Interview d’Annick Descas auteure du « Dictionnaire des rues de Bordeaux »

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Jusqu’à une période relativement récente, le sens ou l’origine des noms des rues ne semblait pas vraiment intéresser le public en dehors de quelques érudits, des curieux ou des spécialistes. Les plaques de rues ne représentaient que des panneaux indicateurs. Depuis le développement du tourisme, progressivement, elles ont fait partie du patrimoine culturel et historique de Bordeaux apprécié et développé par les guides professionnels. C’est dans cette perspective que Annick Descas, historienne de l’art et guide professionnelle a eu l’idée d’écrire le « Dictionnaire des rues de Bordeaux ».

Quel était votre objectif en écrivant le « Dictionnaire des rues de Bordeaux » ?

Annick Descas : Après des études en histoire de l’art, j’ai obtenu le diplôme de guide conférencière. Je trouvais que c’était un moyen vivant de partager mes connaissances avec le public. Devant leurs questions récurrentes sur les noms des rues, j’ai commencé à faire des recherches spécifiques pour y répondre avec précision. Ayant vite constaté qu’il n’existait aucun ouvrage en la matière en dehors d’un recueil très incomplet et ancien (1970) de Roger Galy alors journaliste pour Sud Ouest, l’idée m’est venu de créer un document clair, complet et simple. L’objectif était de créer un ouvrage accessible au plus grand nombre tant dans sa forme que dans le fond, ce qui a déterminé mon choix d’un « dictionnaire » alphabétique .

Combien de temps vous a-t-il fallu ?

A.D : Il m’a fallu 2 ans et demi ! C’est un travail considérable, les recherches sont longues, difficiles, pleines de pièges et d’impasses à surmonter. Elles exigent beaucoup de patience, d’organisation, beaucoup de temps de lecture aux archives, dans les bibliothèques, trouver les bons contacts, rédiger des kilomètres de notes qu’il faut classer, répertorier… Puis vient le temps de la rédaction, de ces choix difficiles pour rester dans des définitions à la fois simples et complètes, respecter des équilibres dans les longueurs des textes, développer des méthodes rigoureuses de contrôle d’informations… À certaines époques, il n’y avait pas de procédures réglementées, ce qui complique les démarches quelquefois sans issue. Parfois des fausses informations brouillent les pistes , ce qui oblige une grande attention par exemple la rue du loup où les loups n’ont rien à voir dans l’affaire. Parfois l’histoire est si dense qu’il faudrait presque faire un livre sur un nom. Par exemple, la place Gambetta appelée place Dauphine en 1770, devient place Nationale en 1790, on y installe même la guillotine, elle redevient place Dauphine en 1811, place du roi de Rome en 1814, à nouveau place Dauphine. Enfin, le 16 janvier 1883, le conseil municipale opte pour Gambetta.

Qu’est-ce qui vous a le plus passionné ?

A.D. : L’histoire de Bordeaux est tellement riche d’événements qu’il est exaltant de la revisiter dans le détail des noms de rues, places et autres avenues ou bâtiments qu’elle a laissés à la postérité. Exaltant également de découvrir la « petite histoire », celle qui ne figure dans aucun livre celle de personnages hors du commun, comme Maurice Lanoire (1880-1979), grand avocat de Bordeaux, écrivain. Ou encore Léon Duguit (1859-1928), avocat titulaire de la chaire de droit constitutionnel comparé qui fait toujours référence grâce à son traité en 5 volumes. J’ai envie de citer aussi Pierre Duhem (1861-1916), agrégé de sciences physiques et docteur en mathématiques, professeur de physique théorique à la faculté de Bordeaux en 1895, considéré comme « l’une des plus vastes intelligence du siècle ». Quel bonheur d’évoquer des personnages oubliés ou tout simplement inconnus dont la vie s’est révélée être un véritable roman, c’est le cas de Theresia Cabarus (1773-1851) peut être plus connu sous le nom de Madame Tallien, son mari, chef de la convention à Bordeaux, échappant 2 fois à la guillotine rebondissant toujours du bon côté. Écrire l’histoire des noms de rues, c’est aussi se souvenir des maudits de la république dont le nom a été supprimé et remplacé comme le cours du maréchal Pétain devenue en 1944 cours de la libération. C’est aussi voir défiler l’histoire !

Un commentaire

  1. Article très intéressant sur les rues de Bordeaux ! Je me suis souvent interrogé sur les noms des rues, sur l’origine des appellations, sur l’identité des personnages ….J’ai souvent consulté mon smartphone pour me renseigner sur la vie de ces illustres personnes. Merci Yannick pour cet article qui a su réveiller un peu plus ma curiosité !

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