En marge des manifestations pour la réforme des retraites de 2023, la porte de l’Hôtel de Ville a été incendiée, et irrémédiablement endommagée. Décision a été prise de construire une nouvelle porte strictement identique à l’ancienne. Après 30 mois de travaux, la nouvelle porte a été inaugurée le 12 décembre 2025.
Dans la soirée du 23 mars 2023, des individus ont incendié la porte de l’Hôtel de Ville, en marge des manifestations contre la réforme des retraites. Cet acte de vandalisme a provoqué une immense émotion et une forte incompréhension auprès de nombreux Bordelaises et Bordelais. Face à la condamnation et la stupéfaction des habitants, choqués que l’on puisse s’attaquer à un monument public, la Ville a décidé de construire une nouvelle porte.
Une consultation citoyenne est alors organisée à l’automne 2023. 75% des 13 820 personnes interrogées étaient favorables à reconstituer une porte en bois naturel, sculptée, et sans la repeindre en bleu. Depuis ce sinistre, l’ancienne porte était protégée par un bardage métallique et au bout de trente mois de travaux, l’installation de la nouvelle a pu débuter ce mercredi 9 décembre.





De nombreux médias avaient fait le déplacement, cette affaire ayant eu un grand retentissement dans la presse sur le plan national. Il était important de présenter, en avant-première, ce véritable ouvrage d’art : construit en bois issu de forêt française, il reprend les mêmes sculptures, frises, et figures de l’ancienne porte qui datait de 1784. Celle-ci ayant été recouverte de sept épaisses couches successives de peinture bleue à partir de 1946. Il était donc devenu impossible d’en découvrir les nombreux aspects. Les pierres, colonnes, statues et blason ont été rénovés.
Vendredi 12 décembre 2025, inauguration en grande pompe de la nouvelle porte

En effet, il n’est pas question d’une simple porte mais d’un élément architectural du XVIIIᵉ siècle classé Monument historique depuis 1997 et auquel les Bordelais sont très attachés. Le palais Rohan, ayant été construit d’abord pour un Archevêque à partir de 1771, fut inauguré en 1784, pour devenir Hôtel de Ville en 1835.


Le maire, Pierre Hurmic, venu présider l’inauguration, tient précieusement dans ses mains l’impressionnante clé et va ouvrir la porte en présence d’enfants du conseil municipal des jeunes, en guise de symbole de la continuité face au public venu en nombre. Dans son discours, il a cité Victor Hugo qui avait écrit à propos de l’ancienne porte; « Embellissez la ville nouvelle, conservez la ville ancienne »


0n peut maintenant redécouvrir le blason de Bordeaux, sculpté en 1965. Cet emblème raconte l’histoire : la Grosse Cloche, les tours de l’Hôtel de Ville, le léopard anglais et les lys français, encadrés par les flots de la Garonne et un croissant pour évoquer du « port de la Lune ». Il était donc primordial de remercier tous ces intervenants chaleureusement.



Place au public, qui, après tant d’attente, a pu enfin admirer, toucher, photographier, la nouvelle porte et en découvrir le travail méticuleux de tous les artisans. La porte retrouve ainsi son apparence originelle, plus proche de la teinte naturelle du bois, en mettant en valeur les œuvres sculptées.
Un travail d’orfèvre nécessaire

Suite à l’incendie, s’en est suivie une mobilisation collective d’architectes du patrimoine, conservateurs, institutions, entreprises, associations, afin de mener à bien ce chantier d’envergure. Cette restauration a nécessité presque 4 000 heures de labeur, les artisans travaillant exclusivement à la main. Chaque battant de la porte représente un poids de plus de 500 kilos. Les compagnons de Saint-Jacques ont été chargés de restaurer et consolider les éléments en pierre de la façade, fortement endommagée par la combustion afin de préparer l’installation de la porte et sa mise à niveau.
De nombreux relevés, scans, et prises d’empreintes par moulage effectuées sur la porte incendiée furent un véritable travail d’orfèvre. À l’appui d’expertises et de recherches diverses, consultations d’archives, et d’entreprises, différents devis, ont été également nécessaires, ce qui a pris évidemment beaucoup de temps. Après analyse de la porte et de son imposte, mesurer, relever, étudier tous les détails d’assemblage de sculpture, ferronnerie, ont permis de restituer un dessin fidèle à la qualité de l’ouvrage afin de respecter le travail scrupuleux de nos prédécesseurs.


Les bois de chêne ont été sélectionnés en fonction de leur qualité, pureté, et leur finesse afin de permettre la restitution des décors sculptés le plus fidèlement possible. Il a fallu façonner, découper, assembler, les différentes pièces de bois en incorporant les éléments sculptés. La reproduction des deux médaillons sculptés de la porte représentant Saint-Paul et Saint-Pierre, encadrés de leurs guirlandes de feuilles de chêne ainsi que leurs rubans plissés, ont exigé un travail considérable et particulièrement minutieux.

Contrairement à ce qui a été souvent dit ou écrit, le remplacement de la porte n’a pas coûté 800 000 euros aux contribuables Bordelais. Les vrais chiffres sont les suivants, étant ici précisé que les auteurs de cet acte malveillant ont été interpellés et condamnés en mars 2024 à verser des dommages et intérêts :
-montant total du chantier : 803 822 euros
-transport, dépose de la porte: 116 000 euros
-encadrement pierre : 311 000 euros
-reconstruction, ferronnerie, pose : 376 643 euros
Moins remboursement de l’assurance de la ville: 628 557 euros
Concernant le reliquat; une autre somme de remboursement est encore en discussion avec l’assurance et les incendiaires vont être prochainement condamnés à verser à la ville des indemnités dont le montant reste à évaluer.
A noter que l’un des deux battants de la porte incendiée a été conservé et sera exposé au Musée d’Aquitaine au printemps prochain.
B.R