Suite à la fermeture du Musée de l’Imprimerie, c’est le cri poussé par tous les amoureux et défenseurs du patrimoine des métiers de l’imprimerie ! En effet, qui prendrait la responsabilité de laisser détruite Simonne, la dernière des 7 presses de la marque Alauzet construites ? Pourtant, la pièce de 35 tonnes est encore stockée dans le bâtiment.
Mais qui est Simonne ?
Simonne (le nom de cette presse) vient du prénom de la petite fille de l’acquéreur de la première de ces 7 presses, en 1908.
Presse Alauzet (du nom du créateur de presses à grand format, Pierre Alauzet) à arrêt de cylindre de grand format (137 cm x 217 cm) de 35 tonnes, Simonne a été construite pour l’impression des affiches. Des sept presses fabriquées, Simonne est la dernière survivante de cette série de machines de cette taille. À Bordeaux, l’imprimerie Péchade a possédé deux de ces presses.
Retour sur l’histoire bordelaise de ce musée
Pour comprendre le « destin » de Simonne, toujours stockée dans les locaux de l’ancien Musée de l’Imprimerie, il faut revenir 50 ans en arrière.

La Maison des Métiers de l’Imprimerie, plus communément appelée Musée de l’Imprimerie, a été fondée dans les années 80 par Les Amis de l’Histoire et des Techniques de l’Imprimerie (AMHITEIM), une équipe de passionnés.
Inauguré par Jacques Chaban-Delmas en 1987 dans un local mis à disposition gratuitement par la mairie, le Musée de l’imprimerie a fermé le 31 décembre 2023 après 37 ans de prestation patrimoniale mais aussi pédagogique.

Un patrimoine local
Situé dans dans une ancienne brûlerie de café du quartier Sainte-Croix à Bordeaux, au 10 rue du Fort-Louis, le Musée de l’imprimerie possédait 157 machines, presses à pédale, linotypes, pierres à lithographie, représentatives de toutes les grandes avancées de l’histoire de l’imprimerie.

80 % de ces machines ont été construites dans la région, boostée par l’impression des étiquettes des bouteilles de vin. Bordeaux a compté jusqu’à 20 imprimeries dans les années 1950.
Le Musée a reçu tous les mercredis des groupes scolaires (1 800 enfants par an) pour les initier aux métiers de l’imprimerie. À travers divers partenariats, ce monument a reçu des groupes du troisième âge, servi de support technique pour le tournage de plusieurs films (Colette, Beaumarchais …) et œuvré avec de nombreux artistes (Alfred, Baudoin, Dupouy, Jofo, Revel …) pour des travaux d’impression.
Fermeture du musée inéluctable
Faute d’entretien, l’état du bâtiment prêté par la ville n’était plus compatible avec la réception du public. Lancé sous la mandature d’Alain Juppé, l’idée de la fermeture du Musée, pour récupérer le local afin d’agrandir l’école des Beaux-Arts attenante a été concrétisée fin 2023. Baptiste Maurin (adjoint au maire chargé du patrimoine et du matrimoine, de la mémoire, de l’éducation artistique et culturelle) explique que « le projet d’extension de l’école des Beaux-Arts a nécessité la récupération de ce local, puisque c’était cohérent de s’appuyer sur les locaux voisins de l’école des Beaux-Arts ».
Fin 2023, la mairie de Bordeaux a donc signé la fermeture du musée. La recherche d’un autre local assez grand pour héberger les 200 tonnes de machines est vite devenue un casse-tête. L’association n’était pas en capacité de payer un loyer, et pour Baptiste Maurin « il y avait une nécessité de verser un loyer » afin de disposer de locaux adaptés. Sans solution de remplacement satisfaisante pour les bénévoles de l’association, « la proposition d’un local situé à Cenon n’était pas réaliste par rapport à nos besoins », la fin était inéluctable. Pour Baptiste Maurin, l’association « était arrivée au bout d’un cycle et il aurait fallu changer le modèle de fonctionnement de l’association pour réinventer un projet ».
Dispersion de la collection
Baptiste Maurin explique avoir sollicité l’avis de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) qui a estimé que rien ne relevait « d’une valeur patrimoniale exceptionnelle pour nécessiter l’intervention des Musées de France ».
Bien que relevant d’un patrimoine de territoire industriel, la recherche d’un musée dédié à l’imprimerie pour pouvoir accueillir la collection de machines est apparue à tous comme la seule solution.
La Mairie a financé le déménagement des tonnes de matériel. Par camions entiers, le musée a été vidé de ses machines en mars 2024. La plus grande partie du matériel est partie au Musée de l’Imprimerie de Malesherbes dans le Loiret, d’autres machines trouveront leur place dans d’autres ateliers.
Quel avenir pour Simonne ?
Dans le bâtiment de l’ancien musée, il reste Simonne et ses 35 tonnes d’acier qui ne sont pas déplaçables.
Fermé depuis plus d’un an, le local est resté en l’état.
Les anciens membres de l’Association s’inquiètent : « la toiture dégradée du bâtiment protège-t-elle toujours Simonne des vicissitudes de la pluie ? »

Baptiste Maurin se veut rassurant : « Nous devons voir comment, avec le futur projet immobilier de l’école des Beaux-Arts, on arrive à conserver Simonne et à l’intégrer dans le futur bâtiment ». Lors des futurs travaux de réaménagement du lieu, Simonne doit avoir, selon l’élu, « une vraie utilité dans une école d’art, permettant l’impression de format exceptionnel. »
Et Baptiste Maurin de conclure « nous chercherons coûte que coûte à l’intégrer dans le projet de l’école et j’espère que nous y arriverons. Et si nous n’y arrivons pas, de toute façon, nous veillerons à ce que ce patrimoine soit transmis comme il se doit. »
« Effectivement, détruire un élément irremplaçable du patrimoine industriel de l’histoire de l’imprimerie typographique serait une décision lourde de conséquence ! » disent en cœur les membres de l’Association.