Derrière la démolition de la barre D de la cité de la Benauge, des visages et des paroles

Publié par

La barre D de la Cité Blanche de Bordeaux-Bastide est en fin de démolition. Chaque jour d’anciens résidents passent observer et photographier l’avancée des travaux.

Construite vers 1959 et rénovée une seule fois, cette barre de logement locatif de la « Cité Benauge Extension » s’étendait du 9 au 17 rue Recteur Thamin. Au total : 34 mètres de haut, 140 mètres de long, cinq entrées, 160 logements. La démolition de cette barre vieillissante, presque insalubre, devenait inéluctable. Ce geste clef de la rénovation urbaine est maintenant mené dans ce quartier bordelais de la rive droite par l’Agence pour la Rénovation Urbaine (ANRU)*.

Nostalgie et souvenirs

Ce vendredi matin de fin novembre le temps est beau. Il est propice aux photographies sur le chantier de démolition. C’est l’activité que pratiquent cinq à six personnes qui viennent observer l’avancée des travaux et le mouvement des engins de chantier. Ce sont pour la plupart d’anciens résidents de cette barre de logements. Certains habitent encore le quartier. Isabelle qui ne veut pas, ne peut pas parler, est très émue. Elle n’était pas encore retournée sur ces lieux depuis le début de l’intervention. Bien qu’elle ait quitté l’immeuble il y a plusieurs années, elle reste visiblement touchée. Elle ne peut qu’indiquer d’un geste court un espace maintenant vide avec un murmure, « C’est là que j’habitais. Il n’y a plus rien, que du ciel et des gravats ». Patrick, lui, est plus disert. Il y a résidé de 1962 à 1987. Arrivé à l’âge de cinq ans, avec ses parents, rapatriés d’Afrique du Nord. «C’était le cas de bien des gens de l’immeuble » dit-il. Il y est resté vingt-cinq ans avant de s’installer, propriétaire, dans le quartier voisin. Un peu nostalgique bien sûr. Cette démolition fait remonter des souvenirs d’enfance et d’adolescence. « Nous jouions au ballon sous le porche qui vient d’être démoli. Tout résonnait. On faisait un bruit ! Au grand dam des voisins du dessus ». Des copains, des visages, ses parents aussi sont évoqués : « Et les parties de pétanque de mon père dans le parc… À l’entrée 4 jusqu’en 1970, habitait André Chorda, arrière des Girondins de Bordeaux et de l’équipe de France ! » m’assure-t-il enfin. Reste encore debout une partie de l’entrée 5. « Mon ancien appartement est toujours là, ses jours sont comptés et dans le fond c’est bien ainsi. Il faut aller de l’avant. Il est nécessaire de rénover le quartier. D’ouvrir cette cité vers Pinçon**. Rien n’effacera les souvenirs. Ils resteront malgré tout », conclut-il. Il ne reste que quelques jours à ces nostalgiques pour apercevoir encore une toute petite partie des murs debout. Puis après le déblaiement cette « Cité Blanche » va commencer à s’ouvrir sur le reste du quartier. Transformation en forme de renouveau. Attendu.

*Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) : établissement public à caractère industriel et commercial créé par l’article 10 de la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine  pour d’assurer la mise en œuvre et le financement du Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU). https://www.anru.fr

** Cité Pinçon, Bordeaux-Bastide (Aquitanis)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s