Au lendemain de la disparition brutale le 25 mai 2023 de l’auteur, compositeur, interprète Jean-Louis Bergheaud dit Murat, il naît dans l’industrie musicale un «Sentiment nouveau» ( 1991), le regret d’avoir trop longtemps fait «silence radio» (Le train bleu 1997). En ce moment particulier, le livre se referme sur la 4ème de couverture, où il est écrit « Tout est dit» (1993).
JL Murat ne compose pas pour divertir, la nécessité lui commande de faire vivre la langue française. Chemin difficile confie-t-il en interview à Qobuz « Parce que la langue française doit être un peu utilisée par des sorciers pour lui faire cracher le feu …La langue française, il faut que tu souffles dedans un peu de métaphysique ou d’étrangeté». Il considère que la langue anglo-saxonne présente l’avantage d’être plus prompte à adopter «le cours ordinaire des choses» (2009).
Saisir le monde à bras le corps
Sonder le monde par le corps permet une approche intuitive des choses. «Relier mon être au monde – Par ton chignon dénoué» (Dans la direction du Crest 2014); «Amant de la terre – Noble ami des bois – Je m’applique la loi» (Ami, amour, amant 2000). Murat chante un attachement viscéral aux prairies d’Orcival, aux troupeaux, aux faneurs et aux « mille myosotis bavards » (Le chant du coucou 2019). L’artiste qui pédale au pied des volcans se surprend à donner ainsi naissance à de nouvelles lignes mélodiques. Une mélodie de Murat embaume « Les choses vues – Qui nous ont plu», (L’éphémère 1991), il s’y mêle la rythmique des mots. Les sonorités qui planent de la Dordogne à l’Amérique de Dylan en passant par la taïga deviennent plus nerveuses en concert. Pour entrer dans l’œuvre de Murat, il faut « soulever la mantille » (Polly Jean 2000), son écriture reste à déchiffrer, elle est nourrie par la culture, la philosophie et l’intimité de son histoire. Il dessine des images : Mustang (2000) n’évoque pas un cheval mais l’aliénation du peuple d’un territoire Népalais, le Mustang: «Au Mustang interdit – Hauts les cœurs – V’là la vie». Mais est-il besoin de comprendre un mystère ? La séduction d’un fragment qui sonne bien suffit :«La même momie mentalement» (Vénus 1993). Avant de définir «une figure de style» (L’infidèle 1991) à propos de Murat, il convient de distinguer les propos du trublion de son œuvre ambitieuse qui donne à saisir un univers musical et poétique où circule le flux d’une longue Histoire que l’auteur arrête aux portes de la modernité. «Le venin qui me fait – Me condamne au passé» (Caillou 2006) ou « Dans ce monde moderne – Je ne suis pas chez moi» (Le fier amant de la terre 2000). Avec audace, il fait revivre l’écriture oubliée : celle de la poétesse du XVIIème Mme Deshoulières (2001, avec I.Huppert), celle du chansonnier du XIXème Pierre-Jean Béranger (1829 en 2005). Les clarines sonnent aussi la fin des amours et de la vie, l’œuvre de Jean-Louis Murat (24 albums) traverse désamours et cimetières. L’album Morituri (2016) est enregistré avec en bruit de fond les attentats parisiens de novembre 2015. La mort des autres, omniprésente dans la discographie de l’artiste, porte la conscience de sa propre fin. «Dernier soupir – À la fuite du bonheur» (accueille-moi paysage 2006).
Avertissement:
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Le site où trouver les textes : https://www.paroles.net/jean-louis-murat








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