Au cœur de la gare de Ségur

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La première gare de Bordeaux, celle de Ségur, construite dans le première moitié du XIXème siècle a disparu. Malgré quelques traces et sa réputation auprès des spécialistes, elle est oubliée depuis longtemps pour la plupart des Bordelais.

Le 9 mars 2016, il y a six ans, Lucien Chanuc, 99 ans, décédait dans le Médoc. Érudit bien identifié des amateurs d’histoire des chemins de fer régionaux, féru des modes de transport et de déplacements anciens, Lucien Chanuc a publié plusieurs ouvrages*. Il y a cinquante ans déjà, il précisait en connaisseur : « Au milieu du XIXème siècle Bordeaux a eu sa première gare : la gare de Ségur. Les chemins de fer se développent depuis 1823 en France et c’est là une des premières véritables gares. Ouverte le 6 juillet 1847. Elle sera désaffectée rapidement au trafic voyageur le 27 mai 1855. Elle relie Bordeaux à La Teste, 52 km, 20 stations et 2 h de voyage. Peu de Bordelais en gardent le souvenir ». Rien de plus normal finalement puisque cette gare a eu une durée de vie si courte, et bien éloignée dans le temps.

Des traces restent dans l’urbanisme local

Construite par la Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à La Teste. « Une belle halle voyageurs couverte. Des bâtiments d’entrepôts et d’ateliers. Deux quais en hauteur mis de niveau pour l’accès aux voitures.  Elle s’élève à peu près à l’angle des rues actuelles de Pessac et des Treuils et jusqu’à la rue de Ségur. C’était encore la pleine campagne à cette époque**. Un omnibus à traction hippomobile reliait cette gare au centre-ville » précisait Lucien Chanuc. « Il en reste des vestiges. Notamment ceux de la halle, en lisière de la caserne Boudet ». Des opérations immobilières et les restructurations du secteur de la caserne Boudet ont rasé ces reliquats dans les années 2000. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une très modeste trace de pilier accompagnée d’une plaque dans un parking résidentiel fermé au public (photo d’en-tête).

Les vestiges se retrouvent essentiellement dans l’impact du tracé de ses voies qui dessine l’urbanisme du quartier dans la commune voisine de Talence. L’immobilier s’est organisé autour d’elles depuis les boulevards de Bordeaux jusqu’à proximité de la gare La Médoquine d’où partent toujours les voies actuelles vers La Teste et Arcachon. Au travers des rues Emile Zola, chemin des Anciens Talus et Avenue Paul Bert de Talence.

Développer commerce et tourisme

D’après l’érudit, « le chemin de fer de La Teste permet un meilleur achalandage de Bordeaux en marchandises : bois, résine, produits de la forêt et de la mer, huîtres, poissons. Ségur est aussi une gare modèle pour les voyageurs, dont les tout premiers touristes et baigneurs. Ils sont abrités, mis à couvert pour prendre le train, ce qui reste exceptionnel pour l’époque».  La faillite de la compagnie, son rachat par la Compagnie des chemins de fer du Midi et du Canal latéral à la Garonne des frères Péreire, puis la construction d’une voie ferrée entre les gares Bordeaux Saint-Jean et Talence la Médoquine ont prématurément sonné le glas de cet équipement.

Bordeaux a connu plusieurs gares

Ce XIXème siècle a été une période foisonnante pour les chemins de fer. Comme beaucoup de grandes villes, outre celle de Ségur, Bordeaux a connu plusieurs gares de plusieurs compagnies différentes avant le regroupement sous la bannière SNCF. 1852, Bastide-Orléans, aujourd’hui complexe cinématographique. Années 1860, Brienne annexe de Saint-Jean quai de Paludate préfigurant le MIN***.1868, du Médoc (Saint-Louis) quartier Ravezies fermée en 2012. De 1873 à 1892, Bordeaux-Passerelle (Chemin de fer de La Sauve) rive droite au pied de la passerelle Eiffel. 1873, Bastide État (Deschamps), elle a laissé place, entre autres, à la caserne des pompiers de la Benauge. 1892 à 2007, Bordeaux-Benauge simple station rive droite. De 1897 à 1935 gare du tramway de Cadillac adossée à la gare d’État.

Sans oublier la principale gare de la ville, Saint-Jean ouverte le 27 mai 1855 et terminée en 1898. Dès cette année-là, elle permet la réception de trains de grande longueur. C’est donc elle, tête de ligne et seule gare voyageurs qui finalement perdure aujourd’hui. Et elle a tout connu : tractions à vapeur, diesel puis électrique jusqu’à accueillir désormais les Trains à Grande Vitesse. Pourtant, ce n’était pas joué, L. Chanuc le souligne « l’emplacement de cette gare a, en effet, très longtemps été considéré comme provisoire »****. 

Éric

* L’automobile à Bordeaux de 1890 à 1930 (Éd. Ferret 1979) – Bordeaux à l’heure américaine 1917 – 1919 (Éd. Bordeaux archives municipales 1984) – L’extraordinaire réseau ferré des landes de Gascogne, Compagnie du chemin de fer du Médoc, Chemin de fer d’intérêt local de Nizan (Éd. du Cabri 1987) – Camions : chroniques d’un siècle (Éd. MDM 1994) – Routières, camions et omnibus à vapeur (Éd. de l’Ormet 1995) – Ces étonnants véhicules à vapeur (Éd. de l’Ormet 2001) – Les trains du Médoc (Éd. Cabri 2005, avec Patrice Durbain).

** La construction des boulevards de Bordeaux ne commence qu’en 1853.

*** Marché d’Intérêt National

**** « La vie du rail » n° 1377.

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