Depuis 2021, la Ville de Bordeaux a mis en place le dispositif « Demandez Angela* ». L’objectif est de répondre à la sécurisation de l’espace public et au harcèlement de rue. Il s’agit de trouver de l’aide dans des établissements sensibilisés au problème, avec du personnel formé, et tout ça, discrètement. Dispositif à faire connaître autour de nous !
Si vous vous sentez en situation d’insécurité lors d’une marche dans la ville, entrez dans un établissement arborant l’autocollant avec le logo mauve, et demandez « Angela ». Énoncer le nom de cette employée fictive aura pour effet de faire comprendre au personnel que vous avez un souci.
Le dispositif « Demandez Angela » est implémenté à Bordeaux depuis 2021 de façon expérimentale. Il consiste en un réseau solidaire d’établissements qui s’engagent à accueillir toute personne se sentant en situation d’insécurité ou de harcèlement dans l’espace public, quel que soit son âge, son genre ou sa condition.
À ce jour, Bordeaux compte plus de 150 établissements partenaires. Ces établissements disposent d’au-moins un référent pouvant prendre en charge une personne, la mettre en sécurité et l’écouter.
« On a formé plus de 500 personnes »
Sarah Jegou, chargée de mission égalité femmes-hommes à la mairie de Bordeaux, explique les conditions pour devenir partenaire : « Pour être partenaire, il faut être de Bordeaux et remplir un formulaire d’adhésion. On reçoit toutes les demandes des établissements qui souhaitent avoir des informations sur le dispositif “Demandez Angela”. On leur communique le contenu de la charte qu’ils vont devoir signer en guise d’engagement. Ils devront, ainsi que leurs équipes, suivre une formation obligatoire de 3 heures dispensée par le Centre Accueil Consultation Information Sexualité (CACIS). Les établissements s’engagent à avoir en permanence une personne formée sur place, pendant les horaires d’ouverture de leur établissement et doivent communiquer auprès de leurs équipes et du public à propos de leur adhésion. »
Des établissements scolaires ont aussi demandé à être inclus dans le réseau. C’est le cas des lycées Condorcet et Professionnel des Chartrons, avec lesquels la chargée de mission a « dû discuter avec eux sur la faisabilité de laisser entrer des personnes hors système scolaire dans leur établissement. Ils nous ont convaincus et ma direction a accepté leur adhésion au réseau. Ce sont nos seuls lycées partenaires à ce jour ».
Le réseau rencontre une contrainte particulière avec certains établissements, notamment de nuit, dans lesquels le fort turnover oblige à recevoir de fait des formations récurrentes pour le nouveau personnel : « Lors des dernières formations, très souvent un nouvel établissement était représenté. Toutes les autres personnes venaient d’établissements déjà adhérents. On a formé plus de 500 personnes dont des agents et des élus de la Ville. »


Lucie Brethes, animatrice de la formation au CACIS : « Les personnes qui suivent la formation viennent de tous horizons : agents municipaux (musées, bibliothèques, agents d’accueil…etc), Keolis, des commerçants (bars, restaurants, boutiques), membres d’association, etc. La formation, construite en 2021 en coopération avec la Mairie, est dispensée une fois par mois et financée par la municipalité. Elle est gratuite pour les commerçants qui s’y inscrivent. Lors des 3 heures de formation, on explique l’ancrage et la dynamique systémique des discriminations et violences de genre, ainsi que la caractérisation des violences harcèlement sexuel et sexiste (VHSS). Le groupe apprend comment agir lorsqu’il est témoin, car les victimes peuvent avoir des réactions très différentes suivant l’agression qu’elles ont subie. La peur, la sidération, la dissociation, ou la mémoire traumatique peuvent entraîner des conséquences différentes pour chaque personne. Quel sera le protocole de prise en charge adapté au cas qui se présente ? Où et comment accueillir la personne ? Que lui dire ? Que faire ? »
Un dispositif pour des endroits variés
Les documents officiels (logo, flyers, etc.) sont remis à la fin de la formation, développe Maïtena Rey, chargée de mission prévention de la délinquance et de Bordeaux la nuit. Les évaluations sont essentielles : « Nous sommes en lien permanent avec le CACIS pour avoir leur retour d’expérience. On envoie aussi un formulaire aux établissements pour le suivi du dispositif tous les trois mois. Le niveau 2 de formation, tout récent, nous permet de recueillir le retour des situations sur le terrain. Notre focus est d’améliorer constamment le dispositif, d’être au plus près des besoins et de le faire connaître aux Bordelais et Bordelaises, mais aussi aux touristes. Nous avons formé les agents de l’office du tourisme deux fois. » Ces évaluations permettent aussi de savoir « pourquoi le dispositif a été déclenché et non pas le nombre de déclenchements. On est dans le qualitatif, pas le quantitatif ».
Angela a aussi vocation a être appelée lors de grands évènements : « Pendant la Coupe du monde de rugby à Bordeaux, avec l’aide de la Matmut, on a fait former tous les agents de la Ligue Nationale de Rugby de Paris, par une association qui travaille sur la prévention des VHSS. Lors de le fête de la musique, une « safe place » a été organisée pour accueillir des personnes qui ne se sentiraient pas bien dans l’espace public. J’organise une journée de formation par an, pour les acteurs culturels, sur les risques en milieu festif. Pendant cette journée, on leur propose d’adhérer à Demandez Angela et de se former aux VHSS. » Le but est d’essaimer dans les évènements, mais aussi dans les quartiers bordelais.


