Le bestiaire fabuleux du vieux Bordeaux

Remontons le Cours Victor Hugo jusqu’à la rue du Mirail, N’oublions pas d’admirer les anciens hôtels particuliers du 17ème et 18ème siècle et la superbe restauration de l’hôtel Saint- François. Avec plaisir constatons que le maçon soutenant le balcon de la façade nord de cet immeuble a retrouvé sa tête, sans se départir du compas et de l’équerre, hommage aux bâtisseurs. Au numéro 20 se tenait la librairie « Le Basilic » fermée définitivement depuis le 26 avril.

« Notre basilic a rencontré son miroir » déclarait le libraire.

Quel mystère se cache donc derrière cette appellation ? Arrivons rue du Mirail,à l’angle des rues Graciolet et des Augustins où se tenait au Moyen-Âge un puits. Les pèlerins venaient y puiser l’eau en se racontant les derniers potins, sans présager du drame qui allait se produire.

Un artiste local Jean Jacques Bernadet
a conçu une œuvre rappelant l’histoire du basilic avec la corde et posé sur un bois flotté, l’œuf couvé par un crapaud donnant naissance au monstre.

Un jour, une jeune femme se pencha pour scruter l’eau profonde du puits, son regard croisa alors celui d’un horrible reptile, on entendit un sifflement étrange et la jeune femme tomba foudroyée aux pieds des badauds effrayés ! D’autres allaient subir le même sort. Personne ne savait comment se débarrasser de ce basilic (appelé aussi coquatrix en Anjou) jusqu’à l’arrivée d’un courageux soldat qui affirma être en possession d’un secret permettant de vaincre la bête immonde. Au bout d’une corde, il fit descendre un miroir. Dès que le serpent vit cette image hideuse, il jaillit du puits, entouré de flammes, poussant de terribles sifflements et creva sous les yeux ébahis de la foule rassemblée. Le basilic venu de Touraine, né d’un œuf couvé par un crapaud mourut à Bordeaux, rue du Mirail.

Le puits du Mirail aurait été démoli en 1840

L’ hypothèse est contestée, mais il a donné son nom à l’association située au numéro 50 de la même rue. Poussons la porte de ce lieu destiné à des expositions ou évènements théâtraux. Le maître des lieux accueille les arrivants venus pour le spectacle et peut même dévoiler aux plus curieux le puits à l’origine de la légende et qui aurait été inclus dans la construction du bâtiment.


Le médaillon représentant le visage d’un enfant tué par un loup, date du 18ème. Il est entouré de monstres marins.

La légende était encore vivace dans les campagnes au début du 20ème siècle, ouvrant la porte à des interprétations variées : serait-ce le rappel du pouvoir royal écrasant les miséreux, ou la représentation des dangers mortels de l’existence ? La question reste ouverte.

La construction du puits qui remonte au 14ème serait bien à l’origine de la légende. Annick Lagarde, spécialiste de l’histoire médiévale au Musée d’Aquitaine le confirme

Références :

Contes et légendes du vieux Bordeaux, Michel Colle

Bordeaux secret et insolite, Philippe Prévôt et Richard Zéboulon

Le nouveau viographe de Bordeaux, Robert Coustet

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