Dé-tenues chics

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Pendant les travaux liés à sa rénovation, le Musée des Arts décoratifs et du Design présente jusqu’au 12.05.2024 à la salle capitulaire Mably de Bordeaux, l’exposition d’une soixantaine de portraits « Détenues » de la photographe Bettina Rheims. Les portraits présentés ont été réalisés entre septembre et novembre 2014 en milieu carcéral.

Connue pour ses portraits de célébrités (Catherine Deneuve, Madonna, Monica Bellucci, ou encore Charlotte Rampling sont passées devant son objectif), Bettina Rheims réalise, en 1995, le portrait officiel du Président Jacques Chirac.

En 2014, Robert Badinter propose à l’artiste d’intervenir en milieu carcéral. Celle-ci, investie dans d’autres projets d’une part et considérant que des photographes identifiés comme concernés dans les années 80, avaient déjà réalisé des travaux intéressants en prison, asile, hôpital..(J.E. Atwood, J.L. Courtinat, S. Salgado, Diane Arbus ), refuse cette invitation. La proposition de Robert Badinter se transforme en injonction « un coup de pied aux fesses » confesse Bettina Rheims.

La parole pour se libérer du fardeau

La photographe et son équipe installent un studio dans l’espace restreint que l’administration pénitentiaire leur accorde pour réaliser les portraits de femmes incarcérées pour des peines lourdes. Toutes vont retrouver l’existence d’un corps oublié. Une occasion d’être vues,  de réactiver l’envie de se préparer, de se maquiller (même si cet exercice sans miroir est difficile), de déployer des artifices, de remplacer leurs tenues de sport habituelles et de reconstruire une dignité avec les quelques vêtements disponibles.

Bettina Rheims va être « marquée par la multiplicité des caractères et des comportements des détenues. » ce qui lui fait dire qu’en prison « on est en morceaux. » L’artiste va mettre à profit cette proximité « pour essayer de reconstruire par l’image des existences réduites en miettes. » Le moment photographique étant très court, l’artiste va s’employer à  le faire durer, car elle remarque que « pour les détenues, ces moments de prise de vues étaient importants. » Cette situation nouvelle pour une artiste plus habituée à évoluer dans un environnement « glamour » est l’occasion de vivre une expérience singulière qui lui a révélé que la prise de vue était un moment de liberté* « libérer la charge que portent les prisonnières, les débarrasser provisoirement d’un paquet lourd à porter. »

Les yeux dans les yeux

« Make more with less ! »

Le peu de moyen mis à sa disposition sert une auteure exigeante qui recherche des photographies justes. Les femmes qui ont accepté d’être photographiées montrent ce qu’elles sont : « Poser, revenait pour elles à reprendre conscience et possession d’elles-mêmes  » ajoute l’historienne de l’art Nadeije Laneyrie-Dagen. Elle poursuit en demandant aux visiteurs de s’intéresser aux détails des peaux et en particulier aux tatouages qui traduisent des stigmates, des fragments. « C’est la vie et ses accidents qui ont déstructuré ces destins. » Il ne s’agit plus de regards qui se croisent, mais la naissance d’une relation d’empathie les yeux dans les yeux.

Informations

Exposition gratuite, accessible aux personnes à mobilité réduite et sans réservation | Tous les jours de 11h à 18h (sauf le mardi et les jours fériés).

*L’installation de l’exposition contredit quelque peu les moments de liberté mentionnés plus haut. Les portraits sont déjà circonscrits par le cadrage, les tirages retenus dans les sous-verres, le tout installé dans un rayonnage métallique cellulaire froid et rigide.

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