Quoi de plus naturel pour Serge Legrand-Vall que de présenter son nouveau roman Les eaux dangereuses sur les bords de La Garonne? Il est venu rencontrer son public au sein du chantier naval Nicolas, à quelques dizaines de mètres de Darwin, cœur des Escales du livre. Accompagné de Josée Guellil à la tête des éditions In8, l’auteur développe la psychologie de ses personnages.
Nous sommes accueillis par Marc, réparateur de bateaux qui travaille au chantier naval Nicolas, lieu de la rencontre avec Serge Legrand-Vall. Marc a grand plaisir à ce que ce lieu s’ouvre aux Escales du livre, délocalisées cette année, sur la rive droite du fleuve girondin.
Marc répare aussi à l’international des bateaux qui voguent sur les lacs italiens.
Serge Legrand-Vall vit au cœur du bordeaux historique une retraite heureuse depuis 5 ans. Auparavant il a mis sa plume comme concepteur-rédacteur dans l’agence de communication St Johns où il écrivait notamment des spots radio interprétés par Fabrice Luchini pour Cultura, de 2004 à 2012, puis de 2016 à 2017. Cette période marque le début de sa carrière d’auteur.
Serge Legrand-Vall prend une pause avec ses amis avec vue sur La Garonne et le port de La Lune
Après sa trilogie espagnole (La rive sombre de l’Ebre, Reconquista, Un oubli sans nom), il inaugure une aventure sur les terres de confins, en Océanie. C’est à cette occasion qu’il donne cette rencontre sur son livre Les Eaux dangereuses, paru le 14 mars aux éditions In8.
Ces eaux dangereuses ne sont pas celles de La Garonne !
| 4ème de couverture : Nord de la Nouvelle-Zélande, bout du monde cerné par les océans et les vents. C’est là que Lisa, psychologue française éprouvée par la vie, a choisi de disparaître. Sauf que sa trajectoire croise celle de Tainui, ex-légionnaire marquisien qui tente de se faire oublier. Alors même que Ryan, enquêteur local commandité depuis la France, se lance sur les traces de la jeune femme. Une course-poursuite s’engage sur cette île agitée par les ressacs de l’histoire, dans laquelle chacun cherche à semer son ombre. Mais sur ces terres maories, l’identité s’inscrit sur la peau à l’encre indélébile et le passé ne tarde pas à rejaillir. |
Rencontre dialoguée
Ce nouveau roman est un cran au-dessus des précédents, s’enthousiasme Josée Guellil. Après avoir rappelé ses autres titres, elle aborde ses caractéristiques romanesques : l’auteur dessine ses personnages qui sondent les motifs majeurs, de l’identité, la mémoire et les rapports des individus à l’histoire. Voici un extrait de leur échange qui illustre sa méthode de travail.
Josée Guellil : Pourquoi avoir choisi de nous emmener là-bas, en Nouvelle-Zélande ?
Serge Legrand-Vall : Comme pour tous mes romans, celui-ci n’échappe pas à la règle, j’ai plusieurs sources d’inspiration. Avant les lieux, ce sont les personnages qui sont d’abord le moteur de mon histoire. Ici c’est Lisa qui, victime d’une relation toxique dans son couple, décide de disparaître. Tainui, le légionnaire marquisien, est originaire de Le Quesnoy. Cette ville du département du Nord a été libérée après quatre années d’occupation allemande, par les troupes néo-zélandaises en novembre 1918. Il en est resté un mémorial et un musée de la Libération rendant hommage à cet événement historique. Autres traces, un restaurant se nomme « Le Maori » et un géant en carton-pâte, éponyme, anime toujours le carnaval. C’est le point de départ, il y a là un fil de la pelote à tirer… La Nouvelle-Zélande est le mythe de cette ville du Nord. Lisa sera doublement attirée par ce pays, son histoire et sa langue anglaise. J’ai aussi été fasciné par la culture commune des peuples du triangle polynésien dont font partie Tahiti, les Marquises et la Nouvelle-Zélande, même s’ils ont subi des colonisations différentes.
J.G. : Est-ce que ce n’est pas malin de ta part d’avoir installé l’intrigue en Nouvelle-Zélande plutôt qu’en Polynésie française pour ne pas avoir à évoquer les relations tumultueuses récentes et les problèmes politiques ?
S.L-V : Ce qui m’intéresse en fait ce sont les rapports entre les gens, la psychologie des personnages, ce qui les plonge dans leur histoire et leur permet de poursuivre leur questionnement. Le peuple maori qui ne représente que 18% de la population a été spolié de leurs terres par l’armée coloniale britannique malgré le traité signé avec la couronne d’Angleterre pour la reconnaissance de leurs propriétés. Ils sont victimes de racisme. Histoire dramatique bien plus importante que celle des Marquises, plus petit territoire. C’est cette dramaturgie qui m’intéresse, celle des perdants de l’Histoire.
J.G. : Est-ce que tu peux nous expliquer d’où vient Lisa, le personnage central ?
S.L-V. : Lisa est une femme dévastée après s’être investie dans sa relation de couple. Son mari l’a coupée de sa famille et de ses amis. Il a voulu la remodeler, la façonner à son image, un système d’emprise. Partir en Nouvelle-Zélande c’est se réfugier dans le pays des libérateurs, celui aussi qui parle la langue de sa mère. Elle va se retrouver là où les eaux sont profondes pour s’apaiser.
J.G. Lisa va se retrouver poursuivie, pour son bien ou pas, par deux hommes qui ont maille à partie avec la justice.
S.L-V. : Disparue en Nouvelle-Zélande, Lisa va être recherchée par deux individus pour des raisons complètement opposées. Tainui est un marquisien tatoueur, ancien légionnaire pour des raisons plutôt sentimentales, et Ryan ancien détective privé, pour des raisons purement pécuniaires. Il a été missionné par le mari pervers qui ne supporte pas de voir sa femme lui échapper. Ces trois personnages vont être entraînés dans des situations plus surprenantes les unes que les autres.
Son credo
Serge Legrand-Vall a cité en exergue de son livre cette citation de l’auteur Milan Kundera : « La vie est un complot de hasards ».
Qui n’a pas vécu ces coups de malchance qui viennent contrecarrer les projets les plus solides et qui vous font pester contre la terre entière. Ou au contraire des revirements de situation qu’on n’attend plus et qui font crier au miracle !
Il est bientôt l’heure de l’inauguration des Escales du livre à Darwin et le moment attendu des dédicaces va avoir lieu dans le jardinet attenant, ensoleillé.
Retrouvez Serge Legrand-Vall au stand des éditions In8 (F4 sur le plan des Escales du livre) ou pour commander son livre : https://www.editionsin8.com/