L’association et coopérative funéraire Syprès, a été ouverte à Bordeaux en 2018 à l’initiative d’Edileuza Gallet, originaire du Brésil, pays où l’on parle de la mort de façon naturelle, rendant ainsi le sujet bien moins tabou qu’en France. Face à une angoisse de la mort bien souvent ressentie ici, cette psychanalyste se forme dès 2014 à la célébration de funérailles laïques à Genève et en particulier à l’animation des « cafés mortels » auprès de l’ethnologue et sociologue suisse Bernard Crettaz. Ce temps dédié à la parole et à l’écoute dans la lignée des cafés philos lui paraît intéressant, à la différence près qu’ici, le sujet principal est la mort.
« J’ai souhaité créer Syprès après toutes ces expériences, et avec Olivier Gallet mon mari qui en est le président co-fondateur, lui-même nourri d’un parcours professionnel imprégné par l’éducation populaire nous avons imaginé cette société coopérative pour placer les personnes, plutôt que le capital, au cœur du projet et pour mettre de la beauté dans ces moments de deuil » explique Edileuza. En tant que coopérative, Syprès agit de manière citoyenne car chacun peut devenir sociétaire et rejoindre le projet. Et ça marche !
Des cérémonies funéraires « belles, singulières, artistiques, sobres, intimes et écologiques »
Il s’agit d’une coopérative funéraire alternative aux pratiques religieuses et laïques fournies par les pompes funèbres. « Nous voulons traiter les familles endeuillées avec plus d’humanité et rendre les cérémonies différentes. Nous les accompagnons aussi dans les démarches administratives et l’organisation des obsèques (laïques ou religieuses) avec notre approche coopérative moins soumise à l’approche marchande » complète Eudileuza. « Étant très attachés à l’impact environnemental de nos actions, nous proposons des services et des produits cohérents avec nos valeurs : cercueils en carton, urnes biodégradables, sépultures végétalisées, tous fait en partenariat avec des entreprises locales … même dans ces moments, des alternatives durables sont possibles. »

« Notre objectif est vraiment de faire changer le regard et les pratiques autour de la mort, et pour cela, nous organisons tout au long de l’année des événements et des moments d’échange, que ce soit par le biais de cinés-débat, d‘ateliers, de spectacles, de formations et notamment de cafés-mortels » souligne Elideuza
Des cafés mortels pour échanger entre vivants
« Ils se déroulent dans l’espace public et c’est un moment privilégié qui dure environ deux heures où nous partageons des expériences et des paroles » explique Edileuza. « Un café mortel, ce n’est pas un espace thérapeutique mais un espace où chacun se sent libre de parler de son vécu ou simplement de venir écouter. Nous nous retrouvons autour d’un verre ou d’un café, dans un endroit convivial, mais aussi dans une librairie ou une bibliothèque et on parle de la mort de façon plus libre et ouverte… et le café mortel devient café vivant » se réjouit-elle.

Et les sujets ne manquent pas : de la fin de vie au deuil, des funérailles aux repas d’enterrement, des pratiques dans les différentes cultures, des disparus à la peur de la mort ou encore d’une lecture à des réflexions et des expériences personnelles, on peut aussi parler d’un autre sujet souvent tabou, l’argent et les difficultés pour certains à financer les funérailles de proches. Edileuza précise que « Les cafés mortels sont gratuits et ouverts à tous. On peut pleurer et rire. C’est toujours un espace bienveillant, sans jugement, confidentiel, dans le respect de chacun. On vient juste une fois pour voir et on est libre de revenir quand on veut pour se retrouver, pour sortir du silence, ce que beaucoup ont encore du mal à faire » regrette-t-elle.

Edileuza, qui est l’une des officiantes des rites laïques de la coopérative, précise que « Syprès propose aussi une formation pour devenir célébrant de cérémonie funéraire. C’est un rôle de soutien de la famille et des proches du défunt dans l’objectif de donner du sens et de l’humain au processus du rituel funéraire ».
Créées au Québec il y a 40 ans, les coopératives funéraires sont devenues un acteur incontournable. En France, on constate un vrai mouvement avec l’ouverture d’une dizaine de coopératives funéraires comme Syprès. Elles promeuvent des valeurs d’éthique, d’écologie et de justice sociale. « Olivier Gallet qui gère la dimension recherche et développement reconnait la complexité de l’innovation sociale dans ce projet mais s’y implique avec ferveur. Par ailleurs nous étoffons en permanence notre communication qui passe par la presse, les réseaux sociaux et nos podcasts « À la vie, à la mort », un média de l’intimité. Tous les événements organisés sont présents sur notre site » conclut Edileuza Gallet.
Syprès, qui est installé au 57 boulevard Franklin-Roosevelt, à Talence, compte une dizaine bénévoles actifs et près de 300 sociétaires. Pour davantage d’informations, rendez-vous sur le site internet de la coopérative : https://sypres.coop ou suivez-les sur leur compte Instagram : sypres.cf
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