FIFIB 2023: « Un silence » de Joachim Lafosse

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Après 10 longs métrages à son actif, Joachim Lafosse remet en scène la mère, sujet favori, traitant ici de la complexité de sa vie au sein de son entourage familier et de son renoncement à faire éclater la vérité. D’où son silence, moyen de se protéger tout en protégeant sa famille. Pour son scénario, Joachim Lafosse s’est inspiré de l’affaire « Marc Dutroux » en Belgique dans les années 90, pour évoquer le thème de la pédophilie, destructrice dans ce film de la cellule familiale. Le rôle de la mère ( Astrid ) protectrice de la famille, rend celle-ci complice de l’acte de son mari, la faisant passer du côté des victimes. Parmi les victimes collatérales, figure le fils ( Raphael ) qui va très mal assumer la découverte des déviances de son père. Comme dans tous ses films, il persiste des zones d’ombre, voulues, au travers desquelles le spectateur fait son film.

Spectateur : «  Dans vos prises de vue, il y a beaucoup de gros plans, peut on en déduire que vous êtes portraitiste ?  »

J.Lafosse : « Oui , on le voit particulièrement bien dans les scènes de voiture qui figurent dans plusieurs de mes films. Je m’inspire en cela du cinéma iranien d’Abbas Kiarostami.  »

Spectateur : « On constate qu’Astrid est dans le déni, qu’en pensez vous ? »

– J.Lafosse : « Le déni est du domaine de l’inconscient. D’autant plus qu’elle n’a pas assisté à la scène. Cela constitue chez elle un mécanisme de défense».

Spectateur : «  Où est le silence dans le film ? »

– J.Lafosse : «  Le silence est là où il y a le pouvoir. Astrid est sous la dépendance de son mari; elle n’ose pas parler de peur de perdre son confort matériel. Le film met le doigt sur notre lâcheté. Quant au père, il est dans une logique de rédemption et le masque médiatique est un excellent moyen de cacher la vérité. »

Spectateur :  » Pourquoi le beau frère reste-il dans l’ombre ?  »

J.Lafosse :  » La victime n’approche plus jamais son criminel, ni sa famille. Il n’y a plus de lien donc pas d’image et sa représentation est donc exclue ( hors champs) « .

Spectateur :  » Pourquoi le camouflage de l’issue tragique ?  »

J.Lafosse:  » Ma règle : ne pas mettre en scène la violence, car cela empêche le spectateur de réfléchir et d’analyser s’il est dans un état de sidération « .

Le débat très animé et dense a montré le vif intérêt du public pour ce film. À voir sur les écrans début 2024.

Article publié par Brigitte et Yannick

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