Les transports étant des endroits sensibles de par la promiscuité des personnes, Transports Bordeaux Métropole (TBM) est LE partenaire phare avec ses 2 000 agents sur le terrain. L’entreprise a mis en place des moyens d’alerte sur son réseau comme des bornes d’appel d’urgence, situées en station, au niveau du distributeur de titres, ainsi qu’à l’intérieur des rames de tramway, au niveau des portes. Vingt rames de tramway, vingt stations de tram, ont des bornes signalisées « Ici demandez Angela », ainsi que l’ensemble du parc de bus du réseau TBM, un numéro de téléphone : Allo TBM 05 57 57 88 88, et un formulaire de signalement. En 2024, 89 personnes ont déclenché le signalement. La formation continue des agents de terrain a été mise en place. Des campagnes de communication internes et des interventions ponctuelles auprès des managers existent. Le réseau de nuit sécurise les déplacements tardifs.



En ce qui concerne le logo du dispositif, chaque ville est libre de créer le sien. Un logo national existe mais étant sorti plus tard que le bordelais. Celui de la capitale girondine, plus attrayant et déjà en circulation, a séduit d’autres villes et Bordeaux le leur a donné. Exemple : Eysines !
Sara et Maïtena regrettent qu’il n’y ait pas de coordination nationale. Elles pensent qu’une application « Demandez Angela » serait vraiment utile et pratique. La difficulté, de même que pour la carte interactive du site, reste la mise à jour des établissements partenaires en temps réel. Un propriétaire d’établissement en difficulté ne va pas avoir la priorité de signaler qu’il n’a plus d’employé formé ou qu’il a cessé son activité. La pire crainte pour elles, c’est qu’un établissement soit toujours dans le réseau, mais sans aucune personne formée sur place.
Des demandes de renseignements de villes et de collectivités de la France entière en plus de celles de la métropole, arrivent à Bordeaux dans leur service. Le mail de contact sur le site du gouvernement ne répond pas… Ceci explique peut être cela !
Les déclarations de violences sexistes et sexuelles sont en baisse à Bordeaux, après des années d’augmentation : 799 en 2023, 738 en 2024 (source : ministère de l’intérieur)
Rappel des lois existantes
Le délit d’outrage sexiste a été créé par la loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, d’abord en tant que contravention de 90 à 750 euros. Son objectif était de réprimander le harcèlement de rue, dont les femmes sont souvent victimes. La loi du 24 janvier 2023 fait de l’outrage sexiste et sexuel aggravé, un délit puni d’une amende maximale de 3 750 euros, et non plus une contravention. Les outrages sans circonstance aggravante sont punis de 1 500 euros.
* Ce nom « Angela » vient de « guardian angel », ange gardien, symbolique de la protection. Ask for Angela est une initiative mise en place au Royaume-Uni en 2016. Le gouvernement français a repris l’idée en 2019, soutenu par l’association Heforshe Cette campagne de solidarité pour l’égalité des sexes est une initiative de l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, ou plus simplement ONU Femmes.