Le marché de Caudéran attire beaucoup de monde chaque mercredi matin et anime le quartier. Que viennent donc chercher tous ces chalands ?
Oh ! Dur dur ! Normalement j’ouvre à peine l’œil à cette heure-ci et me voilà déjà sur la place du marché des Pins Francs. Il est 7 h et le fond de l’air est bien frais, mais je m’attendais à pire. Il fait nuit et l’éclairage public du parking fait pâle figure face aux guirlandes d’ampoules des différents stands. Les marchands des 4 saisons sont encore en train d’installer leurs étals, des piles de cageots encombrent l’allée principale et tout le monde a l’air occupé et de bonne humeur. Pourtant ils ont démarré la journée bien plus tôt venant parfois de la région d’Angoulême ou du fin fond des Landes. Les premiers étaient à pied d’œuvre dès 5 h. Si on est loin de l’ampleur d’un marché des Capucins ou des Chartrons c’est une grosse vingtaine de commerçants qui s’installent pour la matinée. Je compte 5 marchands de primeurs dont 2 producteurs, 3 bouchers charcutiers, 3 volaillers, 2 poissonniers, 2 fromagers, 1 boulanger, 1 “tapas”, 1 stand de choucroute alsacienne et un autre de plats maghrébins et enfin un fripier, un fleuriste et un brocanteur. On trouve aussi des artisans : la couturière, le rempailleur de chaises et le rémouleur (une fois sur deux) et j’en oublie sûrement. Il y a une belle diversité et beaucoup de choix.




Si je suis venu si tôt, c’est pour essayer de rencontrer les premiers clients. Ils ne sont pas nombreux et semblent pressés. Pas de queue à faire, ça les arrange, mais ça ne facilite pas la discussion. D’un pas vif, entre deux stands, j’arrive à extorquer quelques informations. Ce sont des travailleurs pressés qui ravitaillent en produits frais « du terroir » et doivent vite retourner déposer tout cela à la maison avant d’attaquer leur journée de travail, ou encore des seniors lève-tôt qui préfèrent profiter du peu d’affluence pour pouvoir choisir les meilleurs produits tant qu’il y en a et qu’on ne les dérange pas…. De tous, le plus loquace aura été ce quadragénaire errant dans la partie centrale, qui m’a consacré deux minutes pour me remercier de l’avoir aidé à retrouver le volailler-traiteur auquel il avait passé commande. Plus un client à l’horizon, je rentre à la maison me réconforter d’un grand café bien chaud.
9 h, me voici de retour dans ma mission habituelle de sherpa pour mon épouse. Nous avons effectivement nos habitudes sur ce petit marché tous les mercredis matin pour notre grand ravitaillement hebdomadaire. Le vent s’est levé et, bien qu’il fasse jour maintenant, la température ressentie nous fait frissonner. C’est l’heure de pointe, il y a la queue chez tous nos commerçants habituels et ce sont autant d’occasions de demander aux uns et aux autres ce qu’ils viennent chercher ici. A cette heure-ci la clientèle est principalement composée de seniors, quelques-uns accompagnés de jeunes enfants qu’ils gardent le mercredi. Je vois passer deux assistantes maternelles qui poussent chacune un landau à 4 places. Un peu plus loin, une trentenaire se tient un peu en retrait et semble garder un caddie bien plein. C’est une assistante de vie qui accompagne une dame âgée, laquelle est en train de se faire servir par un boucher. Elles viennent ici une fois par mois. Les stands de produits cuisinés sont quasi désertés par les clients qui sont là pour les produits frais primeurs, poissons et viandes. Les deux fromagers font aussi recette.

De retour sur place à 11 h 30, voyons si la clientèle a évolué ! C’est toujours la chasse sur le parking pour attraper « la place qui se libère enfin », mais je suis tranquille cette fois et peux sécuriser mon vélo à la grille du parc adjacent. Globalement, les seniors se font plus rares et sont remplacés par des mères de famille qui ramènent leurs jeunes adolescents de leurs activités matinales et qui font quelques courses au passage. Difficile de discuter car il y a le repas à préparer. Les produits frais se font plus rares sur les étals. Heureusement pour certains Tajine, Couscous, Choucroute et quelques plats traiteur plus locaux offrent une alternative salvatrice. Mais tout le monde est pressé, car il y a aussi les activités de l’après-midi…

Tous ou presque m’ont déclaré être des habitués de longue date qui viennent régulièrement chercher des produits locaux, si possible venant directement du producteur. Si certains admettent qu’ils iront chercher des compléments au supermarché proche de chez eux, la grande majorité exclut cette alternative, préférant payer un peu plus cher pour avoir de « bons produits de proximité ». Un couple qui chargeait leur courses dans leur voiture m’ont précisé être des clients fidèles depuis plus de 20 ans : même s’ils ont déménagé sur Eysines, ils reviennent tous les 15 jours car « les commerçants sont très avenants, ils sont vraiment fantastiques, il y a du choix, il y a des produit de bonne qualité ». De fait, la très grande majorité vient à pied, car ils habitent à proximité immédiate. Les autres choisissent la voiture par facilité pour porter les courses, voire amener et surveiller en prime les petits enfants. Seuls de rares courageux viennent à vélo et s’arrangent pour que leurs courses tiennent dans un sac à dos ou dans les sacoches.
De toutes ces discussions ressort une inquiétude très partagée. Depuis 10 à 15 ans, le marché a beaucoup diminué en surface, en nombre de clients et en nombre de marchands. De l’ordre de la moitié, avancent certains. Certes, comme pour tous les marchés de plein air, la clientèle vieillit et se renouvelle mal, ce qui entraîne une diminution du nombre de clients. Mais il y a eu aussi la création de la bibliothèque Pierre Veilletet qui a fait déplacer le marché vers un parking plus petit. Puis les travaux sur l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny pour créer la ligne G du bus, a apporté son lot de perturbations avec au final la diminution du nombre de places de stationnement de proximité. Maintenant et pour 2 ans, c’est la rénovation de la piscine Stéhelin qui, avec ses baraques de chantier, repousse les étals vers le dernier parking de proximité. C’est un cercle vicieux de baisse des clients – baisse des surfaces – baisse du nombre de commerces – baisse d’intérêt – baisse du chiffre d’affaires…. dont personne ne voit la fin. Le point le plus sensible, voire le plus « crispant », me semble être le problème du stationnement de proximité : plusieurs personnes m’ont déclaré envisager de ne plus venir pour cette raison.
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