Le 12 septembre la Galerie Magnetic change d’adresse et quitte la place Avisseau pour le 16, rue du Faubourg des Arts. À nouveau lieu, nouvelle exposition et Pierre Lecaroz, responsable de la galerie présente au public le travail de la graffeuse austro- nigériane Lilee Imperator, une figure émergente de l’Art Urbain. Rencontre avec un galeriste passionné.
L’aventure commence fin 2010 pour Pierre Lecaroz lorsqu’il reçoit un appareil photo en cadeau, c’est le déclic. Il raconte « je pars faire des prises de vues au festival de Street Art K-Live dans l’Hérault, point de convergence des influences musicales et graphiques où des fresques officielles en côtoient d’autres plus sauvages. En photographiant ces œuvres, je sens que j’ai trouvé ma voie ». Il poursuit cette activité de photographe amateur à Bordeaux qu’il sillonne à vélo à la recherche de nouveaux graffitis. L’envie de partager ses trouvailles avec d’autres passionnés l’amène à créer une page Facebook Street Art Bordeaux, toujours active, suivie par 14000 followers.

Une belle carte de visite
Officialiser cette activité devient nécessaire et Pierre Lecaroz fonde l’association Pôle Magnétic. Il évoque la soirée inaugurale en mai 2013, à l’I Boat sur les Bassins à Flots : «Cet évènement a marqué les esprits et des rencontres entre les participants ont conduit à la création de la société Keep a Breast pour sensibiliser les jeunes sur le cancer du sein. Un artiste international est indispensable pour véhiculer le message et c’est le graffeur Jef Aérosol qui vient réaliser une fresque sur le mur du CHU Pellegrin, fresque encore visible aujourd’hui ». Belle carte de visite auprès de la mairie qui autorise à Bordeaux la création du M.U.R, acronyme de Modulable-Réactif-Urbain. Le concept, né à Paris en 2007, rue Oberkampf est transposé à Bordeaux en septembre 2014, et l’inauguration, encore avec le graffeur Jef Aérosol, remporte un énorme succès.
Compléter l’offre culturelle
Le M.U.R, d’une longueur de 35 m2, situé place Avisseau dans le quartier des Chartrons est là pour faire découvrir toutes les nuances de l’Art Urbain et les techniques de peinture. Il offre également un espace de visibilité, d’exposition et de création aux artistes et permet d’établir un lien social dans le quartier par le biais du vernissage. L’artiste exposée à la galerie vient réaliser une œuvre sur le M.U.R. Pierre Lecaroz souligne « la municipalité a compris l’enjeu de l’Art Urbain qui n’est plus clandestin mais vient compléter l’offre culturelle de la ville et l’embellir ». En 2016, avec la première saison Street Art de la ville de Bordeaux, plusieurs bâtiments de la ville sont ainsi décorés de fresques : la patinoire de Mériadeck par les Monkey Bird, la bibliothèque du Grand Parc par Rouge Hartley, le gymnase du Grand Parc par Spike… Avec l’artiste Lilee Imperator, c’est la 83ème fresque peinte sur le M.U.R.

Casser les codes de ce milieu
Pierre Lecaroz s’impose dans le paysage de l’Art Urbain bordelais. En s’associant à Nicolas Laugero Lasserre, directeur de l’ICART( École du management de la culture et du marché de l’art). Il est nommé co-commissaire de l’exposition Légendes Urbaines qu’il présente à la Base Sous Marine en 2018, le succès est au rendez vous avec plus de 45000 visiteurs. La Galerie Magnétic est inaugurée en octobre de la même année, il l’ouvre avec les artistes de l’exposition de la Base Sous Marine et reconnaît : « le costume me paraissait trop grand car je n’avais pas les connaissances en histoire de l’art mais je voulais casser les codes de ce milieu, galeries et musées, avec une autre forme d’expression, le Street Art, ouvert sur les gens et gratuit ».
Un travail d’accompagnement
Gérer le fonctionnement d’une galerie s’avère complexe. Elle reçoit une dotation publique de la ville et le fabricant de peinture Unikalo offre son mécénat pour la peinture qui sert à couvrir le M.U.R entre deux expositions. Pierre Lecaroz précise: « installer une galerie, c’est aussi faire venir des noms et effectuer un travail d’accompagnement des artistes ». Dans la nouvelle Galerie Magnétic, six expositions sont prévues pour 2026.
En conclusion, le galeriste confie : « j’ai choisi de ne plus m’occuper d’artistes émergents pour me recentrer sur des artistes connus à l’international car la crédibilité de la galerie passe par une programmation de renom ».
Galerie Magnetic, 16 rue du Faubourg des Arts