En cette année particulière qui voit le CAPC célébrer son 50ème anniversaire, le centre présente jusqu’au 28 avril 2024 une exposition consacrée à Jean Sabrier, artiste bordelais «injustement méconnu». Entrant dans le champ de la politique culturelle de proximité, cet événement intitulé «Ce qu’on ne voit pas» est labellisé exposition d’intérêt national par le ministère de la Culture.
Né à Cestas en 1951 (décédé en 2020), Jean Sabrier fait très jeune des rencontres qui vont déterminer sa trajectoire artistique. Suivant un parcours initiatique qui débute par la peinture, il va ensuite s’intéresser au surréalisme, à la poésie, à la littérature et à celui qui a eu une influence majeure sur l’art contemporain, Marcel Duchamp. Jean Sabrier va lui aussi mener des recherches sur la perception optique; dans la feuille de salle il est relevé que «féru de mathématiques, il s’intéresse aux anamorphoses*, aux anaglyphes **, aux cas particuliers de la géométrie qui trouvent leur aboutissement dans des œuvres-maquettes jouant avec la lumière, l’espace et les ombres portées».
Du Quattrocento…
La philosophie de l’art retient qu’un mouvement artistique contredit ou prolonge les précédents; Jean Sabrier appartient plutôt à cette seconde intention. Ses préoccupations sont très proches de celles des artistes de la renaissance et de celles des artistes contemporains, parmi elles : la perspective. Jean Sabrier reprend un élément récurrent dans la peinture de Paolo Uccello (1397-1475), le mazzocchio; il s’agit d’une coiffe florentine de forme torique, constituée de multiples facettes qui a fait l’objet de recherches savantes sur les techniques de la représentation. Le mazzocchio est très présent dans l’œuvre de Jean Sabrier, avec une expérience étonnante «cristal liquide -1982» qui sublime***un mazzocchio de glace.
…à l’art contemporain
Dans un documentaire de Sacha Béraud, Jean Sabrier explique qu’il y a dans son travail beaucoup de similitudes avec les réalisations de Marcel Duchamp qui l’ont amené «à illustrer une note de Duchamp et en particulier une que j’aimais beaucoup et que je ne comprenais pas; papier creux : intervalle infra mince sans que pour cela il y ait de feuille». Une note «qui dit des choses incompréhensibles» et qui rappelle l’esprit «dada » dans son refus des conventions. Jean Sabrier intègre dans ses animations des «ready made » de Duchamp comme l’urinoir et la roue de bicyclette. Les titres de ses propres réalisations sont également énigmatiques, «Hypostase de mazzocchio coiffant l’éclaboussure, 2011» ou «Broyeuse de Chocolat à l’ombre des Témoins Oculistes, 2010», une façon de mettre en mouvement un message mental qui raconte «Ce qu’on ne voit pas»
Informations :
CAPC musée d’art contemporain 7, rue Ferrère, 33000 Bordeaux
Site internet: http://www.capc-bordeaux.fr/
*les anamorphoses sont des images déformées
**les anaglyphes sont des images qui permettent de voir en relief avec des lunettes aux verres colorés.
***sublimation en physique, passage d’un corps de l’état solide à l’état gazeux sans passage par l’état liquide.