Les petites places de Bordeaux – 6 – la place Fernand – Lafargue

Les petites places font le charme d’une ville mais ne sont pas toujours connues, cette série permet d’aller à leur rencontre et de découvrir des coins cachés de Bordeaux.

À deux pas du cours Alsace Lorraine, la place Fernand-Lafargue est quadrillée par les rues du Pas St Georges, St James, des Ayres et Ste Colombe. De forme carrée, elle est entourée d’élégants immeubles en pierre de taille de trois ou quatre étages et ses nombreux bars et restaurants lui donnent une ambiance festive et branchée. On est sur le tracé du Chemin de St Jacques de Compostelle comme l’indique le symbole de la coquille sur la plaque bleue portant le nom de la place.

Jusqu’en 2008, c’était un parking bondé où l’on avait du mal à garer sa voiture. Les travaux engagés par la municipalité ont complètement changé sa physionomie. Elle devient piétonne et se transforme en un lieu très convivial. À la fin des travaux de rénovation, une fontaine en bronze de forme épurée est installée, c’est l’œuvre des architectes Samira Aït-Mehdi et de son mari Sylvain Latizeau qui voulaient un objet qui se patine au fil du temps et des usages.

L’Apollo bar emblématique de la place

Pas sûr que les consommateurs assis en terrasse connaissent la sombre histoire de cette place animée. Savent-ils qu’au Moyen-Âge, le pilori se dressait là? C’était d’abord un simple poteau qui se perfectionne avec une tour hexagonale qui abritait un système de roue. Le bourreau, appelé aussi Le Roy des Arlots, y officiait car il avait autorité pour faire appliquer les châtiments. Ceux-ci, du supplice de la roue aux brûlures, étaient appliqués aux voleurs et aux coupables d’adultère. Les séances étaient publiques. Le gibet qui servait aux exécutions se trouvait plus loin, place de l’Ombrière, l’actuelle place du Palais.

Mais cette place a heureusement connu une fonction plus riante avec un marché renommé à l’époque médiévale « lou grand mercat » qui se perpétue jusqu’au 18° siècle. Il a d’ailleurs donné son nom à la place avant qu’elle ne s’appelle Fernand-Lafargue. C’était l’un des plus importants marchés de Bordeaux grâce au Peugue, qui coulait tout près et à la proximité du quartier St Eloi. On y trouvait toutes sortes de marchandises, on y vendait aussi du bétail et du poisson dans une halle couverte.

Mais qui était Fernand Lafargue qui a donné son nom à la place ? Né à Bordeaux en février 1856 de parents négociants, il fait des études classiques puis entre à la fac de Droit, mais se sent plus attiré par la littérature et le journalisme. Il quitte Bordeaux pour Paris et entame une carrière littéraire, plusieurs de ses romans sont publiés sous forme de feuilletons puis il se spécialise dans les romans de mœurs, mais aucun d’eux ne passe vraiment à la postérité. Il est tout de même admis à la Société des Gens de Lettres sous la présidence d’Émile Zola. L’action de son roman le plus connu L’hostie se déroule dans la mercerie familiale bordelaise. Quand la gloire semble enfin lui sourire, il tombe malade et meurt à Talence en 1903, il a 47 ans. Son buste, réalisé par le sculpteur bordelais Rispl est exposé au Jardin public, il est entouré de personnages de ses romans : le berger landais et la vendangeuse du Médoc.

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