Des Bordelais écrivent et dessinent sur Bordeaux ! Bordelais de souche ou d’adoption, leurs ouvrages nous montrent la ville sous différents aspects. Une petite série pour “lire Bordeaux” autrement !
La nuit au cœur
Nathacha Appanah, née en 1973 à Mahébourg, est une journaliste et auteure mauricienne. Elle a obtenu le prix Femina, le prix Renaudot des lycéens et le prix Goncourt des lycéens en 2025 pour son roman La Nuit au cœur.

La nuit au cœur mélange trois histoires de femmes, victimes de la violence de leur compagnon, meurtries au plus profond de leur corps et de leur cœur. À travers ces récits, l’auteure interroge sans relâche, avec lucidité et humilité, le mécanisme du fémicide : comment en arrive-t-on à accepter l’inacceptable ? Et pourquoi accepte-t-on, durant de longues années, d’être humiliée, soumise, brutalisée, violée par l’homme qui prétend vous aimer ?

Nathacha, Emma, Chahinez Daoud, trois destins de femmes, qui ont été, d’abord, détruites physiquement et psychologiquement, avant l’irréparable… Une d’entre elles survivra, Nathacha, l’auteure. Emma décédera en 2000, tuée par son mari, ce dernier roulera en voiture plusieurs fois sur son corps. En 2021, Chahinez décédera, battue et immolée, en pleine journée à Mérignac.

Invitée à Bordeaux par la librairie La Machine à Lire, Nathacha Appanah commence par expliquer que « ce livre parle des choix des personnes », puis elle précise « je n’écris pas sur la violence, j’écris sur l’injustice ».
Elle revendique son travail de romancière, « le temps des médias est celui de l’immédiateté, de l’émotion, sans recul. Le récit immédiat fait disparaître le récit de la vie des victimes, de la banalité heureuse de la vie ».

Décortiquant les mécanismes de l’emprise, « mes personnages essaient de s’extraire de la violence… malgré l’inexorabilité du destin ». Elle livre une analyse froide et sans concession.
Et pour finir, elle parle avec beaucoup d’humanité de l’indicible, « le corps est un lieu de possession … ce sont des crimes de punition pour faire disparaître le visage et le corps ».
Trois histoires au-delà de l’inimaginable, de l’impensable.
137 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en 2024. Un chiffre qui malheureusement ne baisse pas.

Et pour nous, aquitains, l’histoire de Chahinez Daoud raisonne particulièrement fort.

Une grande écrivaine. Un grand livre, couronné à juste titre de nombreux prix.


