FIFIB 2023: « Baby-sitter » de Monia Chokri, entre sexy story et sexiste story

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Dix ans se sont écoulés depuis le premier court-métrage de Monia Chokri :  » Quelqu’un d’extraordinaire  » dans lequel pointait déjà son thème de prédilection : la complexité des rapports homme/femme, dans une société en pleine mutation. Le FIFIB accueille donc le cinéma québécois en la personne de Monia Chokri, très remarquée déjà au festival de Cannes 2023 pour son discours sur la notion de génie au cinéma : la mythologie du génie ,cette notion de distinction entre l’œuvre et l’individu. « Je pense que le génie, c’est de faire un chef-d’œuvre, tout en étant quelqu’un de bon, bienveillant , à l’écoute, et ,ses qualités n’empêchent en rien de créer du sublime » . Dans « Babysitter », M. Chokry, tout en assurant la direction de ses acteurs, se met également en scène comme actrice (Nadine), pilier autour duquel gravitent les protagonistes. Il est question ici de sexisme, de misogynie dans une atmosphère mi-burlesque, mi-naturaliste, le tout à la sauce canadienne « very punchy ». Nadia la baby-sitter qui se révèle étrange et délurée, s’insinue dans l’inconscient de tous, remettant chacun en face de ses désirs inavoués. Ce film interroge sur le consentement et la place de la femme dans la société ainsi que sur la force de propagation virale du moindre geste ou parole sur les réseaux sociaux.

Spectateur: « Est-ce que vous participez chaque fois au montage ?»

-M. Chokry: « Oui particulièrement sur ce film, j’étais moins à l’aise car je n’ai pas écrit le scénario. Au départ , il s’agit d’une pièce de théâtre de Catherine Léger que j’ai adaptée au cinéma « .

Spectateur : « Êtes-vous féministe, car parfois on a l’impression que vous ridiculisez le mouvement féministe ? « 

M.Chokry: « Bien sûre que je le suis, mais ce n’est pas une question que l’on me poserait au Québec. Pour moi, l’important est l’égalité homme femme dans le respect de la différence « .

– Spectateur: » Comment avez- vous choisi Nadia ?  »

M.Chokri :  » Je voulais une actrice étrangère, ( elle parle finnois dans le film ) capable de jouer avec humour, une sorte de Marry Poppins qui surgit pour résoudre les problèmes. C’était important d’avoir une personne jeune, blonde, à l’apparence un peu bimbo, qu’on ne prend pas au sérieux, là juste pour plaire. C’est elle qui au final détient le pouvoir et c’est par elle qu’arrivera l’épanouissement des autres personnages ».

Spectateur: « Parfois vous ridiculisez les gens, pourquoi ? »

M.Chokri :  » J’aime montrer la société avec satyre. Pour rire de nous, il faut exacerber nos travers. Par exemple, Cedric essaie de prendre la charge mentale de sa femme, mais ne sait pas s’y prendre « .

Le cinéma canadien a beaucoup à nous apprendre, celui de Monia Chokri en est la preuve par son originalité et sa manière originale de diriger les acteurs.

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