Travailler dans les métiers du cinéma et de l’audiovisuel est-il accessible au plus grand nombre ? Un jeune, motivé mais sans contacts privilégiés ni formation spécifique, peut-il entrer dans ce milieu aisément et réaliser son projet ? En rencontrant Le Collectif 50/50 au Fifib 2025, nous avons pu constater que de nouvelles initiatives sont mises en place pour plus d’inclusion dans ce secteur, notamment grâce au mentorat.
Souvenez-vous ! Cannes 2018 : 82 personnalités menées par Cate Blanchett et Agnès Varda gravissent ensemble les marches du Palais des festivals, pour dénoncer le traitement inégalitaire et machiste subi par les femmes dans le monde du cinéma. Une action forte orchestrée par le Collectif 50/50, anciennement nommée « Le deuxième regard » avant l’affaire Weinstein en 2018.
À la suite, une charte du collectif 50/50 a été signée par des des dizaines d’organisations professionnelles s’engageant à plus d’inclusion aux différents stades de la formation, du recrutement et de l’image. Portée par cet élan collectif, l’association réalise de nombreuses actions pour l’égalité hommes et femmes, la diversité, la représentation, l’éducation à l’image.
« Aujourd’hui, les récits sont plutôt stéréotypés »
Parmi ces actions, le Mentorat 50/50 a été créé en 2020 ; un dispositif majeur qui permet la mise en relation de jeunes et de professionnel·l·es du cinéma. Mathy Mendy, chargée de projets du collectif 50/50, nous explique les raisons de la création de ce dispositif : « Nous avons tout d’abord fait des constats en observant les différents métiers devant et derrière la caméra : peu de mixité, disproportion hommes-femmes, jeunes-vieux, milieux sociaux, lieux d’habitation… Nous avons réalisé que ces inégalités pouvaient nuire au récit cinématographique. Aujourd’hui, les récits sont plutôt stéréotypés. Davantage de diversités dans les équipes, apportera un regard neuf et des récits différents. »

Le collectif souhaite ouvrir le métier à des jeunes motivés, « de 18 à 35 ans qui seront en binôme avec un mentor qui les accompagnera et les mettra en contact avec les personnes en lien avec leur projet, poursuit la responsable du mentorat. Les femmes de plus de 35 ans, en reconversion professionnelle ayant un projet, peuvent bénéficier d’une dérogation ».
Trouver LE mentor qui correspondra au jeune !
Chaque mentor, professionnel bien installé dans le milieu du cinéma, doit pouvoir accorder du temps à son mentoré. Une grande attention est portée au relationnel : « C’est la difficulté majeure de ce dispositif, faire le bon choix pour que ça matche entre le jeune et le mentor. La période du mentorat est de 6 mois et nous les suivons pour maintenir le lien entre les 2 binômes après cette période. »
Depuis 2020, plus de 300 jeunes sont passés par le mentorat. Beaucoup d’appelés mais peu d’élus : 25 places attribuées sur 300 à 500 candidatures. Un choix difficile selon Mathy Mendy, qui essaie « de mettre en place une répartition logique par rapport aux métiers. »
Certains jeunes idéalisent ce milieu. Pourtant, le collectif ne vend pas du rêve et les ramène à la réalité, comme le rappelle Mathy Mendy : « Ce sont des carrières compliquées. Ces jeunes, ne vont pas forcément travailler tout de suite, c’est une industrie très particulière. Ce ne sont pas des métiers «normaux»; ils sont difficiles d’accès, précaires, et parfois décourageants. D’où la nécessité pour eux d’avoir une véritable motivation pour leur projet ! »
Développer leurs propres réseaux : c’est ça l’idée !
Durant le Fifib, le collectif a présenté le dispositif au public. 17 de ses « mentorés » y étaient invités. L’objectif : partager leurs contacts et créer des opportunités. Une boucle vertueuse qui permet d’élargir le champ des possibles pour ceux qui, sinon, resteraient au bord du chemin, confirme Mathy Mendy : « Grâce à notre réseau, 20 000 abonnés sur Instagram, un énorme listing de partenaires, le soutien d’institutions et associations professionnelles, un annuaire accessible, nous les accompagnons durant leur mentorat, mais ce sera à eux après de développer leur propre réseau, à partir des éléments et premiers contacts collectés au cours de ces 6 mois. »

Les mentorés ont des profils et parcours différents. Certains ont fini leur mentorat, d’autres cherchent encore leur mentor. Aujourd’hui, être présents au Fifib leur permet d’échanger, voire de travailler ensemble sur un même projet.
Des témoignages enthousiastes

Cassandre a déjà créé des films de fiction en auto-production. Elle a rejoint le collectif pour se professionnaliser et comprendre les fonctionnements et les rouages de l’industrie du cinéma.
« Ma mentor est la réalisatrice Ingrind Chikhaoui. À notre rencontre, elle m’a expliqué les galères financières qu’elle a connues à ses débuts. C’était important pour moi d’avoir ces informations pour comprendre la réalité du terrain, et désacraliser ce milieu : quand on est réalisateur·rice, il n’y a pas que les tapis rouges, les stars, etc… Nous avons parlé de mes difficultés sur mon projet d’écriture de fiction. Elle m’a accompagnée sur le synopsis et la trame, et m’a aidée à finaliser mon dossier d’intégration de résidence d’écriture. Son coaching m’a vraiment permis d’avancer, car je ne connaissais pas les codes des protocoles pour ce genre de démarche. Et cela a été très précieux, puisque finalement j’ai décroché ma première résidence d’écriture ! La relation se fait maintenant dans l’autre sens, car le fait de m’accompagner a ouvert pour elle de nouvelles opportunités dans son travail de réalisatrice. C’est un vrai échange, qui nous permettra de partir sur de nouveaux projets par a suite. Et pour tout cela, je remercie beaucoup le collectif 50/50 qui fait énormément pour les actreur·ices et technicien(ne)s émergeant(e)s.«

Amadou a également réalisé des petits courts-métrages en autoproduction avec ses propres moyens et des amis.
« J’avais besoin d’aller plus loin, et j’ai choisi comme mentor un réalisateur, qui crée les films que j’aspire à faire, sur la parole, la dialectique, la pensée… Il me donne des conseils, et nous échangeons régulièrement. En ce moment je suis en train d’écrire mon prochain court-métrage et je peux en parler avec lui quand j’en ai besoin.
Avoir un mentor, c’est surtout très encourageant. En effet, nous pratiquons des métiers qui avancent très lentement, et juste de savoir que je suis en contact avec un professionnel qui peut être disponible, même si je n’ai pas de questions sur le moment, ça aide énormément ! Cela participe à une synergie qui m’apporte beaucoup.«
Un nouveau regard loin des clichés du 7e art
Il semble qu’un gros travail pour plus d’inclusion reste à faire pour lutter contre toutes les formes de discriminations, bien présentes également dans ce secteur. Un chantier sur le long terme qui, grâce à des actions comme celles du collectif 50/50, permettra sans doute au paysage cinématographique d’être plus ouvert et en phase avec son époque.
Mathy Mendy se réjouit de voir les résultats concrets de leurs actions pour la diversité : « Je pense vraiment que nous faisons bouger les lignes. Quand je vais au cinéma, je vois régulièrement dans le générique les noms d’anciens mentorés accompagnés de celui de leur mentor… et ça c’est une vraie victoire ! »
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