L’exposition « Aïta, fragments poétiques d’une scène marocaine » qui se tient jusqu’au 4 janvier 2026, présente une trentaine d’artistes marocains réunis par la commissaire d’exposition Sonia Recasens. L’Aïta, cet art oral ancestral, met en lumière l’inventivité des traditions et l’art de conter et de se raconter au Maroc par les femmes. Le Fifib (Festival International du Film Indépendant) a répondu à ces voix d’artistes aux pratiques multiples, en projetant trois documentaires réalisés par des artistes marocains pour illustrer ces formes de lutte et d’émancipation au Maroc.
À l’origine était l’Aïta, le cri
L’aïta est un des chants populaires les plus écoutés et répandus dans des villes et des campagnes qui militent contre le pouvoir établi.

Cette tradition orale révèle la façon dont les femmes, malgré le poids d’un patriarcat autoritaire, ont su produire un art qui les émancipe d’un rôle imposé, pour s’engager dans la vie culturelle, sociale et politique. Un hommage est rendu à Hadda El Ghaïtia dite Kharboucha, une des plus célèbres chanteuses marocaines, femme simple et analphabète devenue une femme puissante chantant haut et fort la résistance contre le colonialisme qui a marqué le pays et le pouvoir établi. Par la transmission de l’art oratoire de l’Aïta, forme de poésie chantée, elle rassemble les hommes et les femmes à travers les siècles et les régions du Maroc, de la campagne à la ville. Elle transmet par ses formes (contes, poèmes, chants) et ses paroles un message sur les sujets les plus variés de la vie quotidienne. Elle est une mémoire vivante des tribus tissant des liens entre communautés dans un pays riche d’une culture sociale et linguistique aux composantes diverses et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.

Une exposition qui témoigne de la richesse de cette écriture féminine
Les savoirs artisanaux et les pratiques rituelles qui entretiennent ce lien avec l’oralité, menacés de perte et d’oubli, sont entretenus aujourd’hui par des artistes comtemporains. Ceux-ci témoignent de la vitalité de ces expressions culturelles marocaines.
Elle se lit sur la peau des femmes tatouées, sur les textiles, les poteries, les bijoux produits par des femmes. Cette écriture sensorielle donne forme aussi à de fortes images orales, à des tapisseries et des parures picturales.

Des photos de familles présentes dans l’exposition, si lointaines et si proches relatent la vie quotidienne. Elles permettent des explorations plastiques d’artistes contemporains pour se réapproprier leur histoire. Avec un attachement pour cet héritage familial à travers ces œuvres photographiques, mais également des œuvres textiles ou sonores.

Cette oralité permet aux artistes comptemporains d’investir aussi la dimension mystique et spirituelle.
Le Fifib (Festival International du Film Indépendant) a projeté trois documentaires en écho à l’exposition
Parallèlement à cette exposition, la forme du documentaire explore des pratiques croisant un art visuel et le cinéma. Trois réalisateurs examinent, par l’image en mouvement, les tensions entre mémoire, territoire, identité et fiction.

« Galb’Echaouf » de Abdessamad El Montassir. En 2021 le réalisateur filme les paysages du Sahara Occidental et dans le même temps le regard sombre et profond de certains habitants, signes douloureux de la tragédie qui affecte depuis 1975 leur existence. Un long conflit armé, filmé par petites touches dans les paysages et dans les regards, permet au cinéma d’être un hymne à résister à l’oubli.
Siham & Hafida de Meriem Bennani. Célèbres au Maroc, ces deux femmes ne s’étaient jamais rencontrées avant que Meriem Bennani en 2017 ne les filme. Hafida, la plus âgée, chanteuse populaire et célébrée de l’Aïta croise la jeune Siham, dont les chants sont relayés par Internet et les réseaux sociaux. Le documentaire montre la mutation des traditions locales et de leurs modes de transmission dans la modernité.
« In Praise of Slowness » de Hicham Gardaf (éloge de la lenteur). En 2023 le réalisateur filme un vendeur de javel qui marche lentement, courbé sous la charge de ses bouteilles et chante dans la ville de Tanger. La lenteur du pas et du chant exprime que ce métier est en train de disparaître face à un capitalisme exponentiel.
Cette exposition au Frac et ces documentaires du Fifb explorent des modes de résistance au Maroc, notamment portés par des femmes.