Durant l’été 2025 Cap Sciences a présenté Lascaux, l’exposition internationale. Au Paléolithique, les Hommes ont gravé et peint sur les parois des grottes. L’art rupestre a traversé les millénaires jusqu’à nous. Au XXIe siècle à Bordeaux, les graffeurs laissent aussi des traces sur les murs urbains. Les techniques ont évolué mais les intentions sont-elles restées les mêmes ? La pérennité des œuvres est-elle comparable ?
La grande exposition internationale Lascaux
Après une tournée mondiale de 10 ans et 2 ans de refonte à Montignac, l’exposition Lascaux III a ouvert ses portes cet été à Cap Sciences, Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle (CCSTI), situé au hangar 20, quai de Bacalan. Cette exposition renouvelée et augmentée d’une expérience immersive repart en tournée internationale.


Les visiteurs ont eu l’opportunité de découvrir une salle de 25 mètres de développé de paroi, emblématique de la grotte.


La légendaire salle des Taureaux a suscité un choc artistique mondial. Elle est la plus monumentale, la plus puissante, mais aussi la plus énigmatique des peintures pariétales paléolithiques connues à ce jour.



Les Bordelais, les Bordelaises et les touristes ont été nombreux à visiter cette exposition avant qu’elle ne reparte. Tous ceux qui aiment l’art, de la période préhistorique à nos jours, ont sous les yeux, dès qu’ils sortent de Cap Sciences, d’autres visuels qui contribuent à la réputation de notre ville.
Le street art bordelais
Dans de nombreux sites de la capitale girondine, les regards sont attirés par des fresques murales réalisées par des street artistes de grande renommée.





18 000 ans après leurs « collègues » du Paléolithique, A-Mo – Selor – MonkeyBird signent des œuvres d’inspiration animalière. On y voit une corrélation qui émerveille et stimule la réflexion.
De quelles manières les peintures rupestres et les graffitis sont-ils similaires et/ou différents en tant que formes d’expression symbolique ?
Clés de comparaison entre les deux périodes
Les supports
Alors que l’art rupestre est localisé principalement sur les parois des grottes, le street art s’affiche sur les murs, les trains, les métros.
Le médium*
Les Hommes du Paléolithique utilisent des pigments naturels, charbons de bois et ocres, tandis que les tagueurs se sont approprié les bombes de peintures synthétiques aux odeurs si prégnantes.
Techniques et outils
Plus élémentaires, les techniques des premiers artistes se cantonnent à des couleurs soufflées à la bouche, des empreintes de mains, des gravures avec des outils pointus, tranchants ou des dessins au charbon de bois. Les street artistes diversifient leur pratique avec les bombes aérosol, les marqueurs, les pochoirs, les pinceaux et les rouleaux.
Thèmes représentés
Essentiellement des animaux, rarement l’Homme, et des signes abstraits inspirent les artistes du Paléolithique alors que les tagueurs contemporains représentent des formes diverses, des figures, des écrits et des signatures.
Le défi de la conservation des œuvres
Les œuvres de la grotte de Lascaux sont datées de 15 à 18 millénaires… ce n’est qu’au siècle dernier que leurs inventeurs** Marcel, Jacques, Simon et Georges, âgés de 13 à 17 ans, les ont découvertes, de manière fortuite, le 12 septembre 1940. N’oublions pas le chien Robot qui est à l’origine de la découverte !
Ils ont suivi l’histoire de la grotte jusqu’à sa fermeture en 1963. La qualité des œuvres découvertes, tant dans leur inspiration que dans l’état de leur conservation, suscite l’intérêt. Les conditions environnementales de la grotte expliquent la résistance à l’outrage des ans.
La lumière naturelle ou artificielle surtout, est à l’origine du développement des plantes pionnières, mousses et lichens, dégradantes pour leur support. Le surtourisme produit un excès de dioxyde de carbone dans une atmosphère confinée. L’air acidifié produit l’érosion des roches, support des pigments naturels.
En 1983 est créé Lascaux II, fac-similé partiel de la grotte. Il est situé à quelques mètres de la grotte originale. 80% des peintures sont reproduites.
En 2010 Lascaux III devient l’exposition internationale itinérante, celle qui est présentée à Cap Sciences après avoir été remodelée.
En 2016, Lascaux IV, copie de l’entièreté de la grotte de Lascaux devient le Centre International de l’Art Pariétal. Elle est abritée dans le bâtiment semi-enterré au pied de la colline de Lascaux, près de Montignac, au cœur de la vallée de la Vézère. Elle enrichit l’expérience de la visite.
Alors que l’art rupestre était créé dans des espaces sombres et confinés, favorisant leur protection, le street art est une forme d’expression dans l’espace public, destinée à être vue par un public plus large. C’est un art éphémère : soumises aux intempéries, les fresques peuvent être dégradées ou recouvertes. Cet art clandestin n’est pas sans risque pénal pour leurs auteurs. La société, ces dernières décennies, a beaucoup évolué et porte un regard reconnaissant aux street artistes. Ceux-ci sont sollicités par des collectivités locales soucieuses d’embellir des murs trop ternes. À l’exemple du restaurant Ganache dans la rue Saint Rémi, les fresques d’A-Mo deviennent des éléments du décor.

En mars 2025 Selor a pu investir, au bonheur des nombreux visiteurs, la galerie de l’espace Saint Rémi pour fêter les 10 ans de son Mimil.


Les œuvres de street artistes franchissent maintenant les portes des galeries d’art, valorisées par des mécènes, tel Bernard Magrez à Bordeaux. A-MO est de retour à l’Institut Culturel Bernard Magrez. C’est avec son exposition « Essentiel » que le Street Artiste revient déployer son bestiaire urbain au sein des murs du Pavillon de la Boétie, du 27 mai au 29 octobre 2023.


Ces deux formes d’art servent à véhiculer des idées. Si l’art rupestre offre un aperçu précieux de la culture et des croyances humaines primitives, le street art continue de remettre en question les normes sociales et politiques et offre une plateforme d’expression artistique dans l’espace public. Ces deux disciplines sont importantes et méritent d’être explorées par tous ceux qui sont intéressés par la diversité de la créativité humaine.
Pour en savoir plus
https://www.bordeaux-tourisme.com/ville-patrimoine/street-art
* Médium
Dans le domaine des beaux-arts, le terme ” médium ” désigne toute substance ajoutée à la peinture ou à la surface pour en modifier les caractéristiques. Les médiums jouent un rôle crucial en influençant la texture, le temps de séchage, la finition et la durabilité. Un outil peut parfois être aussi médium : craies, crayons, feutres, fusains, pastels,…
**Inventeur
L’acception la plus courante de ce mot est « celui ou celle qui invente, qui imagine quelque chose de nouveau ». C’est une personne qui est la première à avoir l’idée d’un nouvel objet, produit, processus, concept ou d’une nouvelle technique.
Sa deuxième acception vient du langage administratif (nous dit le Trésor de la langue française) ou du droit (nous dit Le Robert). Elle est la suivante : « Personne qui trouve, qui découvre quelque chose, en particulier un trésor. »
Dans le cas particulier de la découverte d’une chose enfouie dans le sol ou sous une étendue d’eau, l’inventeur de cette chose est la personne qui en a fait la découverte. (Wikipédia)
Inventeur devient donc synonyme de découvreur : on parle du ou des inventeur(s) et de l’invention d’une grotte ou d’un trésor.
La racine latine invenire, au sens de « trouver » est ici explicite.