentrer à Bordeaux, ni de train, alors je me suis trouvé dans l’obligation de continuer, s’en amuse Michel Dronneau. Cet enchaînement est plutôt cocasse, car si on ne m’avait pas offert ce dîner, je rentrais ». Il conclut par cette formule : « Pèlerin un jour, pèlerin toujours ».