Alber s’expose sans complexe à la vue des bordelais depuis 15 ans. Il est un artiste connu et reconnu aux 4 coins de la France, pour son art de rue urbain et contemporain, bombé à l’aérosol sur les murs. Ses grands portraits essaimés aux 4 coins de Bordeaux, représentés de face, de profil ou de trois-quart, le regard bleu toujours en coin, fixent les passants. Singuliers, expressifs, colorés, ils sont exposés aujourd’hui également dans des galeries.
Ces portraits de femmes et hommes colorés, deviennent la signature d’Alber
Entre espace public et atelier où il travaille sur des petits et moyens formats, sur toiles ou bâches, il joue avec les contrastes et les volumes pour s’intégrer dans ces différentes lieux. « De l’impact visuel avant tout avec toujours ma démarche d’essayer de peindre le plus possible et que ce soit visible » aime-t-il préciser.

Né en 1986 à Tourcoing, Alber s’installe avec ses bombes aérosol dans la région de Bordeaux en 2010. Des quais de Bacalan au port de Bassens, des murs de Bordeaux à ceux du Bouscat, en passant par les friches industrielles, pendant huit ans il travaille comme graphiste, fait ses ébauches le soir chez lui et peint le week-end avec frénésie. « J’aime le côté éphémère et sauvage de la rue, j’adore toujours ‘‘faire un mur’’ précise-t-il. « Je n’aime pas demander l’autorisation. Mon inspiration prend tantôt le visage d’une femme, tantôt celle d’un homme. » Sa signature, elle, reste des aplats de couleurs qui contrastent entre elles et accaparent le regard et pour cela il explique « J’utilise des couleurs chaudes et des couleurs froides qui apportent un relief et une singularité à mes personnages. Avec une vaste palette, je jongle sur la disposition des couleurs. Le volume se crée par le camaïeu. J’utilise souvent du violet, du bleu, puisque ce sont des couleurs assez opaques et plus faciles à travailler».

« Après je laisse la libre interprétation aux gens de se raconter des histoires » poursuit Alber dans un sourire « Je n’ai pas d’idée ou de thème précis, ce qui me plaît c’est l’impact que peut avoir le portrait lorsque tu le découvres en passant dans une rue » poursuit-il. « et je fais toujours des regards en coin, c’est ce qui donne une expressivité particulière à mes personnages. Qui regarde qui ? »
Une vraie appétence pour l’art urbain venant du tag et du graffiti
« Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup dessiner. A l’époque, le mouvement hip-hop me faisait vraiment kiffer et j’ai l’impression que la musique que j’écoutais m’a notamment permis de transformer mon dessin “classique” en tag et en graffiti. » se souvient-il. Il y avait avant tout le plaisir de peindre, l’ivresse de la liberté, les copains avec lesquels il créait. Au début il dessinait des lettres, mais en s’inspirant de certaines personnes autour de lui qui faisaient des personnages, il s’est mit à faire des portraits, un peu “caricaturés”, jusqu’à se concentrer particulièrement sur les visages.

aux contours noirs
« Je peignais quasiment que des hommes, en utilisant de gros contours noirs, ce qui durcissait le regard » poursuit-il « Quand je peignais des femmes, ça pouvait donner un aspect un peu androgyne. Mais aujourd’hui je m’inspire davantage de photos et les lignes sont plus arrondies.

à la bombe aérosol
« Quand je suis à l’extérieur, j’essaye toujours de trouver une ambiance qui me plaît. J’ai toujours une esquisse pour préparer mon travail et quand j’arrive sur un mur, je sais exactement ce que je vais faire et quelles couleurs je vais utiliser car il faut pouvoir aller vite. » ironise-t-il.
Le graffiti s’est embourgeoisé et est devenu tendance.
Les passants sont de plus en plus familiarisés avec ses portraits très colorés, à la fois proches et lointains, œil en coin, avec ses camaïeux étonnants. Depuis quelques années, il a ses entrées dans les galeries comme d’autres grafeurs célèbres. « Mais peindre des toiles a été une étape compliquée » indique-t-il « Difficile pour moi de réaliser un visage sur toile en raison du format différent. C’est dur de se détacher d’une technique. Aujourd’hui j’utilise des pochoirs et l’acrylique qui me permettent de créer des formes petites et propres. »
Alber, personnage mystérieux, traverse les frontières et les cultures, de mur en porte, de toile en palissade, en suscitant toujours un réel enthousiasme. Il garde intacte sa passion pour cet art de rue qui lui donne toujours le même frisson entre clandestinité et reconnaissance.« Peindre où je veux quand je veux et assumer les conséquences. »
Photos : Nicole Landré