Courriers et passagers de « l’Armand Barbès »

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En parcourant différents marchands spécialisés en philatélie se trouvent parfois des enveloppes ou des plis bien particuliers, à destination de Bordeaux...

Automne 1870 : Paris assiégée

Courant octobre 1870, « Monsieur Duvergier reçoit au 44 Quai des Chartrons un courrier de Paris pour Monsieur Michel Hadengue. Posté rue de Bondy* le 30 septembre. » (P. Behr, philatéliste)

Dans le même temps « Mme E. Guibout, chez M. Lambey, rue du Tondu, 14 à Bordeaux » reçoit, elle aussi, un pli de la capitale. Écrit le 1er octobre. Elle y est désignée comme «Ma chère bonne amie ». Des nouvelles rassurantes de l’expéditrice et des proches restés dans Paris. Y sont évoqués « beaucoup de blessés par l’attaque d’hier » ; le siège de la ville (commencé le 17 septembre) ; « Le salut que l’on fait tous les soirs aux soldats de la Mobile » ; sans oublier « Je t’embrasse mille et mille fois et pour ton Alexandre et tout ton entourage.» Émouvant.

Lors de leurs envois, ces deux courriers n’ont bien sûr qu’une vocation. Maintenir des liens familiaux ou professionnels. Ils se révèlent aujourd’hui témoins d’une tranche de notre histoire.

Ballons montés

En effet, ces envois sont réalisés lors du siège effroyable de Paris par les troupes prussiennes pendant la guerre de 1870. Pour contourner le siège et les lignes ennemies, les parisiens utilisent des « ballons montés » auxquels ils confient des courriers. Tous ne franchissent pas le siège. Certains retombent avant. D’autres sont abattus par l’armée prussienne sur leurs lignes. Mauvais gonflement avec le gaz d’éclairage alors utilisé, conditions atmosphériques difficiles, erreur du pilote, et bien d’autres aléas provoquent des échecs.

Neptune, Georges Sand, Louis Blanc, Cambronne

Malgré ces conditions incertaines, ils sont essentiels à maintenir la communication avec le reste du pays. Il y en a 67 entre le 23 septembre 1870 et le 28 janvier 1871. Beaucoup ont des noms : Neptune (le premier), États-Unis, Ville d’Orléans, Bataille de Paris, Louis Blanc, Garibaldi, Victor Hugo ou encore Général Cambronne (le dernier). Ils sont la propriété d’administrations, de particuliers, ministères ou sociétés. « Incroyable moyen de soutien aux assiégés, les ballons dits ballons montés marquent la naissance de la poste aérienne, coordonnée par la Direction des Postes. Pendant le siège, 67 ballons montés transportent passagers, pigeons voyageurs et plus de deux millions de lettres.**» indique le musée de l’air et de l’espace.

Gambetta

Le 19ème jour du siège, vendredi 7 octobre, partent trois aérostats. L’un d’eux, s’envole à 11h de la place Saint-Pierre (XVIIIème arrondissement), l’Armand Barbès***, piloté par l’aéronaute Alexandre-Jacques Trichet, serrurier de son état. À son bord : 100kg de courrier, seize pigeons voyageurs, et surtout Léon Gambetta (et sa fortune) en compagnie de l’un de ses fidèles, Eugène Spuller. Député, membre du Gouvernement de la Défense Nationale, ministre de l’Intérieur, Léon Gambetta, s’évade, quitte Paris, pour organiser en province la défense nationale. Ce ballon qui transporte l’homme d’État réussit à passer. Il se pose, assez difficilement d’ailleurs, au bois de Favières à Épineuse dans l’Oise, en évitant les armées ennemies. Il permet ainsi la poursuite du combat républicain de Gambetta.

Et c’est dans ce ballon précisément, dans l’Armand Barbès, dans le sac de courrier qui accompagne Léon Gambetta, que se trouvent, témoins de l’Histoire avec un grand H, les lettres envoyées de la Ville Lumière et délivrée à M. Duvergier et Mme Guibout dans le Port de la Lune. Avec un timbre à 20 centimes. Au début d’octobre 1870.

*Ancienne rue des Fossés Saint-Martin, puis rue Basse Saint-Martin, aujourd’hui rue René Boulanger Xème arrondissement.

**https://www.museeairespace.fr/

***Du nom d’Armand Barbès, militant républicain intransigeant, insurrectionnel opposant notamment à la monarchie de Juillet. Ces positions et actes l’ont amené dans les prisons de Louis Philippe, de la deuxième république et du troisième empire. Son nom est donné à un boulevard parisien, et, en partie à une station de métro.

En-tête : Languedoc philatélie




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