Vivre dans la modernité dans les quartiers modernes

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Les quartiers modernes de Pessac vont bientôt connaître leur centenaire. Des décennies de vies se sont donc succédées et ont composé avec l’œuvre expérimentale de Le Corbusier.

La révolution industrielle au 19ème siècle est accompagnée par l’émergence de nouveaux modèles sociaux et culturels qui influencent la construction et l’urbanisme. Ainsi, une société relevant de la tradition, découvre en matière d’habitat, une offre conceptuelle liée aux avancées de l’art (impressionnisme, cubisme).

« Changer le monde »

Les bâtisseurs avant-gardistes profitent également des découvertes technologiques pour penser et imposer une organisation de la vie. À Pessac, Le Corbusier conçoit des espaces qui correspondent à une occupation précise pour « l’homme nouveau »: méditation, conversation, lecture. Mr Zozor (chargé de mission pour la gestion de la cité Frugès-Le Corbusier) préfère qualifier ce programme « de programme philosophique plutôt qu’idéologique « .

L’architecte ne laisse aucune place à l’improvisation; parmi les innovations d’un bâtiment moderne figure, par exemple, la fenêtre bandeau qui libère le regard, ainsi « dans la chambre, le lit a un emplacement précis qui s’ouvre sur les étoiles« , fait remarquer la médiatrice des quartiers modernes. Le mobilier lui-même, est étudié. L’influence picturale se manifeste dans le choix des couleurs: « Les couleurs sélectionnées par Le Corbusier et Henri Frugès sont au nombre de quatre: vert anglais pâle, bleu outremer clair, terre d’ombre et le blanc » complète Mr Zozor.

De l’espace de géométrie au lieu

Les premiers habitants de la cité vont apprécier les éléments de confort matériel qui leur sont proposés (voir article, La cité Frugès va fêter son centenaire) mais ils sont moins sensibles aux espaces dédiés à des occupations qui ne sont pas les leurs. Comment apprécier un toit-terrasse ou un solarium quand il est difficile de loger une famille nombreuse dans une maison qui ne dispose que de deux chambres ? Comment ranger objets utiles et futiles quand cette fonction s’oppose au purisme de Le Corbusier ?

Propriétaires et locataires vont rapidement adapter les espaces vides à leurs besoins, occulter les ouvertures pour lutter contre le froid et les infiltrations d’eau. Dans le documentaire de Jean-Marie Bertineau, Colette témoigne « qu’elle a dû créer un accueil pour son père en situation de handicap. » Même les propriétaires les plus respectueux des thèses de l’architecte apportent des modifications à leurs habitations. Ainsi se construit un espace de traces et de mémoires qui participe à la définition d’un lieu*.

La notion de lieu est aujourd’hui remise en cause par la reconnaissance de la valeur patrimoniale des quartiers modernes qui impose leur conservation dans leur forme originelle. La sanctuarisation de l’œuvre pourrait avoir une autre conséquence, l’abandon d’un pilier du mouvement moderne: le mouvement lui-même.

Références :

Photo en-tête: LC4 chaise longue 1924

Documentaire de Jean-Marie Bertineau. https://youtu.be/QphgpkVbrWQ

* Anne Cauquelin « Le site et le paysage »

Cité Frugès : https://www.pessac.fr/a-decouvrir/tourisme-patrimoine/cite-fruges-le-corbusier-539.html

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