L’Union Bordeaux-Bègles gravée dans l’histoire : Entretien avec Serge Legrand-Vall 

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Alors que l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) vient d’asseoir sa domination européenne, l’écrivain Serge Legrand-Vall consacre un roman à l’épopée de ce club unique. Il connaît bien l’UBB, pour avoir joué en tant que vétéran à Bègles, soutenu la fusion des deux clubs de rugby, puis en tant que chroniqueur pour le site internet officiel. Publié en mars 2026 aux Éditions Cairn, le Roman de l’UBB n’est pas une fiction, mais le récit d’une aventure humaine et sportive.

Accompagné par Pierre, complice senior reporter, nous avons rendez-vous avec Serge Legrand-Vall, auteur du Roman de l’UBB, au Damier, haut lieu de convivialité du club et des amis du rugby, situé au bord du stade Moga, centre d’entraînement de l’équipe devenue légendaire.

Son livre paru en mars 2026 a aiguisé notre curiosité : nous voulons découvrir le narrateur et tout savoir sur la genèse de son livre et l’ascension de l’Union Bordeaux-Bègles. 

« D’une enfance pleine de mystères, de non-dits qui ont fait travailler mon imaginaire, j’ai inventé des histoires et fabriqué des mondes sous forme dessinée. Progressivement j’ai eu envie de raconter pour de bon : la meilleure façon a été d’écrire, » se confie Serge Legrand-Vall. Introspectif, l’auteur se remémore ses débuts littéraires : il commence l’écriture à l’adolescence, et s’y met de façon plus sérieuse à 25 ans. « Comme je suis de maturation lente j’ai attendu la quarantaine pour me lancer dans l’écriture de livres et être publié. »

Né dans le Sud-Ouest, il est arrivé en Normandie à quatre ans. Un changement radical qui l’a « laissé nostalgique. Resté longtemps en Normandie puis à Paris, où j’ai fait mes études, le tropisme du Sud-Ouest ne m’a jamais quitté. Cette culture m’attirait et me faisait rêver. Le rugby et ses nombreux clubs amateurs dans de petites villes, faisait partie de ces marqueurs culturels : l’esprit local, gouailleur, la troisième mi-temps que je trouvais drôle et fraternelle ». C’est ce rugby local qui l’intéresse.

Serge Legrand-Vall devant l’affiche consacrant la 2e victoire de l’UBB en championnat européen, celle de 2026

Après ses études à Paris, il a résidé dix ans à Toulouse avant de suivre la Garonne et se laisser entraîner jusqu’à Bordeaux. « Autant à Toulouse le rugby était agrégatif, à Bordeaux je l’ai trouvé « éclaté ». » Il fait ses premières armes et s’enracine à Bègles, sur le pré Musard, premier terrain de rugby sur lequel s’entraîne le Club : « Tel un ethnologue, je me suis intégré à l’équipe de vétérans pour comprendre ce sport, ce collectif et cette 3e mi-temps. »

L’UBB vient de loin : « Pendant un siècle, les 2 clubs, le Club Athlétique Bègles Bordeaux Gironde (CABBG) et le stade Bordelais (SB) si différents dans leur histoire et leur sociologie, ont vécu parallèlement en parfaite ignorance, à l’exception de quelques joueurs qui se fréquentaient ». 

Photos affichées en bonne place à l’entrée du centre d’entraînement de l’UBB au stade Moga de Bègles : les centenaires ont joué plus de 100 matchs sous les couleurs de l’UBB.

En mai 2004, le CABBG redescend en fédéral et le SB monte en Pro D2. Pourtant, tout deux sont en difficulté financière et sportive, à des degrés différents. Il faut faire cause commune pour sauver le rugby professionnel à Bordeaux. Serge Legrand-Vall a pris partie sur ce sujet : « Je me suis inscrit sur le site de supporters de l’union des 2 clubs et j’ai posté des textes. »

En 2010, le staff de l’UBB le repère et le recrute comme chroniqueur bénévole des matchs à domicile pour le site du club. C’était l’année de la montée en Top14 : « J’ai appris à écrire pour le rugby de vraies belles chroniques. J’ai prolongé ma période de proximité et de cœur avec le club : ça a été fondateur pour moi. » 

Le temps passant, tout en restant abonné, Serge Legrand-Vall s’est éloigné une dizaine d’années… jusqu’à ce jour de juin 2025 où il rencontre une amie, élue à la mairie de Bègles, lors d’une cérémonie pour laquelle il avait été invité. Elle lui lance : « Toi qui as été chroniqueur, pourquoi n’écrirais-tu pas un livre sur la réussite extraordinaire de ce club dans lequel personne ne croyait à ses débuts ». Le défi est posé… 

Serge Legrand-Vall a les valeurs du rugby chevillées au corps : le collectif, la solidarité, l’engagement et la créativité. « Quand j’ai réfléchi à la façon dont je voulais raconter l’histoire, je me suis dit qu’un obscur chroniqueur des années 2010, n’était pas le plus à même de raconter les détails, tous les dessous et enjeux de cette union réussie ». 

Il a mené des entretiens avec dix acteurs du club, auxquels il faut ajouter Noël Mamère, ancien maire, auteur de la préface. Ainsi cette histoire a été écrite par douze contributeurs, dont les deux présidents, Frédéric Martini et Laurent Marti.

Blair Connor et Maxime Lucu face à Toulon, saison 2019-2020

Après les entraîneurs et joueurs tels Blair Connor et Maxime Lucu, il a sollicité Alphonse Miralles, un historique du club, déjà bien connu du CABBG puis de l’UBB. Olivier Brouzet, ancien joueur de Bègles y figure aussi. C’est un élément déterminant dans le staff de Laurent Marti : il a fait en sorte que les joueurs soient en contact avec les supporters et les partenaires, créant ainsi « une grande famille ».

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Serge Legrand-Vall et Alphonse Miralles, ancien directeur de l’école de rugby, puis détecteur de joueurs du CABBG. Aujourd’hui il est coordinateur sportif de l’UBB.

Le créateur du forum des supporters a apporté sa pierre à l’édifice : Patrick Lanusse a surtout été le lien entre les supporters des deux clubs pour soutenir la cause commune. Enfin, Franck Joandet, adjoint au sport puis à la politique de la ville de Bègles, est un ancien joueur et il a œuvré pour l’Union au sein des conseils d’administration. Serge Legrand-Vall voulait que ce livre soit collectif, il en a été le lien. 

Entre nostalgie et fierté, l’auteur du Roman de l’UBB révèle : « Si on m’avait dit en 2006, au moment des balbutiements de la fusion en Pro D2, que nous connaîtrions de tels sommets, j’y aurais vu un formidable scénario de fiction ». 

Il se souvient que sous la présidence courageuse de Frédéric Martini, la première année a été bien difficile. L’acronyme, USB-CABBG imprononçable, ne facilitait pas la communication et les matchs à domicile étaient programmés en alternance entre le stade Ste Germaine du Bouscat et le stade Moga de Bègles : « Autant d’obstacles à une identité du club et à une fidélisation du public. »

L’UBB n’a pas brûlé les étapes. Il a fallu d’abord survivre en Pro D2 et s’installer ensuite en Top 14 en mai 2011, lors d’un match mémorable contre Albi à Agen : c’est le bout du tunnel, l’apothéose d’un projet.

L’actuel président Laurent Marti est arrivé prudemment en 2007, rappelle Serge Legrand-Vall : « Elle est déterminante par sa gestion patiente et respectueuse des fondations. L’UBB n’a pas brûlé les étapes. Il a fallu d’abord survivre en pro D2 et s’installer ensuite en Top 14 en mai 2011, lors d’un match mémorable contre Albi à Agen : c’est le bout du tunnel, l’apothéose d’un projet. »

Serge Legrand-Vall révèle une opportunité s’offrant au club en 2015, comme un fait de jeu sur le terrain : le club de foot les Girondins quitte le stade Chaban Delmas pour le stade de Bordeaux Atlantique, laissant le champ libre à l’UBB. « Alors qu’ils n’étaient que 9000 supporters au stade Moga, le public s’amplifie et s’enthousiasme. Désormais ils sont plus de 32 000 girondins, régulièrement à guichets fermés, au stade Chaban Delmas. C’est devenu le premier public d’Europe ». Les succès d’affluence vont suivre la courbe ascendante des résultats.

Serge Legrand-Vall rend hommage aux choix managériaux de Laurent Marti : « Une succession d’entraîneurs a fait passer au club divers paliers et les recrutements de joueurs ont été judicieux, aussi bien les jeunes pousses issues de l’école de formation que des internationaux en attente de notoriété, sans compter Damian Penaud venant de Clermont, Louis Bielle Barret de Grenoble ou encore Maxime Lucu de Biarritz ».  La ligne des trois-quarts, qualifiée par les médias de « Patrouille de France », a belle allure.

La « dream team » après la réussite de Bilbao en mai 2026. Elle a épinglé la 2e étoile européenne consécutive sur le maillot de l’UBB

Serge Legrand-Vall s’enthousiasme en rappelant l’exploit que l’UBB vient d’atteindre à Cardiff contre Northampton, en mai 2025, en remportant la Champions Cup (ligue européenne de rugby) : « La première étoile a été une libération, un Everest enfin conquis. Le deuxième titre, obtenu cette année de haute lutte contre le Leinster à Bilbao, a fait basculer l’UBB dans une autre dimension : ce back to back en fait le « patron de l’Europe ».

Pour relativiser et enfoncer le clou, Serge Legrand-Vall compare l’UBB à d’autres clubs, dans les Landes, au Pays basque ou à Paris. Ils ont voulu imiter l’union des Bordeaux-Béglais, mais n’y sont pas parvenus : « Laurent Marti, bien entouré par son staff, a su conserver l’âme originelle des deux clubs : la vaillance béglaise tout en y insufflant l’ambition d’une grande métropole ».

Serge Legrand-Vall conclut sur ces mots : « Ces victoires en Coupe d’Europe sont le chef d’œuvre qui valide 20 ans de structuration, de ferveur populaire et de choix managériaux courageux. C’est l’aboutissement d’une identité de jeu résolument tournée vers l’offensive ».

Se procurer le roman de l’UBB : Sur le site des éditions Cairn

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